Festival International du Film sur l’Art 2025 : nos trois coups de cœur de réalisatrices
Virginie Despentes dans le documentaire No Mercy d’Isa Willinger © Isa Willinger / Tondowski Films / FlairFilm
Commencé le 12 mars dans les salles montréalaises et jusqu’au 29 mars en ligne, le festival québécois programme depuis près de 40 ans des films mettant la création artistique à l’honneur. Retour sur nos trois coups de cœur de cette édition.
Mes fantômes arméniens, Tamara Stepanyan
© TS Productions
Récemment mise à l’honneur avec la sortie de son premier film de fiction Le Pays d’Arto, la réalisatrice arménienne Tamara Stepanyan se donne pour mission de documenter l’histoire de son pays. C’est notamment le cas avec le sublime documentaire Mes fantômes arméniens, présenté à la Berlinale de 2025. La réalisatrice y retrace l’histoire de son pays d’origine à travers sa production cinématographique, en analysant notamment les représentations du génocide de 1915 et leur évolution pendant l’Arménie soviétique. Ces images dialoguent avec d’autres archives : celles de son père, l’acteur Viguen Stepanyan, décédé en 2021 et dont la filmographie traverse près de 40 années de cinéma soviétique et arménien. En mêlant ces deux histoires, liées par sa voix-off, la réalisatrice entame le projet ambitieux de retracer une histoire du cinéma arménien, façonné par l’exil, le retour, et la mémoire du génocide. Un film-hommage d’une poésie immense.
Bicycle face (Cara de Bicicleta), Itziar Zorita Agirre et Amaia Nerekan Umaran
© Begira Produkzioak
Le saviez-vous ? En 1895, alors que le vélo connaît un véritable essor, certains médecins affirment qu’il présenterait un danger physique pour les femmes, celui d’attraper le “visage du vélo” : peau rougie, menton proéminent, yeux gonflés… Mais aussi celui de mettre en péril leur sexualité, puisqu’on les soupçonnait d’être stimulées sexuellement en s’asseyant sur la selle. Toutes ces absurdités, les réalisatrices espagnoles Itziar Zorita Agirre et Amaia Nerekan Umaran s’en emparent dans un essai filmique qui rend hommage à l’émancipation des cyclistes femmes… En rapprochant l’acte émancipatoire du vélo à celui de s’emparer de la caméra.
No mercy, Isa Willinger
© Isa Willinger / Tondowski Films / FlairFilm
Les femmes cinéastes font-elles des films plus violents ? C’est ce qu’avait affirmé la réalisatrice ukrainienne Kira Mouratova à la cinéaste et documentariste Isa Willinger, qui s’empare de cette question dans son documentaire No Mercy, une exploration du “regard féminin” au cinéma et un hommage à Kira Mouratova, décédée en 2018 dans l’indifférence totale. Pourquoi le regard des réalisatrices serait-il plus violent ? Et comment la définir, cette violence ? A travers des entretiens avec de nombreuses réalisatrices contemporaines (Alice Diop, Céline Sciamma, Virginie Despentes, Ana Lily Amirpour, Apolline Traore, Catherine Breillat…), Isa Willinger cherche à définir les nouveaux contours d’un cinéma féminin et féministe et des questionnements politiques qui le traversent. Sans éluder non plus les enjeux des conditions de tournage : le cas de Catherine Breillat, accusée par l’actrice Caroline Ducey d’avoir organisé son viol pendant le tournage de Romance, n’est pas éludé malgré la présence de la réalisatrice face caméra.
MARIANA AGIER