Festival de La Roche-sur-Yon 2026 : THE DIFFICULT BRIDE - Rubaiyat Hossain

© Les Films de l’Après-midi

Pour la douleur et pour le pire

Ce film bangladais, qui suit les éreintants préparatifs d’une jeune femme aisée avant son mariage, mêle efficacement critique sociale et éléments fantastico-horrifiques, tout en évitant les clichés.

Un épais trait de khôl sur les yeux, des lèvres soigneusement ourlées de rouge et, enfin, une lourde parure de bijoux : au début de The Difficult bride, Zaineen, l’héroïne du nouveau film de Rubaiyat Hossain, commence déjà à disparaître sous tout ce qu’on lui impose, juste avant la cérémonie de ses fiançailles. La jeune bangladaise, qui appartient à la classe aisée d’un pays qu’on se représente souvent uniquement comme misérable en Occident, legging sur les jambes et Airpods dans les oreilles, s’apprête à épouser un garçon a priori parfait. « Heureuse ? » lui demande l’esthéticienne d’une voix déjà plus inquiétante que bienveillante, annonciatrice de la suite. Car très rapidement, la future mariée réalise que les semaines précédant le mariage ne seront pas de tout repos : aux injonctions à perdre du poids suivent les produits pour éclaircir la peau, aux masques pour les cheveux les séances d’épilation, aux rituels interminables les « soins » du visage qui laissent ses joues en sang. 

Rubaiyat Hossain joue en permanence sur le contraste entre le faste de la cérémonie qui s’annonce et les visions de plus en plus horrifiques qui submergent Zaineen. Asticots, vers, poissons morts, cadavres putréfiés : un bestiaire morbide encadre les essayages de somptueux saris. La jeune femme apparaît de plus en plus acculée. Les informations en continu entendues à la radio ou la télévision égrènent les violences sexuelles subies par les femmes, les vidéos TikTok d’astuces minceur la submergent. Les consignes strictes de son entourage pour ne pas sortir seule dans la rue, tantôt parce que ce n’est pas sûr, tantôt parce que cela porte le mauvais œil, la confinent, et la sensation de malaise grandissante devient physique.

La grande force du film est de ne jamais faire de Zaineen une simple victime, mais bien d’esquisser le portrait nuancé d’une femme également pétrie de privilèges, elle qui peut rêver de partir un jour aux États-Unis, se déplace avec un chauffeur et demande égoïstement à l’employée du salon de beauté d’aller acheter des cigarettes à sa place. Si The Difficult bride semble parfois un peu trop sur la retenue, comme intimidé par une plongée tête la première dans le body horror, Rubaiyat Hossain offre néanmoins quelques grands moments d’inconfort qui viennent peu à peu nourrir la rage de son héroïne. À l’instar des révoltes étudiantes évoquées en toile de fond, celle-ci ne cesse de grandir pour exploser, à la fin, dans un geste aussi subversif que libérateur.

MARGAUX BARALON

The Difficult bride

Réalisé par Rubaiyat Hossain

Avec Zaineen Karim Chowdhury, Rikita Shimu, Azmeri Haque Badhon

Zaineen est amoureuse de son fiancé et rêve d’un mariage de conte de fées, mais elle lutte en secret contre la résistance de son propre corps face aux rituels nuptiaux.

Sortie prochainement

Suivant
Suivant

Festival de La Roche-sur-Yon 2026 : UN PEU AVANT MINUIT - Nicolas Pariser