LOW EXPECTATIONS - EIVIND LANDSVIK

© UFO Distribution

Impression soleil vivant

Présenté à la Quinzaine des cinéastes pendant l’édition 2026 du festival de Cannes, Low Expectations, premier long-métrage du réalisateur Eivind Landsvik, s’inscrit logiquement dans un cinéma norvégien ultra contemporain (mené par Joachim Trier en tête de wagon). Entre mélancolie et lumière, il saisit avec grâce la fin de la vingtaine portée par la chanteuse girl in red dans son premier rôle au cinéma. 

Depuis plusieurs années déjà, le cinéma norvégien tente de saisir, entre humour et spleen nordique, une jeunesse dans sa vingtaine qui peine à trouver sa place dans une société (trop ?) modèle et se pose des questions existentielles. Évidemment, on pense à Joachim Trier et sa « trilogie d’Oslo » (Nouvelle donne, Oslo, 31 août, et Julie (en 12 chapitres)), comme au triptyque plus récent de Dag Johan Haugerud, Rêve, Amour et Désir. Mais on pourrait citer aussi le réjouissant Ninja Baby de Yngvild Sve Flikke ou le film finlandais (co-production norvégienne) La Lumière ne meurt jamais de Lauri-Matti Parppei. Dans ce dernier, le·a réalisateur·ice s’attachait à raconter l’histoire d’un célèbre musicien classique qui revenait dans sa ville natale après une dépression et s’ouvrait à la musique expérimentale et au lâcher-prise. Low Expectations s’aventure sur ce même terrain et « La Lumière ne meurt jamais » aurait pu être son sous-titre. 

Inspiré par le vécu de son réalisateur, Eivind Landsvik, contraint de prendre un job de surveillant d’examens pour survivre, le film chronique le retour de Maja, 29 ans, pop star reconnue, chez sa mère après un burn-out : dépression, prise de substances psychoactives et perte d’inspiration au programme. Après des années de célébrité et de tournées internationales sous le pseudonyme Vongole, Maja n’a pas supporté de devoir sacrifier son authenticité au contact de l’industrie musicale. Grâce à sa mère, professeure en lycée, elle travaille comme surveillante remplaçante. Et comme pour offrir à son personnage encore plus de profondeur, le cinéaste a choisi pour l’incarner Marie Ulven aka l’artiste girl in red, icône queer, populaire pour sa bedroom pop (« i wanna be your girlfriend » ou « we fell in love in October ») et très attachée aux questions de santé mentale. 

© UFO Distribution

Malgré un sujet un peu déjà-vu, Low Expectations surprend constamment par sa mise en scène quasi impressionniste, avec un montage à la temporalité éclatée afin de mieux saisir la sensibilité de son héroïne, alternant entre des scènes très réalistes et des trouvailles narratives de l’ordre des perceptions de Maja. Le film n’est jamais explicatif. Au contraire, aussi mystérieux et opaque que sa protagoniste, il décrit parfaitement les sentiments intimes de cette « ultra moderne solitude », cet instant où l’on se sent à part, hors de son quotidien, amplifié par l’âge de la jeune femme et sa place dans le lycée. La fin de la vingtaine et l’apathie qu’elle subit la situent instantanément dans ce moment de la vie où l’on devient adulte sans s'en sentir encore capable. Maja se veut proche des adolescents qu’elle surveille et pas complètement des professeurs qu’elle croise. Eivind Landsvik symbolise ce sentiment d’entre-deux en la confrontant à deux personnages miroirs. Johannes (Anders Danielsen Lie, muse toujours impeccable de Joachim Trier), serait comme un guide vers son soi du futur alors que la lycéenne danseuse Aida (Embla Berntsen), créative comme elle, lui rappelle ses élans de vie de jeunesse. En ne négligeant ni la lumière, ni l’humour, Low Expectations regarde tendrement son personnage comprendre progressivement, grâce à la bienveillance qui l’entoure, que le bonheur peut parfois se trouver dans la simplicité des petits gestes plus ordinaires et des attentes moins grandes (comme l’indique son titre). Et c’est beau quand c’est si bien exécuté.

DIANE LESTAGE

LOW EXPECTATIONS

Réalisé par Eivind Landsvik

Avec Marie Ulven, Anders Danielsen Lie, Tone Beate Mostraum…

Alors qu’elle est au sommet de sa carrière musicale, Maja vacille et voit ses ambitions s’interrompre brutalement. Elle se réfugie chez sa mère, enseignante à Oslo, qui lui décroche un poste de surveillante dans son lycée. Loin de la scène, Maja commence lentement à retrouver goût à la vie.

En salles le 14 octobre 2026.

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