Festival de La Roche-sur-Yon 2026 : UN PEU AVANT MINUIT - Nicolas Pariser

© Pyramide Film

Les amours imaginés

Le réalisateur d’Alice et le Maire propose un long-métrage en forme de déambulation dans les rues de Paris, sur fond de révolte grondante. Melvil Poupaud y incarne un quinquagénaire en pleine réflexion sur sa vie amoureuse passée et son rapport aux femmes. Le résultat, présenté au Festival international du film de La Roche-sur-Yon, est aussi bavard que piquant.

Il faut, si ce n’est du courage, du moins quelques certitudes, pour faire un film construit entièrement autour de longues scènes de marche et de dialogue en 2026. Un peu avant minuit, de Nicolas Pariser, est avant tout cela : le refus d’une action franche, l’embrassade de la réflexion avant tout. Pas franchement surprenant de la part d’un cinéaste cérébral, mais toujours casse-gueule et clivant, et d’autant plus lorsque le principal sujet de conversation tourne autour des relations hommes-femmes. Le résultat est à la hauteur de cette prise de risque. Pour peu qu’on se laisse embarquer dans cette déambulation, souvent nocturne, toujours bavarde, il y a là autant matière à penser qu’à ressentir.

Léo, le protagoniste qui surgit d’une bouche de métro parisienne dans la séquence d’ouverture, éditeur à Nancy, a 49 ans et les doutes qui vont avec l’âge et la perte du père, toute récente. Figure pas vraiment tutélaire et très lointaine, puisque le patriarche a abandonné la mère très rapidement et vient de mourir en Italie. Il faut y aller pour régler la succession, mais un contretemps du notaire laisse Léo désoeuvré à Paris. Le voilà donc qui en arpente les rues en compagnie d’abord de sa fille (Clara Pacini, révélée par La Tour de glace), puis de femmes qui croisent son chemin, amies d’ami, anciennes conquêtes, anciens fantasmes. À leur contact, le quasi quinqua se remémore sa jeunesse, ses couples, ses amours et ses errances. Lui, qui avait monté une revue de gauche avec des potes et n’avait pas renoncé à une aventure avec une stagiaire, a-t-il toujours respecté les femmes ? « J’aimerais bien que les mecs de ton âge réfléchissent un peu », lui balance Eléonore (excellente Léonie Simaga), tandis que sa fille enfonce le clou en estimant que si l’amour n’est jamais que la projection de l’autre, alors « c’est bien une invention d’homme ».

© Pyramide Film

Nicolas Pariser parvient à tenir un équilibre rare avec son personnage principal, interprété par un Melvil Poupaud dont le capital sympathie s’effrite peu à peu sans jamais disparaître totalement : à la fois à l’écoute, intelligent, jamais caricatural, Léo est aussi lâche et complètement à côté de la plaque. Équilibre plein d’humilité, aussi, dans les rapports de genre, avec des personnages féminins qui parlent beaucoup et n’épargnent pas leur interlocuteur, souvent sonné. Équilibre, enfin, entre la dissertation réflexive et les punchlines grinçantes, qui viennent tantôt d’une jeune députée (« #MeToo pour les gens de gauche, c’est comme l’ISF : on est très content que ça existe, jusqu’à ce que ça nous arrive »), tantôt d’un ex-cinéphile patenté désormais réfugié dans le judaïsme orthodoxe (« Les histoires d’amour ? Mais ça ne veut rien dire ça, même un goy normand comme Flaubert l’avait compris ! ») incarné par Nicolas Pariser lui-même.

Si tout est trop écrit et intello pour être réaliste, tout est suffisamment juste pour qu’on y croit jusqu’au bout. D’autant que cette parenthèse déambulatoire n’est jamais coupée du monde. Le film, tourné avec un tout petit budget et une équipe réduite sans bloquer les rues de Paris, prend des manifestations comme toile de fond, dont le mouvement social actuel se fait l’écho. L’entreprise de déconstruction intime est aussi politique, et les mirages amoureux sont aussi ceux du socialisme, que Nicolas Pariser observe avec ce qui ressemble à de la nostalgie et de la résignation. Pas question, cependant, de s’apitoyer sur le sort des vieux mâles blancs bourgeois, fussent-ils de gauche. Un peu avant minuit, titre qui évoque autant la finitude de l’existence que l’imminence de la révolution, s’achève avec les grands yeux noirs et déterminés de Clara Pacini, comme l’assurance bravache que la suite appartient à la jeunesse et aux femmes.

MARGAUX BARALON

Les Misérables

Réalisé par Nicolas Pariser

Avec Melvil Poupaud, Léonie Simaga, Clara Pacini

Sur le point de se séparer de sa compagne avec qui il vit à Nancy, Léo, 49 ans, apprend la mort de son père biologique qu’il n’a jamais connu. Dans l’attente d’un rendez-vous avec un notaire en Italie, il passe quelques jours à Paris où il a vécu plus jeune. De discussions avec sa fille activiste en retrouvailles avec des fantômes de son passé, il interroge son rapport au monde et surtout sa relation aux femmes. A-t-il été droit, respectueux, aimant ?

Sortie le 2 décembre

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