SUPERGIRL – Craig Gillespie
Copyright Warner Bros
Gueule de bois intergalactique
Pour son retour sur grand écran, après un film éponyme en 1984, Supergirl tente de souffler un vent nouveau sur son héroïne, verre à la main, sarcasme au bout des lèvres et playlist cool dans les oreilles. Malgré l’interprétation dévouée et fun de Milly Alcock, le long-métrage peine à trouver son rythme, ankylosé par son cahier des charges et un montage de téléfilm.
Pour Kara Zor-El (Milly Alcock), la mission était simple : fêter son vingt-troisième anniversaire avec une tournée intergalactique des bars, accompagnée de son chien fidèle Krypto pour noyer une crise existentielle imminente. Les (anti)héro·ines le savent bien, la tranquillité n’existe pas. Se présente alors sur son chemin la jeune Ruthye (Eve Ridley), seule rescapée d’un clan d’armuriers qui cherche à venger l’honneur de ses morts. Les jeunes femmes s’associent malgré elles quand Krem (Matthias Schoenaerts), le grand méchant du film, empoisonne Krypto et les force à le traquer aux recoins de la galaxie.
Aux manettes de ce blockbuster programmatique, qui pourrait se résumer à « Connais toi toi-même ! Sauve le chien ! Sauve la fille ! Sauve la galaxie ! » on retrouve le réalisateur Craig Gillespie qui avait fait ses preuves sur deux hits commerciaux mettant en scène deux figures féminines troubles et empouvoirées : Moi, Tonya (2017) et Cruella (2021). Pourtant habitué de ce type de productions ultra-calibrées, Gillespie et la primo-scénariste Ana Nogueira peinent à trouver l’équilibre de ce Supergirl. Tous les ingrédients sont réunis : une actrice impliquée, un scénario classique de quête du héros, une playlist rétro (Ella Fitzgerald, Françoise Hardy) et pop-rock pétillante (Wet Leg, Wolf Alice ou encore The Limiñanas), des séquences d’actions, quelques vannes obligatoires et une dose de girl power. Pourtant, le mélange ne prend pas tout à fait. Outre un montage ringard de téléfilm et une sous-intrigue criminellement sous-développée autour de la marchandisation et du mariage forcé de jeunes filles par des mercenaires, l’ombre de James Gunn plane sur le long-métrage.
Co-patron de DC Studios, scénariste et réalisateur chevronné de films de super-héros, ce dernier est à l’origine de la trilogie Les Gardiens de la Galaxie, de The Suicide Squad et, surtout, de la version la plus récente de Superman. La patte de ce roi des plans iconisants et des longues séquences d’action chorégraphiées et ultra-découpées sur des standards pop-rock n’est pas si aisée à reproduire. Et c’est précisément en tentant le mimétisme que Supergirl se prend les pieds dans sa cape. Tout semble n'être qu'une pâle et laborieuse copie du savoir-faire de Gunn.
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(I've Got) Trouble In Mind
S’il y a bien une chose à sauver, c’est l’interprétation de Milly Alcock (vue dans la série House of The Dragon), qui s’aventure sur une facette inexplorée de Kara Zor-El. Si les super- et anti-héro·ïnes troubles et troublé·es peuplent de plus en plus nos imaginaires, rares sont les personnages féminins avec des enjeux d’addictions et de dépression, problématiques généralement accolées à leurs camarades masculins pour parachever leur image de torturés (on pense, entre autres, à Iron Man ou Wolverine).
Ainsi, Kara et son look de stoner californienne (que n'aurait pas renié le Dude de The Big Lebowski) rejoignent la Valkyrie de Tessa Thompson dans la saga Thor, la Yelena Belova de Florence Pugh dans Thunderbolts ou la Jessica Jones de Krysten Ritter. Comme pour leurs homologues masculins, ce choix permet un processus d'humanisation de leur trajectoire. Le véritable enjeu de Kara est de choisir de panser (ou pas) ses blessures d'apatride – à la suite de la destruction de Krypton – de trouver sa place à Métropolis dans le monde des humains et d’accepter sa mission d'héroïne auprès de son cousin, Superman.
En résumé, de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Si Alcock carbure à chaque plan, elle n'est pas aidée par une proposition qui manque de lâcher prise et qui aurait pu se dispenser de la présence de protagonistes masculins pour l’« épauler ». Les apports de Superman (David Corenswet) et du mercenaire Lobo (Jason Momoa) sont d'un paternalisme insupportable et achèvent de rendre ce Supergirl résolument trop sage.
LISA DURAND
Supergirl
Réalisé par Craig Gillespie
Avec Milly Alcock, Matthias Schoenaerts, Eve Ridley
U.S.A. 2026
Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.
En salles le 1 juillet 2026.