RENCONTRE AVEC ALOÏSE SAUVAGE – « Pour moi, la transformation passe aussi par le déguisement »
© Miss Mermaid - 2026 - Folivari Panique ! France 3 Cinéma Be tv Proximus
Dans Miss Mermaid de Pauline Brunner et Marion Verlé, elle incarne Fanny, une jeune femme en burn-out qui découvre le milieu des sirènes professionnelles, le mermaiding. Un récit drôle, touchant, qui aborde la reconstruction aussi bien que l’importance de « faire famille » avec ceux que l’on choisit.
Connaissiez-vous la pratique du mermaiding avant de lire le scénario de Miss Mermaid ?
Je connaissais évidemment la figure mythologique de la sirène, ou même le conte La Petite Sirène. En ce qui concerne le mermaiding à proprement parler, je n’en avais qu’une vague notion. Comme tout le monde, je voyais cela d’une manière assez folklorique. Je ne voyais pas cette pratique comme une véritable profession.
La queue de sirène que vous portez dans le film pèse une quinzaine de kilos et rend difficiles vos mouvements. De plus, vous avez dû apprendre à nager longtemps en apnée comme le font les sirènes professionnelles. Comment se sont passés les entraînements pour arriver à un tel résultat ?
Il s’est écoulé six mois entre le moment où j’ai appris que j’avais le rôle et le début du tournage. Je me suis tout de suite dit qu’il fallait mettre ce temps à profit, car rien qu’à la lecture, je m’étais rendu compte que cela allait être un véritable défi physique. Je me suis inscrite à un club d’apnée de ma ville et je m’y rendais tous les lundis soir. C’était assez difficile, car il m’a fallu apprendre à rester calme sous l’eau pendant un temps assez long. En apnée, plus tu réfléchis, plus tu t’agites, et plus tu perds de l’oxygène. Il faut atteindre un état presque méditatif sans perdre totalement le contrôle.
Après, j’ai appris à nager avec deux palmes. Ensuite, en monopalme. Et enfin, avec la queue de sirène en silicone, qui a été moulée directement sur mon corps. Le dernier défi, une fois que j’avais acquis ces compétences, était de parvenir à jouer la comédie en même temps.
C’est une pratique que vous souhaitez continuer ? Peut-être une activité pour vos futures vacances d’été ?
Pendant l’été qui précédait le tournage, j’avais rapporté ma queue de sirène dans la résidence de musique où je préparais mon nouvel album. Mais il faut garder à l’esprit que c’est très très lourd ! Donc je ne suis pas sûre de l’emporter avec moi pour toutes mes vacances en bord de mer… Cependant, ce serait hyper intéressant de la faire apparaître dans un de mes clips de musique par exemple…
En revanche, je compte bien continuer l’apnée. C’est fascinant ce que cela apporte comme contrôle sur son corps. Grâce à cela, on apprend vraiment à se faire confiance.
Quand votre personnage, Fanny, se lance dans la pratique du mermaiding, elle change progressivement d’apparence. Alors qu’elle portait de larges sweats à capuche et faisait tout pour se fondre dans la masse, elle commence à se maquiller avec des paillettes et teint ses cheveux en rose. Comment avez-vous interprété cette affirmation d’elle-même ?
Miss Mermaid raconte l’histoire d’une transformation, d’une quête de soi. Au départ, Fanny est très fermée, que ce soit physiquement et verbalement. Puis, elle s’ouvre au fur et à mesure. D’ailleurs, quand j’ai vu le film la première fois, je me suis dit : « C’est drôle, je trouve que Fanny est de plus en plus belle au fil des plans ».
Pour moi, la transformation passe aussi par le déguisement. Celui-ci nous permet de nous autoriser. Cela commence avec l’idée de mettre un petit strass, de se teindre les cheveux… Puis ces petits changements finissent par faire partie de notre identité.
© Miss Mermaid - 2026 - Folivari Panique ! France 3 Cinéma Be tv Proximus
Le film démarre par une rupture amoureuse, car Fanny est en plein divorce, et par une rupture amicale avec ses copines. Fanny va donc se tourner vers deux de ses collègues : Tintin (Thomas VDB), un marin quarantenaire, et Paupiette (Annie Mercier), une femme qui va prendre sa retraite. C’est certainement l’un des points les plus touchants du film, cette manière de montrer que l’on peut « faire famille » avec ceux que l’on choisit…
Cette façon de sortir du cadre familial pour se lier avec des personnes qui comptent tout autant, si ce n’est plus, est un sujet qui me touche personnellement. Et j’adore aussi le fait que Miss Mermaid raconte une belle histoire d’amitié intergénérationnelle, ce qui est assez rare au cinéma. Ces personnages se rencontrent à un moment précis où ils ressentent le besoin de se lier aux autres et au final, nous obtenons un trio iconique ! C’est beau de se dire qu’une telle magie peut émerger d’une grande solitude.
Entre Le Grand Bain, Les Crevettes pailletées et maintenant Miss Mermaid, on voit se dégager une tendance des récits de reconstruction qui s’articulent autour d’une pratique artistique aquatique. Pour vous, à quoi cela est-il dû ? Le chlore est-il un anti-burn-out ?
Est-ce que le chlore résout les problèmes ? C’est une bonne question ! (Rire). Je pense qu’au-delà de l’aspect aquatique, c’est le rapport au corps qui compte. On ne peut pas résoudre tous nos problèmes en réfléchissant, en théorisant… Quand tu es au fond du gouffre, que tu ne sais pas comment t’en sortir, il faut que le corps aussi réagisse. C’est quelque chose que j’ai pu expérimenter au cours de ma vie. Quand je fais moins d’activité physique, j’ai tendance à sombrer davantage psychologiquement. Il faut laisser la place à son corps. Il y a beaucoup de choses qu’il sait mieux que nous.
Dernière question spécial Sorociné : Quels sont les films qui ont participé à votre éveil féministe ?
La réponse qui me vient immédiatement, c’est la filmographie de Céline Sciamma. Elle m’a éduquée, ouverte, fait prendre conscience de choses que je n’avais pas encore théorisées, que ce soit sur la recherche de l’identité, la sexualité, le genre… Le premier que j’ai vu était Tomboy, et cela a été une déflagration intérieure. Je recommande ce film à tout le monde !
Propos recueillis par Enora Abry
Miss Mermaid
Réalisé par Pauline Brunner, Marion Verlé
Avec Aloise Sauvage, Thomas VDB, Annie Mercier et Alison Wheeler
Fraîchement divorcée, Fanny, une trentenaire fécampoise, ne garde de son mariage qu’un canapé en skaï et des dettes qu’elle refuse de payer. Malgré un besoin ardent de liberté, cette employée de ménage s’enlise. Jusqu’au jour où elle croise la route d’Anémone, une sirène professionnelle de passage dans la région…
En salles le 1 juillet 2026.