RENCONTRE AVEC RAÏKA HAZANAVICIUS, FÉLIX LEFEBVRE ET ABRAHAM WAPLER – « On parle de notre génération, de sexualité et de mal-être, mais toujours avec humour »
© Moonlight Films Distribution
Dans Microstar de Léopold Kraus, ils incarnent un trio bien mal assorti (pour notre plus grand plaisir) : une jeune femme drôle, libre et affirmée, un archétype de la jeunesse dorée insupportable et un influenceur en quête de célébrité. Résultat : un mélange déjanté qui sait analyser avec humour les affres d’une jeunesse désenchantée.
Pour vous, quel est le thème central de Microstar ? Est-ce une réflexion autour de la masculinité, des bourgeois qui n’ont rien à faire de leur vie, ou d’une jeunesse désabusée en quête de gloire ?
Abraham Wapler : Est-ce qu’on peut répondre : « les trois » ? Chacune de ces notes composent la magnifique symphonie imaginée par Léopold Kraus.
Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché dans ce scénario ?
Abraham Wapler : Déjà, il y a cet influenceur, qui rêve d’être acteur et qui court les castings en essuyant des refus. Evidemment, c’est une situation dans laquelle je peux me reconnaître. Puis, il y a le fait de brasser un tas de sujets sur notre génération, que ce soit la sexualité, un certain mal-être, mais toujours à travers le prisme de l’humour. Enfin, être dirigé par Leopold Kraus, qui avait 27 ans au moment du tournage, était un gage de vérité et de sincérité sur ce que nous allions produire.
Au centre de Microstar, il y a la recherche constante de validation du personnage principal, l’influenceur Gabriel Rose, interprété parAbraham Wepler. Pensez-vous que ce besoin s'accroisse chez les jeunes générations ?
Raïka Hazanavicius : On a toujours envie d’être validé et c’est loin d’être anodin, surtout dans notre métier d’acteur·ice. Mais j’ai l’impression que cela est plus propre à notre âge qu’à notre génération. Entre la vingtaine et la trentaine, on finit par comprendre que cette « validation » extérieure ne veut rien dire, que notre ressenti, ce que nous avons vécu et comment nous nous percevons, compte beaucoup plus.
Abraham Wepler : En ce qui concerne le personnage de Gabriel, celui-ci a plus envie d’être connu que reconnu. Et c’est cela qui le met sur la mauvaise piste. Il ne met pas ses énergies au bon endroit, c’est-à-dire dans le véritable travail, car il veut être connu immédiatement.
En voyant le film, j’ai beaucoup pensé à Tout ce qui brille de Géraldine Nakache car Gabriel se lie d’amitié avec Stanislas (Felix Lefevbre), qui fait partie de la jeunesse dorée parisienne, et se retrouve donc projeté dans un monde qu’il désire sans en connaître les codes. Et vous, si vous deviez définir Microstar en usant d’autres références cinématographiques, quelles seraient-elles ?
Félix Lefevbre : Je pense à l’humour des comédies américaines de Judd Apatow [comme 40 ans toujours puceau ou Funny People, ndlr]. Pour ce qui est de mon personnage, je me suis inspiré de Dazed and Confused de Richard Linklater, avec ces gars complètement hors-norme, hors de la bienséance, qui portent en eux une folie doublée d’un vide qui les rend parfaitement pathétiques.
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Dans Microstar, deux masculinités semblent s’opposer. Celle de Gabriel que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de « déconstruit », même s’il reste un peu de travail, et celle de Stanislas qui, s’il n’est pas ouvertement misogyne dans ses propos, reste très « à l’ancienne », en ayant peu de considération pour ses amies féminines en dehors de « la jolie vitrine » qu’elles peuvent lui offrir…
Félix Lefevbre : Stanislas a une masculinité faite de codes extrêmement ringards. Il entretient un rapport de domination avec tout le monde même si, en réalité, il est très fragile intérieurement.
Abraham Wepler : Gabriel n’est en effet pas encore totalement « déconstruit » et il remet en cause sa virilité tout au long du film, notamment au contact de Stanislas. Avec lui, il associe la masculinité à la conquête et au succès et renie un grand nombre de ses principes.Au contact de Pauline (Raïka Hazanavicius), en revanche, il se rend compte qu’être viril ce n’est pas dans le slip, mais dans la tête et dans le cœur, et surtout que sa « déconstruction » lui permet d’être lui-même.
Comment qualifieriez-vous les relations que vos trois personnages entretiennent entre eux ?
Félix Lefevbre : Gabriel est un peu paumé et là, un petit diablotin,Stanislas, va venir se poser sur son épaule et lui faire miroiter un bonheur superficiel fait de sensations fortes. Stanislas lui promet la gloire mais n’est en réalité pas capable de la lui offrir. Il n’y a que du vide. Je pense que ce sont deux personnages qui ont de grands vides en eux et tentent de les combler en restant ensemble.
Raïka Hazavicius : De mon côté, le personnage de Pauline a une position plus saine. Elle n’est pas dans la séduction ni dans la stratégie. Elle ne tente pas d’attirer Gabriel dans une relation. Elle représente une forme de liberté.
Nous avons parlé de sensations fortes et de slip… Je pense qu’il est temps de parler de Womanizer. Dans l’une des premières scènes du film, le personnage de Pauline se sert de ce sex-toy alors qu’elle est en train de faire l’amour avec Gabriel, ce qui n’est pas un geste souvent représenté au cinéma…
Raïka Hazanavicius : Cela fait vraiment partie de la volonté de Léopold de montrer une femme de notre génération. Il ne voulait pas lui ajouter du drama inutile, comme cela peut être le cas dans certains scénarios. J’ai aimé le fait que Pauline soit un personnage féminin dans un film qui aborde la sexualité, et qu’elle ne la subisse jamais. Elle est très à l’aise avec ce qu’elle est, elle sait ce qu’elle veut, que ce soit au niveau du sexe ou des relations. Et elle exprime le tout de manière très détendue. C’est tout de même assez rare au cinéma.
Une autre scène a pu surprendre : un dialogue entre Gabriel et Pauline, dans lequel le jeune influenceur s’énerve contre les nepo-babies puisqu’il considère que seuls ceux-ci peuvent faire carrière au cinéma, alors que de son côté, il galère à trouver des castings. Etant donné que vous êtes tous les deux ce qu’on pourrait appeler des nepo-babies (Abraham Wepler est le fils de l’actrice Valérie Benguigui et Raïka Hazanavicius la fille de Bérénice Bejo et de Michel Hazanavicius), comment avez-vous appréhendé ce passage ?
Abraham Wepler : Léopold avait écrit cette scène mais avec Raïka, nous voulions aller encore plus loin et montrer notre autodérision. J’assume totalement le fait d’avoirvoulu être acteur car ma mère était comédienne.
Raïka Hazanavicius : Cela se prêtait bien au film. On parle d’un jeune acteur/influenceur qui arrive à Paris et se heurte au plafond de verre. Cette discussion a donc toute sa place. Et c’est intéressant d’en rire tout en reconnaissant nos propres privilèges.
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Quelles ont été les scènes les plus dures à tourner ?
Félix Lefevbre : J’ai enchaîné deux tournages d'affilée. J’ai tourné un autre film jusqu’à 5 heures du matin, j’ai pris le train à 7 heures, et dès mon arrivée à Paris, j’ai commencé le tournage de Microstar. Je devais faire une scène de rap où Stanislas part en vrille. Je leur ai dit de laisser tourner la caméra pendant une heure et de me laisser improviser. Sauf qu’après ma nuit blanche de travail, je n’avais aucune énergie… En plus, je ne connaissais encore personne de l’équipe. Je me suis dit : « ce n’est pas possible, ils vont tous me prendre pour un cinglé… ». Dès que la caméra s’est lancée, je suis parti dans une sorte de transe en disant n’importe quoi ! Alors oui, ils ont bien tous cru que j’avais un pète au casque, mais au moins la scène était tournée.
Abraham Wepler : Moi, je devais sauter dans une piscine qui était complètement gelée. Et je devais absolument prétendre que tout allait bien et que j’étais hyper à l’aise…
Raïka Hazanavicius : J’étais très stressée le premier jour de tournage. J’arrivais au milieu de cette galerie de personnages très hauts en couleur et je craignais de ne pas trouver ma place. Finalement, cela s’est très bien passé, notamment grâce à Abraham qui fait toujours l’effort de s’accorder avec la personne qu’il a en face, ce qui permet au film d’avoir différentes teintes.
Il y a une scène où Gabriel et Pauline reproduisent le baiser mythique de Spider-Man. Était-ce un de vos rêves d’enfant ?
Abraham Wepler : Je ne savais pas que c’était une chose dont j’avais besoin, mais en fait si ! Avec Léopold, on s’est tout de suite dit que Spider-Man était une madeleine de Proust pour les gens de notre génération. Se retrouver attaché à l’envers, sous une fausse pluie à l’américaine, avec Raïka, c’était vraiment magique !
Raïka Hazanavicius : Il est devenu complètement fou ! (Rire). Quand nous avions fini de tourner la scène du film, il a demandé : « On peut la refaire mais en jouant la vraie scène de Spider-Man ? ». Il m’avait fait apprendre le texte de Mary Jane Watson. C’était vraiment trop bien, car pendant cette scène, nous étions tous très fatigués et nous avions très froid, alors voir l’acteur principal aussi énergique et déterminé, cela donnait envie à tout le monde de continuer et de donner le meilleur.
Dernière question spéciale Sorociné : Quels sont les films qui ont participé à votre éveil féministe ?
Raïka Hazanavicius : Je pense à Easy Girlde Will Gluck. Je l’ai vu à treize ans avec ma cousine, qui a d’ailleurs été une mentor pour moi dans mes réflexions féministes. Quand j’ai vu le personnage d’Emma Stone, qui se révèle au fur et à mesure du film et devient de plus en plus sexy, cela m’a inspirée et a déconstruit l’image de la féminité que je pouvais avoir.
Felix Lefevbre : J’ai vraiment senti un avant / après avec Une femme sous influence de John Cassavetes. J’ai été impressionné par la force de Mabel, par le combat qu’elle mène pour se sortir de l’emprise masculine. Sinon, je citerais un livre : Le Monde selon Garp de John Irving. Toute la première partie est dédiée à la mère de Garp et raconte comme elle est devenue une icone féministe.
Abraham Wepler : Je pense à Thelma et Louise, à Kramer contre Kramer, à Les Berkman se séparent, ou Scènes de la vie conjugale. Dans tous ces exemples, les femmes sortent de l’emprise masculine, se jouent du patriarcat, et parviennent à se révéler.
Propos recueillis par Enora Abry
Microstar
Réalisé par Léopold Kraus
Avec Abraham Wapler, Félix Lefebvre, Raïka Hazanavicius
Influenceur beauté fauché, Gabriel Rose rêve de devenir comédien. Mais il n’a ni le talent ni les contacts. Après un énième casting raté, il rencontre Stanislas, un fils à papa de la jeunesse dorée, qui lui propose de lancer une marque de bijoux. Gabriel y voit l’opportunité d’accéder au gotha parisien, où tout semble facile, en apparence… En parallèle, il se lie avec Pauline, une jeune chercheuse en écologie politique. Tiraillé entre deux mondes, Gabriel cherche sa place entre image et réalité, désir d’ascension, et besoin d’amour.
En salles le 8 juillet 2026.