RENCONTRE AVEC LÉOPOLD KRAUS – « L’idée était de faire un Bel-Ami en 2026 avec deux gros losers »
© Moonlight Films Distribution
Avec Microstar, le réalisateur Leopold Kraus nous embarque dans les dérives d’une jeunesse désenchantée en suivant Gabriel Rose (Abraham Wepler), un influenceur fauché qui se lie d’amitié avec Stanislas (Félix Lefebvre), un héritier habitué des soirées démesurées. Un premier long rempli de punchlines, de scènes à la fois absurdes et touchantes, dont il nous dévoile les coulisses.
Avant Microstar, il y avait le court-métrage Gabriel Rose (2020) qui racontait la vie d’un influenceur beauté. Comment as-tu transposé ton idée en long-métrage ?
La forme du court-métrage permet d’être très libre, puisqu’il y a beaucoup moins d’enjeux économiques. Pour produire le long, ce n’était pas la même affaire ! Je me suis rendu compte que je n’étais pas adapté au langage de l’industrie cinématographique. J’ai dû réécrire mon scénario pendant trois ans… Mais aujourd’hui, je réalise que prendre le temps était une très bonne chose. Quand je relis les précédentes versions, je constate les évolutions et je comprends pourquoi on m’a demandé de faire des modifications.
Quelles sont les remarques que tu as entendues et qui t’ont poussé à modifier ton scénario ?
Il faut trouver la bonne balance entre les éléments catchy et les éléments concepts. Je me souviens d’une rencontre avec un distributeur.Nous lui avons présenté notre film, il était accompagné d’une lectrice qui avait bien aimé le script et d’une autre personne, présente à distance et qui n’avait pas allumé la caméra de la visioconférence. J’ai donc vu un écran noir démonter mon film pendant une demi-heure en disant que le concept n’était pas clair, qu’elle ne voyait pas l’intérêt pour les spectateurs. A ce moment-là, j’ai compris que je n’étais pas armé pour défendre mon film car je n’avais pas les arguments propres au marché. Il faut savoir expliquer pourquoi et comment notre film peut intéresser un public large.
Si on devait définir l’essence de Microstar, quelle est-elle ? Est-ce une réflexion autour de la masculinité, sur les bourgeois qui n’ont rien à faire de leur vie, ou sur une jeunesse désenchantée en recherche de célébrité ?
Le point de départ était de faire un Bel-Ami version 2026 avec deux gros losers. Je voulais montrer quelqu’un venant d’un milieu populaire – un influenceur fauché qui veut être acteur et sans talent, en l’occurrence – et porté par une sorte de pulsion narcissique et une envie de conquête. J’ai mêlé cette trame narrative à d’autres éléments qui m’intéressaient comme le conflit de classe, le fait d’arriver dans un monde dont on ne connaît pas les codes… Cela m’a aussi permis de faire une satire de la jeunesse dorée. Et uis j’aime cette bascule que représente la vingtaine. On se retrouve coincé entre une adolescence où on nous répète qu’on peut faire tout ce qu’on veut dans la vie et un début d’âge adulte où on nous rappelle que le champ des possibles est très limité. On doit faire une sorte de deuil professionnel. Enfin, je voulais aussi y inclure une histoire d’amour [entre Gabriel Rose et Pauline, une jeune femme drôle et libre incarnée par Raïka Hazanavicius, ndrl]. Mon but était de la traiter de façon très contemporaine afin de montrer comment nos rencontres amoureuses se passent en 2026.
© Moonlight Films Distribution
En regardant Microstar, on peut penser à Tout ce qui brille, notamment car ce film met en scène des personnages qui souhaitent appartenir à un monde dont ils n’ont pas les codes. Avais-tu d’autres références ?
J’avais adoré Tout ce qui brille à sa sortie au cinéma. Mais mes références penchent plutôt du côté des comédies américaines, notamment celles avec Ben Stiller ou les films de Todd Solondz. Quand j’étais à la fac, j’étudiais majoritairement des œuvres très « sérieuses » mais je voulais que mon premier film reflète mes premières amours, donc les comédies divertissantes avec une touche de subtilité. Je me répète que si Microstara fait rire au moins quatre personnes, c’est que j’ai réussi mon pari et cela me donnera la force de continuer !
Les deux personnages principaux masculins donnent à voir deux types de masculinités qui s’opposent : Gabriel Rose peut être considéré comme « déconstruit » et Stanislas a encore beaucoup de chemin à faire…
J’avais l’idée de montrer ces deux personnages masculins comme des losers, même s’ils le sont à différents niveaux. Déjà, parce que cela me fait rire. D’ailleurs, il y a un moment où le personnage de Théo [le meilleur ami de Gabriel Rose incarné par Michaël Zindel, ndlr] dit : « De toute façon, nous les mecs, on est nul ». Cela pourrait tout à fait résumer le film.
Ce sont deux losers en crise existentielle. La différence, c’est que l’un est perdu sans argent, tandis que l’autre est perdu avec de l’argent plein les poches. Et à l’inverse, les personnages féminins de Microstar sont beaucoup plus matures et lucides.
Propos recueillis par Enora Abry
Microstar
Réalisé par Léopold Kraus
Avec Abraham Wapler, Félix Lefebvre, Raïka Hazanavicius
Influenceur beauté fauché, Gabriel Rose rêve de devenir comédien. Mais il n’a ni le talent ni les contacts. Après un énième casting raté, il rencontre Stanislas, un fils à papa de la jeunesse dorée, qui lui propose de lancer une marque de bijoux. Gabriel y voit l’opportunité d’accéder au gotha parisien, où tout semble facile, en apparence… En parallèle, il se lie avec Pauline, une jeune chercheuse en écologie politique. Tiraillé entre deux mondes, Gabriel cherche sa place entre image et réalité, désir d’ascension, et besoin d’amour.
En salles le 8 juillet 2026.