VAIANA, LA LÉGENDE DU BOUT DU MONDE – Thomas Kail

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Soyez sympa, ne rembobinez pas

Fort du succès de sa version animée, Vaiana, conte d’aventure maritime musical à l’héroïne intrépide se voit offrir le traitement en prise de vues réelles par le studio Disney. Copié-collé de son prédécesseur, cette ré-imagination clinquante abandonne le potentiel évident de son héroïne et se noie dans le verre d’eau de sa propre création.

Une décennie, c’est le temps qui sépare Vaiana, la légende du bout du monde (2016) à cette version en live action. Le temps qu’il aura fallu pour une nouvelle génération de spectacteur.ices de naître et de découvrir sur écran ce « nouveau » conte Disney. Difficile d’y voir autre chose qu’un projet cynique et mercantile de rajeunissement du public puisqu’en substance, les Vaiana d’hier et d’aujourd’hui partagent plan pour plan, une mise en scène et une structure narrative jumelle. A ceci près que la beauté et la virtuosité de l’animation et la richesse de la conception visuelle ont laissé place à une réalité plate malgré le dynamisme que cette production essaie de lui insuffler. Rien de nouveau sous le soleil du Pacifique, où notre téméraire héroïne, cette fois-ci de chair et de sang, tente – de nouveau – de sauver son île natale de Motunui, de la famine et de la destruction, en restaurant le cœur de Te-Fiti, déesse de la création.

Vaiana s’inscrit dans la longue liste dispensable des rafraîchissements de matériaux en prise de vues réelles, du studio aux grandes oreilles, dans sa course inextinguible à la conquête du grand public mais surtout des jeunes publics en mouvement perpétuel. Pratique dont est coutumier Disney depuis la fin des années 1990 mais qui s’est intensifié au début des années 2010 avec des degrés variables de succès au box office allant des 101 Dalmatiens, à La Belle et la Bête en passant par Le Roi Lion. Pratique prolifique, qui donnera en 2027, un live action de Raiponce. En 2016, Vaiana était un récit d’apprentissage aux couleurs chatoyantes et à l’animation réjouissante. Le long-métrage voulait rendre hommage aux cultures des îles du Pacifique, à la mythologie polynésienne et aux traditions et folklore de ses habitant.es. Il créait une jeune héroïne en quête d’elle-même et en recherche de sa place dans le monde à l’instar de nombreuses protagonistes Disney des années 2010 comme les sœurs Elsa et Anna de La Reine des Neiges ou Mérida de Rebelle. Il déjouait le rôle archétypal du personnage féminin en la dotant d’agentivité, lui permettant de sauver son monde en s’épanouissant dans un rôle d’aventurière des mers et de future cheffe de son peuple, sans passer par la case mariage, intérêt romantique et « ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps ». Fort de son succès, le film avait eu droit à une suite Vaiana 2, largement en dessous du film original mais fidèle aux caractéristiques de son héroïne.

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Couler par le fond

En 2026, la richesse de ses contributions sont devenues des cartes postales aux paysages figés et aux traditions tokénisées (pratique consistant à faire des efforts symboliques d'inclusion vis-à-vis de groupes minoritaires dans le but d'échapper aux accusations de discriminations) en arrière-plan. Outre son aspect copié-collé, c’est le manque d’inventivité vis-à-vis de son personnage principal qui blesse. En dix ans, les scénaristes auraient pu continuer à étoffer cette navigatrice en herbe pour inspirer les rêves d’une nouvelle génération de spectateur.ices. Il aurait pu également penser son développement en incluant le passage à la prise de vues réelles, pour que sa nouvelle interprète, Catherine Laga'aia puisse proposer autre chose qu’un calque inévitable de la performance de la comédienne Auli'i Cravalho dans la version animée. Si Laga’aia tente par sa bonhomie et sa sincérité de faire éclore sa version du personnage, son camarade de jeu Dwayne « The Rock » Johnson – qui reprends le rôle du demi-dieu Maui, qu’il avait créé vocalement – est en pilote automatique dans une performance aussi mauvaise que sa perruque. Cette disparité de qualité est frappante dans les rares séquences où la prise de vues réelles aidée d’effets spéciaux laisse la place le temps d’un instant presque magique à la technique d’animation du film originel, plus romanesque, plus drôle, plus musicale et plus fluide qui finit de faire boire la tasse à cet exercice de redite plus pénible qu’enchanteur.

LISA DURAND 

Vaiana, la légende du bout du monde

Réalisé par Thomas Kail

Avec Catherine Laga'aia, Dwayne Johnson, Rena Owen

U.S.A. 2026

Répondant à l’appel de l’océan, Vaiana s’aventure pour la première fois par-delà le récif de son île de Motunui. Accompagnée du célèbre demi-dieu Maui, elle embarque pour un voyage inoubliable destiné à permettre à son peuple de retrouver sa prospérité…

En salles le 8 juillet 2026.

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