SEND HELP – Sam Raimi
© 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.
She’s the captain now !
Pour son retour à la réalisation après un passage chez Marvel en demi-teinte (Doctor Strange in the Multiverse of Madness) Sam Raimi, mythique cinéaste de la franchise d’horreur Evil Dead, revient en pleine forme à ses premières amours : le film de survie gore à l’humour bouffon.
On rit souvent et beaucoup face aux bassesses et aux exactions filmées dans Send Help. Porté par un excellent duo de comédien·nes, Rachel McAdams (N’oublie jamais) et Dylan O'Brien (Le Labyrinthe, Teen Wolf), ce survival suit Linda et Bradley, deux collègues de bureau, naufragé·es sur une île déserte et seul·es survivant·es d’un accident mortel d’avion au milieu du golfe de Thaïlande. Elle est une femme quarantenaire peu sociable, bûcheuse au look ringard. Lui est un golden boy trentenaire qui vient d’hériter d’un poste de PDG dans l’entreprise familiale. Entre ce nepo baby misogyne et cette femme trop longtemps moquée et sous-estimée, l’historique professionnel est déjà tendu. Cerise sur le gâteau boy’s club, le poste de vice-présidence qu’on promettait à Linda depuis des années vient de lui passer sous le nez au profit d’un ancien pote de fraternité de Bradley et celui-ci s’apprête à la virer.
Quasiment karmique, ce crash propose de rebattre les cartes de ce rapport de force. L’île devient rapidement le théâtre d’un jeu de massacre jouissif, entre baies empoisonnées et mutilations diverses. Sous couvert de film de survival, le scénario développe toute une réflexion frontale et ultra-lisible sur les enjeux de pouvoirs patriarcaux, genrés et classistes dans le monde du travail. En sortant nos protagonistes de l’open space, il prouve que les constructions sociales patriarcales et les injonctions féminines au soin ont la dent dure.
© 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Ainsi, le suffisant Bradley ne s’attendait pas à devoir rendre des comptes à sa subalterne, la « gentille et inoffensive » Linda. Femme discrète et rigoureuse, amoureuse de la nature, des grands espaces et fan de l’émission Survivor (le Koh-Lanta américain), Linda se révèle être une aventurière surperformante et une stratège retorse. Au centre de cette performance jouissive, l’actrice Rachel McAdams, technicienne caméléon, semble convoquer tous les recoins les plus marquants de sa longue carrière dans la composition de Linda, allant de l’héroïne de comédie (Game Night, Il était temps) à la protagoniste cravenienne (Red Eye) en passant par la mean girl vicieuse (Lolita malgré moi, Esprit de famille).
Malin, le film joue de la cruauté et de la bouffonnerie en évitant l’écueil de l’héroïne neurotique façon Misery et développe une réflexion sur la vengeance, sur la violence de la culture d’entreprise et sur les réseaux d’influence. Habile, il déjoue totalement ce qu’on attendait sur la tension romantique. Le film contrecarre aussi pas mal le trope de l’île comme décor exotique de carte postale, hérité d’un imaginaire colonial, même s’il est conscient de l’attrait qu’ont les classes privilégiées pour ces territoires, avec l’implantation de villas luxueuses sur des îles privatives. On est plus proche de Sa Majesté des mouches que de Six jours, sept nuits. Ce micro-environnement agit véritablement comme un vase clos où tout est une question de domination et de coups bas pour faire changer le pouvoir. « On n’est plus au bureau, Bradley » est peut-être la phrase la plus terrifiante à entendre sur une île déserte et prouve encore une fois que même en 2026, les femmes choisiront l’ours à l’homme.
LISA DURAND
Send Help
Réalisé par Sam Raimi
Avec Rachel McAdams, Dylan O'Brien, Edyll Ismail
Seuls rescapés d'un accident d'avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…
En salles le 11 février 2026