Festival de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur de la 48e édition
La 48e édition du rendez-vous annuel du court-métrage s’est terminée, l’occasion pour la rédaction de vous présenter ses coups de cœur de réalisatrices.
Boundaries, Seun Yee
Présenté dans la section Labo qui fait la part belle aux expérimentations cinématographiques, Boundaries est un petit bijou d’animation surréaliste, proposé par la réalisatrice sud-coréenne Seun Yee. Mêlant peinture, crayon et collage, Boundaries est un voyage kaléidoscope, qui commence par un fait anodin (la passagère d’un bus incline un peu trop bas son siège et écrase sa voisine de derrière), avant de dérouler toute une pensée sur notre appropriation de l’espace et notre invasion de l’espace des autres. Le tout dans une esthétique rétro absolument savoureuse. Mariana Agier
Jolie petite histoire, Élodie Beaumont-Tarillon
Dans Jolie petite histoire, la documentariste Élodie Beaumont-Tarillon essaie de recoller les morceaux de son enfance perturbée par la disparition de sa mère. Mêlant films de famille, enregistrements audio, pop culture des années 1980 et reconstitutions de scènes en papier, le film construit sa poésie dans le détail et le fragment. Comme une sensation de solitude et de beauté que l’on ressent en fixant une goutte d’eau glisser sur la vitre du train, le film captive par sa nuance et la place qu’il donne à l’imagination, à ce qui aurait pu avoir lieu et ce qui n’arrivera jamais. Noémie Attia
I Want My People to Be Remembered, Hélène Giannecchini
C’est un peu le film queer dont on rêve : la réalisatrice Hélène Giannecchini dévoile en exclusivité une cinquantaine d’années de pellicules argentiques prises par la photographe lesbienne Donna Gottschalk. En plus du regard, la photographe nous offre sa voix puisqu’elle se livre lors d’un entretien sur sa lesbianité, sur ses failles, sur celles et ceux qu’elle a aimé·es. Les deux artistes s’associent pour exprimer l’infinie tendresse pour la communauté sans romantiser les destins évoqués souvent marqués par la souffrance et le rejet. Si cette œuvre est aussi touchante, c’est parce qu’elle valorise profondément l’intimité. Celle qui permet de partager qui l’on est en toute sécurité. Victoria Faby
Les tremblements, Louise Chauvet
Pour préparer son concours d’entrée à l’école des Beaux-Arts, la jeune Nine s’isole dans le village de sa grand-mère, à la recherche de l’inspiration artistique. Elle y fait la rencontre d’Aurore, une jeune femme pieuse qui s’apprête à entrer au couvent. Réalisé par Louise Chauvet, Les Tremblements tisse un lien de fascination et de séduction entre ces deux femmes aux aspirations opposées, tout en mystère et retenue, où la foi de l’une se mue en inspiration artistique pour l’autre. MA
Una vez un cuerpo, María Cristina Pérez
La réalisatrice colombienne María Cristina Pérez raconte dans ce court-métrage animé les pensées parasites qui habitent les femmes de l’enfance à la vieillesse en rapport à leur corps. Par des coups de pinceau bruts et expressifs, l’enveloppe physique devient malléable, tantôt exagérée, tantôt fragmentée, tantôt scrutée à la loupe. Un monologue brillant accompagne l’image, entre prose et poésie, prenant la forme d’un fil de pensées incontrôlable lorsque notre corps est l’objet de discussion principal du monde qui nous entoure. NA
Fille de l’eau, Sandra Desmazières
Sensible, sensuel et nostalgique, ce film d’animation réalisé par Sandra Desmazières raconte l’histoire d’une pêcheuse qui n’a jamais réussi à avoir d’enfant. L’eau se fait alors le fil conducteur qui tisse la frontière poreuse entre souffrance, sensualité et émotivité. L’eau s’invite même dans la technique à travers des planches d’aquarelle vibrantes, et un travail sonore aqueux remarquable. VF
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Petit pont, Julie Lerat-Gersant
On l’avait découverte en 2022 avec le long-métrage Petites, qui faisait le portrait d’un centre maternel à travers le regard d’une adolescente enceinte. La réalisatrice Julie Lerat-Gersant revient au format court avec Petit pont, qui approfondit la veine de l’abandon parental. Elle y raconte l’histoire de trois frères et sœurs, dont l’une, Lila, âgée de quatorze ans, rêve d’être sélectionnée dans l’équipe de foot de son collège, mais doit gérer en urgence la garde de sa petite sœur lorsque sa mère lui fait faux bond. Toujours juste dans ses personnages entre adolescence insouciante et responsabilité parentale prématurée, Petit pont se démarque principalement par le jeu de la jeune Fannie Pattier, son actrice principale. MA
Niceaunties, Wenhui Lim
Des micro-courts-métrages d’à peine plus d’une minute ouvrent chaque séance de la section Asie du Sud-Est. La culture internet s’invite à Clermont-Ferrand avec la série Niceaunties, imaginée à l’origine pour les réseaux sociaux par l’artiste singapourienne Wenhui Lim. Ses capsules à la fois apaisantes et barrées rendent hommage à toutes les femmes d’un certain âge des familles est-asiatiques, les aunties ou tantines. L’univers très singulier, entre surréalisme et body horror joyeux, est bâti à partir d’intelligence artificielle, qui permet une liberté de composition totale et une réflexion sur les imaginaires culturels et les rêves des algorithmes. NA
Le Bateleur, Jennifer Fanjeaux
Un père instable au charme indéniable, et un enfant qui a dû apprendre à être plus responsable que son parent ; c’est ce que raconte Le Bateleur. Le film commence sur un plan de l’enfant qui bloque la porte d’entrée de sa maison car il refuse de partir avec son père. Il finira par accepter. Envoûtant et contemplatif, la composition de l’image et la colorimétrie invite à la tendresse, sans jamais romantiser cette figure paternelle instable, fragile, et donc décevante. Ce récit est aussi précis que précieux puisqu’il s’autorise à faire cohabiter la tendresse et la colère légitime de l’enfant. VF