Cannes 2026 : MÉMOIRE DE FILLE - Judith Godrèche

© Jour2Fête

Été 58

Pour son premier long-métrage, Judith Godrèche adapte un ouvrage phare d’Annie Ernaux sur la découverte de la violence sexuelle et du regard social. Académique dans son approche du texte d’Ernaux, Mémoire de fille présente toutefois de beaux élans de cinéma.

Adapter Annie Ernaux n’est jamais une mince affaire en matière de cinéma : le style introspectif et fragmenté de l’autrice représente un véritable défi en termes d’adaptation, ce qui n’empêche pas les propositions d’arriver ces dernières années, avec Passion simple de Danielle Arbid en 2020, et surtout le multi-primé L'Événement d’Audrey Diwan en 2021. C’est désormais Judith Godrèche qui apporte sa pierre à l’édifice avec Mémoire de Fille, son premier long-métrage qui adapte l’ouvrage du même nom d’Annie Ernaux, publié en 2016. L’alignement de ces deux noms semble tout tracé, Annie Ernaux et Judith Godrèche étant devenues des figures médiatiques incontournables du féminisme de #MeToo, l’une depuis l’attribution du prix Nobel, l’autre depuis ses prises de parole publiques sur les violences sexuelles de la part du réalisateur Benoît Jacquot.

On l’attendait, donc, cette adaptation d’un ouvrage qui revient précisément sur la découverte de la violence masculine. Dans Mémoire de Fille, Annie Ernaux revient sur « l’été 1958 », celui de ses 17 ans, où elle part comme monitrice dans une colonie de vacances et quitte le cocon familial pour la première fois. Celle qui rêve d’un amour puisé dans les livres y découvre la sexualité dans son versant le plus brutal, mais aussi la honte de sa condition sociale face à l’effet de groupe de monitrices dont elle rêve de faire partie. Ces deux aspects, le sexuel et le social, Godrèche y appose un regard de réalisatrice qui colle au plus près de la peau de son personnage – incarné par sa propre fille, Tess Barthélemy.

© Jour2Fête

Regarder la violence

C’est là l’aspect le plus réussi du film : Judith Godrèche épouse le regard de la jeune Annie sur le monde et sur les hommes, dans toutes ses contradictions. Il y a d’abord un émerveillement sur les corps masculins, puis un déni désespéré lorsque les premières relations sexuelles se révèlent gorgées de violence. C’est dans ce déni romantique, cette quête d’un émerveillement amoureux permanent malgré la violence évidente des actes que l’on ne sait pas encore voir, que Judith Godrèche développe le mieux son regard de réalisatrice. On reconnaîtra également à la réalisatrice son souci du détail sur le portrait de ce groupe d’adolescentes de la fin des années 1950, avec un naturel apporté à la direction des actrices qui casse le côté rigide que pourraient avoir les portraits d’une France « d’époque ».

Une adaptation littéraire et littérale

On reprochera tout de même à Mémoire de fille des procédés de réalisation particulièrement académiques, notamment en ce qui concerne l’adaptation d’Annie Ernaux. Au récit ponctué çà et là d’extraits en voix off du texte original s’ajoutent des séquences du présent de l’autrice, campée par Valérie Dréville dans un mimétisme assez lourd, pour raconter le processus d’écriture. Une adaptation extrêmement littérale sans grande prise de risque, si ce n’est quelques ponctuations assez anachroniques pour rappeler l’actualité du texte d’Ernaux (une professeure de philosophie faisant office de révélation féministe pour le personnage, des passages de dialogues surexplicatifs, un regard caméra dont on aurait pu se passer). Mais adapter Annie Ernaux n’est jamais une mince affaire, et on reconnaît à Judith Godrèche la capacité d’avoir su créer un certain regard de cinéaste pour son premier film.

MARIANA AGIER

Mémoire de Fille

Réalisé par Judith Godrèche

Avec Tess Barthélémy, Valérie Dréville, Maïwenn Barthèlemy

Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026.

Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle s'y rend, elle est prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

En salles le 30 septembre 2026

Précédent
Précédent

Cannes 2026 : LES ÉLÉPHANTS DANS LA BRUME - Abinash Bikram Shah

Suivant
Suivant

MOTHER’S BABY – Johanna Moder