Séries Mania 2026 : nos 7 coups de cœur de cette édition

Dustfall (© DR - Vince-Valitutti)

Du 20 au 27 mars, Sorociné était à Lille pour le plus grand festival d’Europe dédié aux séries. Entre réflexions sur les masculinités et propos pertinents sur la parentalité ou la résistance face au fascisme, en voici sept qui ont emballé la rédaction.


Major Players - Sélection en compétition internationale 

Molly Manning Walker © DR - Channel 4

Après une entrée remarquée au Festival de Cannes, son film How to Have Sex ayant remporté le prix Un certain regard en 2023, la Britannique Molly Manning Walker s’essaie pour la première fois à la série. Et confirme tout à la fois son regard affûté et sa mise en scène précise. En suivant une lycéenne bien décidée à monter une équipe féminine de foot dans son établissement, la réalisatrice, aidée de la scénariste Yasmin Joseph, s’intéresse moins au sport qu’aux dynamiques de pouvoir et de genre mises en lumière par celui-ci. Sa caméra naturaliste, qui effleure avec fluidité les visages et les corps d’adolescents tous parfaitement incarnés, capte la tentation des dominées d’épouser les codes des dominants pour essayer de les rejoindre, la conscience aiguë, chez les jeunes garçons, que toute sensibilité apparaîtra comme de la faiblesse, ou encore la joie puissante de rencontrer des gens qui nous ressemblent et confirment notre identité. Montrée inachevée au festival, ce qui explique peut-être qu’elle fut injustement snobée par le jury, Major Players s’affirme pourtant déjà comme une œuvre grande et singulière, d’une redoutable authenticité. M.B.


Babies - Sélection Panorama international

© BBC One

Parmi les nombreuses pépites britanniques découvertes lors de cette édition, Babies est certainement la plus délicate. On y suit un couple de trentenaires confronté à la difficulté de concevoir, mais aussi les premiers pas maladroits de deux amoureux de leur entourage, entre deuil et famille recomposée. Créée par Stefan Golaszewski (Mum, Him & Her) pour la BBC, la série aborde avec beaucoup de finesse l'intimité et les drames vécus par ses personnages, dans la lignée de Normal People, version parentalité. Jouant sur sa temporalité, avec des ellipses discrètes et une mise en scène qui s’attarde avec pudeur sur les visages, la série évite le pathos et les écueils du mélodrame pour mieux nous toucher par sa peinture du quotidien face à un mal silencieux. L’espoir et le chagrin s’entremêlent à mesure des fausses couches, rarement montrées avec autant de réalisme dans son impact sur le couple et les relations aux autres. Notons l’impeccable interprétation de son beau duo d’acteurs principaux, Siobhán Cullen et Paapa Essiedu (vu dans I May Destroy You et bientôt sous la cape de Rogue dans la série Harry Potter). A.A


Proud - Grand prix de la compétition internationale 

© HBO Max

Voici une autre histoire de parentalité, cette fois subie par un personnage que rien ne destinait à pouponner. Filip est mannequin. Homosexuel dans un Pologne peu accueillante envers la communauté LGBT+, il vit à cent à l’heure sans se soucier du lendemain, entre addiction au sexe et à l’alcool. Mais à la mort soudaine de sa sœur, le voilà qui doit s’occuper de sa nièce en bas âge. Refusant de l’abandonner comme lui le fut dans sa propre enfance, il va devoir apprendre à s’occuper du bébé et faire face aux préjugés, épaulé par sa famille choisie. Portée par un interprète incandescent, Ignacy Liss (évident lauréat du prix du meilleur acteur), Proud propose un portrait passionnant d’un jeune homme en pleine réinvention, pour la première fois mis face à ses responsabilités dans une société à l’homophobie latente qui pourrait le priver de sa place de père. Entourée d’une belle galerie de personnages secondaires dont on a aussi hâte de découvrir le développement, la série créée et réalisée par Karol Klementewicz pour HBO Pologne prend le parti de l’espoir et de l’amour face aux remous sociaux d’un des pays européens les plus en retard sur la question des droits LGBT+. A.A


Etty - Sélection hors compétition

© ARTE / Studio TF1 / Les Films du Poisson

Autrice juive néerlandaise, Etty Hillesum n’aura jamais pu constater la réalisation de son ambition la plus profonde : devenir l’une des écrivaines les plus importantes de son temps. Elle est morte assassinée dans le camp d’Auschwitz à seulement 29 ans, en 1943, après s’être rendue volontairement dans celui de Westerbork pour y exercer la fonction d’assistante sociale. C’est la réflexion qui l’a conduite à cette décision et sa relation trouble avec le psychologue Julius Spier, dont elle fut la secrétaire, l’amante et la patiente, que filme Hagai Levi dans cette impressionnante fresque de six épisodes. Le showrunner israélien aux multiples succès (BeTipul, adapté partout dans le monde et notamment en France sous le titre En thérapie, Our Boys, The Affair, etc.) fait le choix radical d’éviter la série historique pour transposer son récit dans un Amsterdam contemporain, rapprochant inéluctablement la longue descente d’un pays vers le fascisme de notre présent. Cela lui donne l’occasion de créer d’impérissables séquences, comme celle, triste et glaçante, d’une confiscation massive de vélos. Dans le rôle principale, l’Autrichienne Julia Windischbauer épouse avec brio les deux aspects de la série, tour à tour cérébrale, avec de longues discussions philosophiques devenues la marque de fabrique de son créateur, et très physique, lorsque la souffrance, l’affrontement ou l’emprise quittent les âmes pour infuser tout le corps. M.B.


Dustfall - Prix du public, sélection en compétition internationale

© DR - Vince-Valitutti

Sur le papier, Dustfall a tout d’un cop drama classique qui, même s’il est maîtrisé, ne laisse que peu de place à la surprise. Tig est une enquêtrice opiniâtre, lancée sur une affaire de viol sur mineure – laquelle est retrouvée nue dans un champ de canne à sucre du Queensland rural sans aucun souvenir de ce qui s’est passé. Mais résumer la série ainsi serait faire fi du talent de son autrice, la Néo-Zélandaise Dianne Taylor, déjà à l’origine notamment de la magnifique After the Party, présentée à Séries Mania il y a trois ans. La scénariste se montre d’une implacable précision dans la description des ramifications des violences sexistes et sexuelles, et la déflagration induite sur les proches des victimes. On retiendra notamment une scène d’une ampleur folle avec la mère de la jeune plaignante. Surtout, Taylor parvient à insuffler une étonnante douceur à son histoire pourtant chargée, portée par des comédiennes au sommet de leur art. Juliet Stevenson est parfaite en mère ambitieuse et défaillante, et Anna Torv investit son rôle d’enquêtrice avec une bienveillance ferme désarmante. M.B.


These Sacred Vows 

© RTE

Un prêtre irlandais catholique, un mariage chaotique, des invité·es alcoolisé·es et désinhibé·es, le soleil écrasant d’un village de vacances à Tenerife. Ce n’est pas le début d’une blague mais bien les prémices de la détonnante These Sacred Vows, minisérie créée et écrite par John Butler. Sous ses airs de comédie dramatique sur les affres du mariage et les peurs de l’engagement doublée d’un murder mystery aussi inattendu que cocasse, la série propose une véritable étude de personnages le temps de six épisodes dispatchés entre plusieurs personnages. Tous les coups sont permis pendant cette semaine infernale entre faux-semblants, tromperies et révélations familiales déroutantes. Dotée d’une écriture mordante, d’un sens aiguisé de la punchline et d’une galerie d’interprètes miraculeux.ses, These Sacred Vows fait mouche. L.D


Homebodies - Mention spéciale en compétition formats courts

© DR - Mad Ones

À la suite d’un accident domestique, le jeune Darcy revient dans la maison de campagne où il a grandi pour veiller sur sa mère convalescente. En plus de se confronter aux préjugés et à la transphobie de sa mère, il doit faire face à des événements surnaturels causés par l'apparition du fantôme de son adolescence avant sa transition, la jeune Deanna. Surprenante série venue d’Australie créée par Harry Lloyd et AP Pobjoy, au format court (6 x 10 min) et au petit budget bien dépensé, Homebodies embrasse totalement le genre fantastique pour tenter de panser des blessures familiales et de réparer la relation que la mère a abîmée en effaçant son fils de sa vie après sa transition. En travaillant la figure du fantôme par le prisme de Deanna, adolescente coincée dans une temporalité, coincée dans les limites de la maison familiale, coincée dans un corps qui n’est pas le sien, coincée dans les attentes et les souvenirs de sa mère, la série propose une réflexion sensible et inattendue sur les transidentités. L.D

ALICIA ARPAÏA, LISA DURAND, MARGAUX BARALON

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