FESTIVAL DE DINARD 2026 – Nos quatre coups de cœur
© Pyramides distribution
Un méga coup de vent a transporté Sorociné jusqu’à Dinard, au rendez-vous annuel du cinéma irlandais et britannique. Entre deux sessions de danse accompagnées de violon et de pudding arrosé à la Guinness, la rédac’ a trouvé le temps de dénicher quatre pépites cinématographiques.
Je vois des immeubles tomber comme de la foudre, Clio Barnard (UK)
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Ce film a reçu le Hitchcock d’or
Déjà remarquée à la Quinzaine des cinéastes, l’adaptation du roman de Keiran Goddard par Clio Barnard a également séduit le jury du festival de Dinard, présidé par Amira Casar, qui lui a décerné son Hitchcock d’or. À l’image de son décor, une Birmingham tombant en ruine et où tout est à reconstruire, la réalisatrice fait un portrait de la trentaine, entre les réussites, les échecs, les morts et les renaissances. Elle suit un groupe de cinq amis, tous incarnés par de formidables acteurs et actrices, parmi lesquel·les Joe Cole, bien connu pour son rôle dans les Peaky Blinders, et Lola Pettigrew, remarquée récemment dans la série Furious. Sur plusieurs années, le spectateur suit leurs rencontres et éloignements, motivés par des écarts de classe, des choix de vie et des jalousies amoureuses. Avec cet exemple parfait d’un film choral réussi, Clio Barnard parvient à faire briller chacun de ses personnages et ne délaisse aucune de ses sous-intrigues, offrant une œuvre riche, aussi âpre que solaire.
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En salles le 16 décembre 2026
Skintown, Kieron J. Walsh (IE)
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Ce film a reçu le Hitchcock du public
Mélangez Trainspotting avec Five. Puis saupoudrez de quelques pincées de Breakfast on Pluto. Vous obtiendrez cet étrange gloubi-boulga absolument jouissif qu’est Skintown. On y suit Vinny (incroyable Jack Rowan) et son meilleur ami Jonty, dans le Belfast des années 1990. Leur rêve : se casser de cette ville où les soldats britanniques les braquent du matin ou soir, où les catholiques et les protestants défilent pour affirmer leurs différences. Leur plan : vendre de la drogue volée à des unionistes lors d’une soirée tech. Malgré ce scénario qui peut paraître vu et revu, Skintown nous emporte, grâce à ses superbes acteurs, à la drôlerie de ses dialogues, et surtout à ses changements de ton qui nous font passer du rire aux larmes en quelques plans. Sans oublier la toile de fond de cette histoire, qui montre l’omniprésence de la violence en Irlande du Nord et l’impact que celle-ci a eu sur cette jeunesse ayant vécu à l’ère des attentats de l’IRA… Bref, un film prenant, vibrant, sensible, à l’image des recommandations du réalisateur qu’on pourrait résumer en ces termes : « Pour regarder mon film, prévoyez une bière, un joint, mais aussi beaucoup de mouchoirs ».
Trad, Lance Daly (IE)
© Trad
Impossible de regarder ce film sans transformer son siège en power plate. Cette ode contemporaine à la musique traditionnelle irlandaise fait taper du pied, des mains, sourire, douter. Pour son septième long-métrage, Lance Daly raconte l’histoire de Shóna (jouée par la musicienne Megan Nic Fhionnghaile), une violoniste qui ne veut plus rien avoir à faire avec son instrument, et surtout pas jouer de la musique gaélique pour une mère autoritaire qui a pour seule passion son école de danse irlandaise. Mais Shóna finit par reprendre son archer quand elle croise la route de musiciens errants complètement loufoques (parmi lesquel·les Harki, incarné par Aidan Gillen, le fameux Littlefinger de Game of Thrones qui fait planer une once de mystère sur tout le récit). Coming-of-age doux, drôle, qui joue aussi avec un certain malaise, Trad est un magnifique hommage à cette jeunesse qui parvient à s’affranchir en se réappropriant les traditions de leur pays.
The End of It, Maria Martínez Bayona (UK)
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Premier film ne veut pas dire petites ambitions. Car Maria Martínez Bayona en a beaucoup, tout autant que de la maîtrise. Elle nous emmène dans une sorte de long épisode de Black Mirror, où une artiste, Claire (Rebecca Hall), décide de se suicider alors qu’elle fait partie de la première génération à être devenue immortelle. Mais puisque Madame fait de l’art contemporain, elle se doit de mettre en scène sa mort avec classe… Bien loin d’être tiré par les cheveux, ce scénario offre beaucoup de résonance avec notre société où l’absence de la mort (ou sa dissimulation) engendre un mélange de fantasme et de répulsion chez les êtres. Ce propos, développé lentement et finement, trouve son apogée dans une scène finale absolument saisissante.
ENORA ABRY