OÙ VONT LES ÂMES - BRIGITTE POUPART
© Wayna Pitch
Dernières retrouvailles
Pour son premier long-métrage de fiction, la réalisatrice québécoise Brigitte Poupart aborde le délicat sujet de l’aide à mourir, malheureusement alourdi par des effets de mise en scène artificiels malgré une interprétation de qualité.
On ne pourra pas dire que Brigitte Poupart élude son sujet, encore bien tabou sur les écrans de cinéma. Dès son ouverture, la réalisatrice choisit de filmer une jeune fille se dévêtant de sa perruque pour révéler à ses followers sa difficile réalité. Atteinte d’un cancer en phase terminale, Anna, 18 ans, demande publiquement l’aide à mourir. Un geste audacieux pour poser d’emblée un postulat. Où vont les âmes proposera une représentation frontale des dernières semaines d’une malade et le processus vers l'apaisement final. Une description précise est faite du processus en place au Québec depuis la loi de 2016, qui résonne évidemment avec notre propre actualité, puisque la France vient tout juste de légaliser l’euthanasie.
Toutefois, la cinéaste canadienne, qui avait déjà traité de la maladie dans le documentaire Over my dead body (2012), évite le piège du « film à sujets » pour mieux s’intéresser à l’autre cœur du film, les dynamiques familiales que cette annonce vont réveiller. Car c’est surtout pour Anna la dernière occasion de renouer avec ses demi-soeurs, Eve et Eléonore, qui ignoraient tout de la gravité de sa maladie. Leur relation avait été rompue quatre ans auparavant suite au procès de leur père, condamné pour viol, contre qui les aînées avaient livré des témoignages à charge. Un aspect qui aurait pu ajouter du drame au drame, mais qui reste finalement un contexte pour explorer la psychologie de ces femmes, dont le rapport au père diffère. Le film se déploie ainsi réellement quand celles-ci se retrouvent réunies sous le même toit. Un huis clos se met en place dans la grande demeure familiale, où les fantômes du passé ne sont jamais loin. L’amour se heurte à la culpabilité, les non-dits refont surface et les blessures voient leurs cicatrices se rouvrir.
Malgré une écriture et des dialogues de qualité, le film s’embourbe hélas dans une multitude d'effets de style venant alourdir un sujet qui avait, à l’inverse, besoin de pudeur. La caméra use et abuse des travellings et des métaphores météorologiques faciles, entre rayons de soleil couchant venant heurter l’objectif et brumes artificielles quand Anna murmure à l’oreille de son cheval. La musique, aux violons omniprésents, lasse et agace rapidement, coupant malheureusement le rythme du film. Reste un soin apporté au décor, donnant à cette maison de campagne des allures gothiques, telle la gardienne du lien entre les sœurs mais aussi de leur souffrance, et l’interprétation de son trio de comédiennes. Sara Monpetit (la révélation de Vampire humaniste cherche suicidaire consentant en 2023) oscille entre puissance et fragilité dans le rôle difficile d’Anna, face à Monia Chokri et Julianne Côté en soeurs brisées en phase de reconstruction. Brigitte Poupart, elle-même actrice, a su modeler l’intensité émotionnelle et éviter un pathos supplémentaire qui aurait accentué le manque de mise à distance dû à sa réalisation.
ALICIA ARPAÏA
Où vont les âmes
Réalisé par Brigitte Poupart
Avec Monia Chokri, Sara Montpetit, Sylvie Testud, Julianne Côté
Anna, 18 ans, demande l’aide médicale à mourir. Elle décide de se laisser quinze jours pour accomplir son souhait de revoir ses demi-sœurs avant de s’éteindre. Séparées par le procès de leur père quatre ans auparavant, les trois sœurs révèlent leurs forces individuelles et collectives à travers ces ultimes moments de sororité où leurs vies s'entremêlent.
En salles.