28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS – Nia DaCosta
© 2026 28 Years Later Limited. All Rights Reserved.
Shakespeare In Hell
Second opus de la nouvelle franchise de contamination « 28 Ans plus tard », Le Temple des morts et sa réalisatrice Nia DaCosta proposent une lecture audacieuse et inattendue de la figure du zombie en questionnant les enjeux climatiques et les dérives fascistes de nos sociétés modernes.
À l’été 2025 sortait 28 Ans plus tard, suite attendue d’un succès emblématique des années 2000, 28 Jours plus tard (2002) et sa suite 28 Mois plus tard (2007). À la réalisation, on retrouvait Danny Boyle, cinéaste du film original. Scénarisé par le cinéaste et producteur Alex Garland (Ex machina, Men, Civil War), ce film de zombies lançait ainsi une franchise qui devrait se composer de trois films. Mis en chantier à la suite du premier opus de cette nouvelle trilogie, 28 Ans plus tard : Le Temple des morts s’offre les services de la réalisatrice américaine Nia DaCosta (The Marvels, Candyman, Hedda). Exit le style tapageur de Boyle et ses gimmicks de réalisation dépassés. Soutenu par le scénario le plus inspiré qu’Alex Garland nous ait servi ces dix dernières années, la réalisation de DaCosta repousse les limites de la franchise et redéfinit les contours de la figure du zombie.
28 Ans plus tard fonctionne comme une véritable trilogie ; ainsi, il faut se mettre à jour pour suivre les fils narratifs que l’on nous déroule. Les pistes mises en place lors du précédent volet se complexifient et se cousent douloureusement dans ce second volet plus violent, poétique et nihiliste. À l’intrigue principale, en forme de film d’apprentissage qui suit notre jeune héros, Spike, dans sa perte d’innocence et son passage plus que symbolique à l'âge adulte, DaCosta et Garland ajoutent une relecture inattendue de la figure du zombie mais aussi un regard politique des sociétés en proie au retour du fascisme.
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Zombie Thérapie
Tout d’abord divisé entre le point de vue de Spike (Alfie Williams) et celui du Dr Ian Kelson – qui l’aidait dans le précédent volet, à mettre fin aux jours de sa mère, Isla, atteinte d’un cancer, par mort assistée par médicaments, le film embrasse un troisième point de vue insolite, celui de Samson, colosse infecté par le virus. Cet « alpha » apex prédateur de la forêt tisse avec le Dr Kelson une relation d’amitié alors que celui-ci le sédate pour se protéger d’une mort certaine. Bientôt, les recherches de ce scientifique excentrique rebattent les cartes du prototype du zombie. Si la franchise avait établi, vingt-huit ans auparavant, que le virus avait été fabriqué en laboratoire et testé sur des singes avant de se répandre par morsure dans le monde, elle n’avait jamais donné de voix aux contaminé·es, les réduisant à l’état de créatures sanguinaires décérébrées et de principaux antagonistes des films. Pourtant, avec l’attention portée à Samson, on découvre que le virus « de la fureur » serait réversible à l’aide d’un traitement thérapeutique, de l’usage de psychotropes et de beaucoup de temps.
En repolitisant la figure du zombie, le film déjoue les représentations des productions actuelles et s’inscrit plutôt dans l’héritage d’un cinéaste comme George A. Romero qui, par ses films d’horreur et ses personnages de morts-vivants, traitait de thématiques comme les discriminations raciales (La Nuit des morts-vivants, 1968) ou les dérives capitalistes de la société de consommation (Zombie, 1978). Ici, DaCosta et Garland s’intéressent aux enjeux climatiques et à la crise environnementale. Ainsi, lors de nombreuses séquences que DaCosta choisit de lui accorder, Samson retrouve peu à peu ses sensations humaines, ses souvenirs et ses capacités d’élocution, jusqu’à devenir la proie des autres infecté·es lors d’une scène assez formidable de « voyage en train ».
Seul bémol à cette exploration, l’utilisation d’un rapport civilisationnel entre Samson et le Dr Kelson – d’un côté un infecté animalisé dans le corps nu et ensauvagé d’un homme racisé, de l’autre un homme blanc dans une position de sachant, qui nomme son expérience et l’aide à s’humaniser, rejouant le rapport colonial entre Robinson Crusoé et Vendredi le bon sauvage.
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Memento mori
Les trajectoires de Kelson, Samson et Spike ne tardent pas à s’entrechoquer. Alors que notre héros tentait de faire chemin solitaire après le deuil de sa mère et la « trahison » de son père, il est sauvé puis embrigadé dans la bande des Jimmy, mené par Lord Jimmy Crystal – terrifiant et grotesque Jack O’Connell. Avec cette temporalité complémentaire, DaCosta explore une veine plus nihiliste et violente. Lord Jimmy Crystal serait le miroir déformant de Spike. Lui aussi vient d’une communauté victime des infecté·es, à la seule différence que son père, prêtre fanatique, lui a laissé avant de se faire dévorer une vision désespérée, obscurantiste et punitive du monde. D’où l’expression d’une religion sataniste cartoon, d’une appétence glaçante pour la pop culture et d’une philosophie « œil pour œil, dent pour dent ».
Tout n’est qu’une question de survie et de mythes dans la réalisation impressionnante de DaCosta qui utilise une caméra à l’épaule efficace et immersive. C’est surtout sa mise en scène d’une théâtralité à l’ADN pop culturel british assumé qui fait la réussite de ce second opus ambitieux. Elle est accompagnée d’une bande-son grandiloquente classique, de chansons pop des années 1980 (Duran Duran) et d’un casting excellent, où chaque rôle brille, du vétéran et shakespearien Ralph Fiennes dans une prestation ostermeierienne inoubliable au son du The Number of the Beast d’Iron Maiden à Jack O’Connell et ses inquiétant·es Jimmy en tracksuits customisé·es fans de Télétubbies, avatars évidents et cauchemardesques du présentateur et producteur pédocriminel Jimmy Savile. En développant des problématiques de restructuration d’un microcosme social après la chute d’une société démocratique, on sort de la simple chasse aux zombies et on déplace le curseur des problématiques survivalistes. Ici, il s’agit de survivre face à nos propres semblables.
En touchant à l’assimilation par la pression violente du groupe et à la violence sourde et la peur comme seuls modes du (sur)vivre-ensemble, le film touche à une inquiétude grandissante, celle des fascisations de nos sociétés modernes. Conscient de sa place dans la trilogie, il raccroche les wagons avec le film originel et prépare le terrain pour le dernier film avec le retour de son protagoniste zéro qui, le temps de la citation churchillienne « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », instruit sa fille sur les dérives du fascisme et les obligations morales du vivre-ensemble.
LISA DURAND
28 Ans Plus Tard : Le Temple Des Morts
Réalisé par Nia DaCosta
Avec Ralph Fiennes, Jack O'Connell, Alfie Williams
Dans ce nouveau volet de la saga, le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser notre monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar. Dans LE TEMPLE DES MORTS, ce ne sont plus les infectés qui représentent la plus grande menace pour la survie de l’espèce humaine – c’est l’absence d’humanité des rescapés qui se révèle être le danger le plus terrifiant…
Disponible en VOD