RENCONTRE AVEC DIANE CLAVIER ET OLIVIA CÔTE – « La phobie des enfants nous a permis de parler des tabous autour de la maternité »

© 2025 CHEYENNE FEDERATION - UMEDIA PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - FEDERATION INTERNATIONAL - RTL BELGIUM - RTL TVI - RTL PLAY

Dans Anna et les Enfants, la réalisatrice Diane Clavier et sa coscénariste Olivia Côte racontent l’histoire d’Anna (Camille Chamoux) dont la vie est gâchée par une peur bien particulière : la phobie des enfants. Questionnant la pression sociale autour de la maternité mais aussi le rôle du père au sein de la famille, elles livrent une comédie assez fine, surprenante, et surtout très drôle.

Comment vous est venue l’idée de ce sujet ? La peur panique des enfants, ce n’est pas très commun…

Diane Clavier : Déjà, il faut bien dire que cette phobie existe. Et pour nous, c’était une aubaine ! En tant que scénariste, j’avais déjà beaucoup travaillé sur des séries qui traitent des liens entre les parents et les enfants [comme Fais pas ci Fais pas ça ou Drôle de famille, ndlr], et cette phobie me permettait d’aborder ce sujet d’une manière plus originale. Questionner la maternité était aussi une façon de réfléchir sur nos situations actuelles : j’étais mère de deux enfants au moment de l’écriture, Olivia était belle-mère et accompagnée d’un père qui n’en foutait pas une cacahuète. Alors, le personnage d’Anna nous a permis d’exprimer un tas de choses qu’on n’aurait pas osé dire autrement, à cause des tabous de la société.

Vous aussi, vous avez des phobies peu communes ?

DC : J’ai la phobie des pigeons. Comme Anna, cela peut m’obliger à faire des détours dans la rue. Je ne peux pas être en terrasse seule si jamais il y a des pigeons. C’est assez embêtant…

Comment s’est passée votre collaboration à l’écriture ?

Olivia Côte : On a vraiment beaucoup ri ! C’était hyper joyeux, même si cela a été beaucoup de travail. Nous faisions des impros pour nous aider à trouver les situations et à les écrire. Ce n’était pas simple, car nous souhaitions absolument éviter les deus ex machina, les trop gros clichés… Et nous ne voulions pas que le personnage d’Anna soit antipathique, mais nous ne voulions pas non plus qu’elle soit trop charmante. Nous nous sommes tournées vers Camille Chamoux justement pour ces raisons-là : elle a un côté un peu sauvage, espiègle, et en même temps elle conserve une grande légèreté.

Diane Clavier : Il fallait travailler son évolution, sans la faire guérir forcément. Car il faut un minimum de réalisme : quand on a une phobie, on n’évolue pas à grands pas.

Au début du film, Anna retrouve son amour de jeunesse, incarné par Alban Lenoir. Mais – malheur ! – celui-ci a deux enfants d’un premier mariage. Alors qu’elle dort chez lui et qu’il est en voyage pour le travail, les deux bambins arrivent, car ils doivent passer une semaine chez leur père. Anna est donc contrainte de les garder en attendant son retour. Finalement, en regardant le film, on en vient à se demander si votre véritable sujet, outre la phobie des enfants, n’est pas celui de l’absence du père et son désintéressement face à ses obligations parentales…

Diane Clavier : Le personnage d’Anna a au moins la lucidité d’admettre qu’elle est phobique des enfants, alors que le papa, qui est peut-être un peu phobique aussi mais d’une autre manière, se cache derrière des excuses. Faire des enfants, cela engage une responsabilité. On a bien évidemment le droit de faire un choix, de choisir si nous en voulons ou non, mais si nous décidons d’en avoir, nous devons aller jusqu’au bout de l’aventure.

Olivia Côté : Ici, en effet, on parle de la phobie des enfants, mais aussi de la phobie de la responsabilité. Et c’est très dur aujourd’hui de dire « je ne me sens pas capable d’élever des enfants ». Le regard des autres par rapport à cela peut être vraiment très lourd, surtout pour les femmes. Même si j’ai l’impression qu’avec la génération qui nous succède, cela change petit à petit…

Diane Clavier : C’est vraiment un tabou hyper puissant chez les femmes, le fait de ne pas vouloir d’enfants. Si on n’a pas d’enfant, on nous regarde comme une chienne malade. On se dit : soit la pauvre chose ne peut pas en avoir, soit elle est égoïste, soit aucun homme ne veut d’elle. Utiliser la phobie des enfants dans notre film nous a permis d’enfoncer quelques portes et de parler de ce tabou.

© 2025 CHEYENNE FEDERATION - UMEDIA PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - FEDERATION INTERNATIONAL - RTL BELGIUM - RTL TVI - RTL PLAY

Le film est ponctué de scènes hilarantes, complètement abracadabrantesques, notamment une scène dans un magasin de jouets avec un vendeur – incarné par l’acteur et chanteur Estéban – qui se croit dans Les Experts Miami… Comment sont nées ces scènes ?

Diane Clavier : J’ai un peu imaginé le parcours d’Anna comme celui d’Alice au pays des merveilles. J’aimais l’idée que, sur son chemin, elle rencontre des personnages complètement absurdes, comme le Chapelier Fou ou le lapin toujours en retard. Cela m’a en effet permis d’imaginer ce vendeur qui gère la disparition des enfants dans le magasin de jouets comme une véritable enquête, mais aussi le personnage de Fred Testot, le patron de boîte de nuit, qui est aussi assez surprenant !

Dernière question spécial Sorociné : quels sont les films qui ont participé à votre éveil féministe ?

Olivia Côte : Même si je sais que ce film fait débat au sein de la jeune génération, je pense à La Leçon de piano de Jane Campion. Je l’ai vu quand j’avais dix-huit ans, et cela m’a brisé le cœur. Cette femme qui fait croire qu’elle est muette car elle sait que de toutes les façons on ne l’écoute pas, j’ai trouvé cela très puissant.

Diane Clavier : Je dirais Thelma et Louise. J’étais très heureuse de les voir mises à l’honneur sur l’affiche du Festival de Cannes, d’ailleurs. C’était génial, à cette époque, de faire un film avec deux femmes comme personnages principaux pour dénoncer les abus sexuels. Cela a parlé à l’ado de quinze ans que j’étais quand je l’ai vu, et cela m’a donné envie de faire du cinéma. Thelma et Louise m’ont donné envie d’écrire et surtout d’écrire pour les femmes.

Propos recueillis par Enora Abry

Anna et les enfants

Réalisé par Diane Clavier

Avec Camille Chamoux, Alban Lenoir et Olivia Côte

Anna est atteinte d’une phobie rare : la phobie des enfants ! Ça n’est pas qu’elle n’aime pas les enfants… c’est juste qu’elle en a peur. Quand elle retombe amoureuse de l’ex de sa vie, tout va pour le mieux… jusqu’au jour où elle découvre qu’il a deux enfants, mais surtout qu’elle va devoir rester seule avec eux !

En salles le 3 juin 2026.

Précédent
Précédent

Cannes 2026 : RENCONTRE AVEC HÉLÈNE ROSSELET-RUIZ - « J'ai souhaité montrer un système de domination complexe, dans lequel aucun des personnages n'est vraiment libre. »

Suivant
Suivant

28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS – Nia DaCosta