FATHER - Tereza Nvotová

© Epicentre Films

Filmer l’impensable

Proposant une alternative au traitement pur du « fait divers », la réalisatrice slovaque raconte l’histoire d’un homme responsable de la mort de sa fille, en s’attachant à retranscrire son trouble et son deuil. Un film dérangeant, percutant, entièrement en plan-séquence, ce qui dénote une incroyable maîtrise malgré quelques longueurs.

Michald (formidable Milan Ondrík) est un homme comme les autres, banal, presque ennuyeux à cause de cette banalité. Il a bien réussi sa vie, mais pas trop, car Monsieur a des ennuis au boulot, comme tout le monde. Il est très amoureux de sa deuxième femme, Zuzka (touchante Dominika Morávková), et est évidemment complètement gaga de leur petite fille de deux ans, Dominika. Pendant plus d’une trentaine de minutes, où nous suivons leur simple matinée filmée en plan-séquence, nous nous demandons ce qui pourrait bien nous intéresser là-dedans. Est-ce les feux de forêt causés par la canicule dont nous entendons parler via l’autoradio de Michald ? Est-ce un burn-out qui le guette à cause de la santé déclinante de son entreprise ? Non. Alors que Monsieur avait la tête ailleurs en pensant à ses soucis, il a oublié de déposer sa fille à la crèche (alors qu’il était intimement persuadé du contraire) et l’a alors laissée mourir dans la voiture par ces fortes chaleurs.  

Le reste du film, toujours en plans-séquences, dévoile les différentes phases de son deuil : le choc, la tristesse, la colère accompagnée de son envie de comprendre (il se souvient pourtant avoir déposé sa fille ce matin-là, comment est-ce possible ?) et enfin l’acceptation. Grâce à une écriture ciselée car inspirée d’une histoire vécue par le meilleur ami du coscénariste Dušan Budzak, la réalisatrice Tereza Nvotová met en avant la complexité de ce drame sans pour autant en dédouaner l’auteur. En déroulant le fil, elle pose aussi la question de « l’après » qu’on voit peu dans ces fictions inspirées de faits divers. Comment ce père peut-il continuer à vivre en sachant ce qu’il a fait ? Quelle position la mère peut-elle adopter ? Si beaucoup de questions restent sans réponses – ce qui malheureusement donne lieu à quelques longueurs et redondances – il n’en reste pas moins que Father est une tentative impressionnante, celle propre au cinéma peut-être, de mettre en images ce qui ne saurait être pensé.

ENORA ABRY

Father

Réalisé par Tereza Nvotová  

Avec Milan Ondrík, Dominika Moravkova, Peter Bebjak

Michal et Zuzka sont un couple épanoui, comblé par la réussite et la présence de leur petite fille, Dominika. Mais un jour de canicule, un drame vient briser leur amour et bouleverser leur vie. Leur histoire est exposée par les médias et malgré le poids de l’opinion et de leur entourage, un lien fragile va renaître entre eux, suspendu entre culpabilité et amour.

En salles le 27 mai 2026.

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