THE BRIDE ! – Maggie Gyllenhaal

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Les amants terribles

En revisitant le mythe de la créature de Frankenstein pour s’intéresser à sa fiancée, l’actrice et réalisatrice livre un film visuellement passionnant, très riche, jusqu’à l’excès. Un fourre-tout qui étouffe l’intériorité de ses personnages et son propos féministe.

La littérature anglaise du XIXe a le vent en poupe au cinéma. Après Guillermo del Toro et son Frankenstein calibré pour Netflix, lisse et sans bavure mais sans grand intérêt non plus, après Emerald Fennell et un Hurlevent dans lequel la violence et la noirceur du roman d’Emily Brontë sont devenues une publicité pop, voici venu le tour de Maggie Gyllenhaal, qui s’attaque elle aussi au mythe né de l’œuvre sus-citée de Mary Shelley. Mais cette fois, la créature de Frankenstein n’est plus le personnage principal. L’actrice, qui signe avec The Bride! sa deuxième réalisation après The Lost Daughter en 2021, s’intéresse à sa fiancée, celle qui n'apparaît que quelques minutes, muette, dans le film de James Whale de 1935.

Pour y parvenir, Maggie Gyllenhaal revient à Mary Shelley. C’est elle qui ouvre le film, depuis l’au-delà (ou un fond noir qui fait office de), pour expliquer qu’elle avait un deuxième roman en tête mais que la maladie l’a emportée trop tôt pour l’écrire. Il faut donc qu’elle donne vie à ce personnage de fiancée dont elle aurait aimé raconter l’histoire. Et la voilà qui possède une jeune femme, Ida, mondaine dans les années 1930 à Chicago. On devine déjà, avec ce prologue, les qualités et les limites de The Bride!. D’un côté, une recherche esthétique indéniable et souvent réussie. De l’autre, une tendance au trop-plein et à l’alambiqué qui, au fur et à mesure, viendra plomber ce film surchargé.

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Gothique à la sauce steampunk

Ida, donc, est possédée, puis meurt et finit enterrée. C’est le monstre de Frankenstein qui vient la sortir de sa tombe, avec l’aide d’une savante folle spécialiste de la « revitalisation ». Un petit coup d’électricité et la voici ranimée, théoriquement pour tenir compagnie à la créature difforme et solitaire que tout le monde connaît. Seulement voilà, cette fiancée-là n’est ni muette ni franchement obéissante, et les amants terribles sont bientôt en cavale, pourchassés par un duo d’enquêteurs opiniâtres d’un côté, et un terrible mafieux de l’autre.

The Bride! emprunte à beaucoup de genres avec un certain brio. Il y a ici du gothique, évidemment, mais infusé à la sauce steampunk. On y trouvera aussi du film noir, du film de gangster ou encore du Bonnie & Clyde, sans oublier une échappée jouissive du côté de la comédie musicale. Maggie Gyllenhaal connaît ses gammes et a peut-être un peu trop envie de le montrer, comme en témoigne le côté méta d’un film dans lequel les amants rebelles passent leur temps à aller au cinéma, et tout un tas de personnages secondaires à citer des références littéraires de Melville à Roméo et Juliette. C’est néanmoins dans les trouvailles visuelles qui découlent de ses influences que le long-métrage est le plus réussi, que ce soit la tache noire qui éclabousse le visage de sa fiancée et se mue en tatouage jusque sur sa poitrine, ou certains décors impressionnants (une piscine désaffectée, une salle de bal).

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Manque de chair

Si elle ramène à la vie un personnage ultra-secondaire et muet au départ, c’est que Maggie Gyllenhaal ambitionne de raconter son émancipation. The Bride! s’inscrit pleinement dans une époque qui cherche à revoir et corriger les mythes d’un point de vue féministe, qu’il s’agisse d’une poupée Barbie ou de la vie de Britney Spears. La fiancée donnera donc ici explicitement son consentement et servira à révéler l’ampleur de la société patriarcale dans laquelle elle baigne et dont elle a été victime avant comme après sa mort. Le problème, c’est que la cinéaste surligne et explicite plus qu’elle ne donne à voir ou, encore mieux, à ressentir. Sous la débauche d’effets et de rebondissements, ni la solitude, ni la souffrance, ni même la rage de la liberté retrouvée affleurent vraiment. Tout est littéralement formulé dans les dialogues, jusqu’au « Me too » vengeur de la fiancée.

Sans surprise, le travail d’abattage de Jessie Buckley et Christian Bale en amants maudits est impressionnant, mais eux aussi finissent phagocytés par un film électrisé, perpétuellement en sur-régime, qui ne laisse aucune place à l’intériorité. On aurait adoré, par exemple, voir ce que la réalisatrice pouvait faire d’une relation sexuelle monstrueuse. Hélas, celle-ci est soigneusement remisée au placard de l’ellipse. Paradoxalement pour ces créatures couturées, à vif, tout ceci manque de chair.

MARGAUX BARALON

The Bride !

Réalisé par Maggie Gyllenhaal

Avec Jessie Buckley, Christian Bale, Jake Gyllenhaal

Rongé par la solitude, « Frank » se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ensemble, ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et la fiancée prend vie ! Mais la suite des événements dépasse tout ce que qu’ils auraient pu imaginer : meurtres, possessions, et un couple hors-la-loi qui se retrouve au centre d’un mouvement social radical et débridé, et d’une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse !

En salles le 4 mars 2026.

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