CHRISTY – David Michôd

Copyright Black Bear Pictures

De l'ombre à la lumière

En retraçant le parcours mouvementé de la boxeuse lesbienne pionnière Christy Salters-Martin, devenue porte-parole de premier plan contre les violences conjugales et les violences faites aux femmes, David Michôd propose un faux biopic trop linéaire et surtout trop lisse.

En choisissant de cartographier vingt années du quotidien de la boxeuse Christy Salters, le réalisateur David Michôd place son film à l'intersection de plusieurs récits. Tout d’abord celui évident de sa carrière, qui s’ancre dans le genre du film de sport. Genre très plébiscité par les Anglo-Saxons, notamment dans la veine du biopic. On ne peut s’empêcher de penser au Million Dollar Baby de Clint Eastwood, qui valut à son interprète principale Hilary Swank l’Oscar de la meilleure actrice en 2005 pour son interprétation de la boxeuse fictive Maggie Fitzgerald. Ou bien plus récemment au biopic consacré à la patineuse Tonya Harding, sous les traits de Margot Robbie dans I, Tonya (2017).

À ce récit linéaire fait de nombreuses victoires par K.-O., Michôd ajoute des couches plus intimes sur la vie personnelle de Christy. Deux sujets se font face, d’un côté sa sexualité lesbienne longtemps cachée (elle finira par épouser l’une de ses adversaires, la boxeuse Lisa Holewyne, en 2017) qui s’articule autour de la lesbophobie dont elle est victime mais aussi de la manière dont elle s’empare de sa misogynie internalisée pour survivre dans la société américaine conservatrice des années 1980. De l’autre, l’emprise et les violences conjugales dont elle est victime de la part de son mari et entraîneur Jim Martin, qui mènent en 2010 à une tentative d’assasinat par balles et multiples coups de couteau. 

Photo: Entract Films

Dans les cordes

Biopic oblige, le choix de l’interprète est fatalement sujet à débat. Qui serait à la hauteur pour incarner celle que l’on surnommait « la fille du mineur », toute vêtue de rose sur le ring ? Christy nous arrive avec une réputation déjà chargée, forgée lors de son avant-première au TIFF 2025 (Festival international du film de Toronto) puis de sa sortie en salles fin novembre 2025 aux USA, mais aussi lors de ses retours presse. Ainsi, le film de David Michôd souffre surtout de l'opinion publique controversée que traîne sa star et productrice, Sydney Sweeney (Euphoria, La Femme de ménage), depuis plusieurs années, et qui s'est accélérée ces derniers mois avec les prises de parole et de position de l’actrice, jugées conservatrices dans un climat politique tendu aux États-Unis. Un choix d’autant plus commenté dans une période où semble naître un sentiment mondial généralisé de retour vers un certain conservatisme culturel. Christy doit exister avec cette étiquette involontaire. Complexe, quand on s’attache, devant comme derrière la caméra, au récit d’une boxeuse, icône lesbienne et porte-parole contre les violences conjugales et les violences faites aux femmes. D’ailleurs, niveau interprétation, sans faire d’étincelles, Sweeney ne s’en sort pas trop mal.

Loin d’être catastrophique, cette proposition est tributaire d’un manque de profondeur sur les multiples sujets qu’elle aborde. Ainsi le classicisme maîtrisé de ce faux biopic s’articule-t-il surtout autour d’un déroulé un peu trop catalogue de scènes attendues. Malgré une brochette d’acteur·ices solides issu·es du cinéma indépendant américain, à l’instar de Ben Foster, Merritt Wever ou encore Katy O’Brian (Love Lies Bleeding), et le choix plutôt judicieux d’un film assez resserré sur ses enjeux dramatiques et d’une caméra presque documentaire, Christy souffre dès qu’il doit traiter d’un sujet autre que la puissance physique et la détermination inflexible de son athlète. Il manque de force et d’une réflexion poussée lorsqu’il faut aborder et filmer les enjeux de violences domestiques, d’emprise, d’abus de pouvoir et de misogynie internalisée. Michôd travaille tout de même, dans le dernier quart d’heure de son long-métrage, une mise en scène qui emprunte au film d’horreur, pas inintéressant pour un récit qui traite notamment d’une tentative de féminicide.

LISA DURAND

Christy

Réalisé par David Michôd

Avec Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever

Inspiré d'une histoire vraie, Christy retrace l'ascension tumultueuse de la boxeuse Christy Martin, qui est passée de l'anonymat à la célébrité. La légendaire ténacité de Christy sur le ring cache en réalité des combats plus intimes avec sa famille, son identité et une relation toxique qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort.

En salles le 4 mars 2026.

Suivant
Suivant

THE BRIDE ! – Maggie Gyllenhaal