Cinq films féministes à (re)voir pour le 8 mars
Pour célébrer ce 8 mars 2026 la journée internationale des droits des femmes, Manon Franken, Mariana Agier, Esther Brejon et Enora Abry vous présentent une sélection de films féministes à voir ou revoir en préparation de cette journée de luttes.
L’une chante, l’autre pas, Agnès Varda, 1977
Dans les années soixante, deux jeunes femmes aux parcours différents deviennent amies. Suzanne est mère, déjà veuve, dans une situation précaire. Pomme est issue d’une famille aisée et veut faire de la musique. Elle tombe amoureuse de Darius, un jeune iranien. Le reste de leurs histoires se tisse au fur et à mesure des combats féministes. Témoignage des combats des sixties, ode au Planning familial, le film oscille entre chansons légères et événements tragiques : un ton doux-amer qui subsiste particulièrement aujourd’hui lorsqu’on le compare à l’actualité internationale. M.F.
Sois belle et tais-toi, Delphine Seyrig, 1977
En 1974, Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, Ioana Wieder et Nadja Ringart créent Les Insoumuses, un collectif s’emparant du format de la vidéo, accessible et facilement manipulable, pour créer des films militants féministes. Elles y documentent notamment le sexisme institutionnel avec Maso et miso vont en bateau, ou les luttes pour le droit à l’avortement avec Y a qu’à pas baiser !, avec un sens de l’ironie complètement jouissif. En 1977, c’est Delphine Seyrig qui passe derrière la caméra avec Sois belle et tais-toi, où une vingtaine d’actrices, dont Maria Schneider, Jane Fonda ou Shirley MacLaine, témoigne du sexisme vécu dans leur métier d’actrice, depuis les injonctions à la beauté plastique jusqu’au type de rôles proposés. Cinquante ans plus tard, ça fait toujours aussi mal. M.A.
Thelma et Louise, Ridley Scott, 1991
Deux femmes en cavale, une Ford Thunderbird et le Grand Canyon : en 1991, à la sortie de Thelma et Louise, les réceptions du film sont scandalisées - on accuse notamment le film d’être explicitement fasciste et d’acter la fin de la civilisation occidentale, parce qu’il encouragerait les femmes à utiliser des armes. Il faut dire que le film, scénarisé par Callie Khoury et dont on propose la réalisation à Ridley Scott (sa réalisation de Alien, une dizaine d’années plus tôt, avait prouvé à l’industrie sa capacité à raconter des histoires portées par des personnages féminins forts), crée un véritable précédent sur les représentations des femmes dans le road-movie, genre masculin par essence, où la violence subie par les deux femmes finit par se retourner contre ses agresseurs. Indémodable, Thelma et Louise raconte encore aujourd’hui le sexisme structurel avec une pertinence flagrante. M.A.
La Leçon de piano, Jane Campion, 1993
Un piano abandonné sur une plage. Une jeune femme assise devant y joue pendant que sa fille danse autour. L’image a marqué des générations de spectatrices et spectateurs, pour devenir un symbole multiple. Celui de l’émancipation d’Ada, femme muette mariée à un colon austère, mais aussi celui de la première réalisatrice à recevoir une Palme d’or. Réflexion sur l’héritage colonial néo-zélandais et éveil à la sensualité sont au cœur de ce film intemporel. E.B.
The Virgin Suicides, Sofia Coppola, 2000
C’est certainement l’un des films les plus connus de notre top. Voilà pourquoi nous voudrions vous inviter à le redécouvrir à la lumière du superbe article écrit par Lily Bloom. Et si The Virgin Suicides cachait un double sens ? Nous y suivons l’adolescence des cinq sœurs Lisbon (dont une est jouée par Kirsten Dunst, qui entame ici sa longue série de collaborations avec Sofia Coppola), entre éclosion et répression du désir, dans les États-Unis des années 1970. Sauf que leur histoire n’est pas racontée par elles, mais par leurs voisins d’en face, qui, devenus adultes, se rappellent les avoir épiées, fascinés par leur beauté. Alors, que raconte véritablement Sofia Coppola ? La difficulté de l’éveil sexuel féminin dans une société corsetée ? Ou plutôt, la façon dont le regard masculin fantasme l’éveil sexuel féminin ? Pour trancher, il va falloir ressortir votre vieux DVD. E.A.