PATERNAL LEAVE – Alissa Jung

© Carolina Steinbrecher

La fille de son père

Premier long-métrage de l’allemande Alissa Jung, Paternal Leave suit l’itinéraire accidenté d’une relation père-fille le long de la côte italienne, porté par un attachant duo de comédien·nes : Juli Grabenhenrich et Luca Marinelli.

Léo a quinze ans, une mère aimante mais trop absente et surtout un père qu’elle ne connaît qu’en photo et au détour d’une vidéo. Revêche, l’adolescente quitte sans prévenir l’appartement familial vide, en quête de réponses et de ce père abstrait. La grande ville allemande laisse place à la côte nord de l’Italie, au rythme d’un voyage clandestin. Bientôt, elle bouscule la vie déjà instable de Paolo, prof de surf et papa pour la deuxième fois. Surtout, elle explose toutes les strates d’omissions soigneusement construites par ce quarantenaire mélancolique dont la fuite en avant est la spécialité. La polysémie du titre Paternal Leave, qu’on traduirait en français par congé de paternité mais qui peut aussi être analysé par l’emploi du verbe anglais leave, c’est-à-dire « quitter » ou « partir », ajoute de la profondeur au statut mouvant de la relation filiale entre Léo et Paolo.Tourné entièrement à la caméra épaule, qui permet de vivre le film presque contre la peau de ses sujets, Paternal Leave est le portrait âpre d’une filiation difficile. Si les réalisatrices ont beaucoup filmé des expériences ou/et des refus de maternité divers et distincts, peu sont allées sur le terrain de la paternité et de ses questionnements propres, sauf peut-être la cinéaste Charlotte Wells et le déchirant Aftersun. Pourtant, c’est au cœur d’un bord de mer italien automnal, à la direction de la photographie bleutée et contrastée, que l’allemande Alissa Jung a décidé de poser son regard.

Cette paternité, que Paolo a refusé à Léo mais qu’il veut absolument conquérir avec sa seconde petite fille et sa nouvelle compagne, complexifie l’enjeu principal. Ainsi, l’homme n’est pas fermement opposé à la responsabilité de père mais refuse, dans un premier temps, de communiquer à Léo ses doutes et ses renoncements. Frontalité de l’adolescence oblige, la jeune fille continue de forcer le destin, de pousser son géniteur dans ces retranchements et d’obliger celui qui dissimule son passé et ment à son présent pour assurer son futur à regarder la réalité en face et faire des concessions. Paolo, lui, apprendra à l’adolescente à poser des limites et à décaler son regard pour créer une forme d’empathie. Évidence même des similarités de caractère que partagent la fille et le père, têtu·es jusqu’au bout. Ce duo père-fille fragile et rancunier prend surtout grâce à l’interprétation brute de la débutante Juli Grabenhenrich et celle, sensible, du chevronné Luca Marinelli, mettant toutes les failles de Paolo en lumière.

Alchimie qui se cristallise le temps d’une séquence finale où, autour de la figure tutélaire du flamant rose, dont la présence récurrente accompagne le film et dont la parentalité est paritaire – de la construction du nid à la couve de l’œuf, en passant par les nutriments qu’il sécrète pour nourrir son poussin, lui transmettant son énergie vitale et les pigments de son plumage –, Léo et Paolo scellent leur lien de parentalité et achèvent ce double voyage initiatique à rebours pour le père et au bon endroit pour la fille au son du Hold Your Own du poète Kae Tempest : «Time is an onslaught, love is a mission. We work for vocation until in remission. We wish we’d had patience and given more time to our children. Feel each decision that you make. Make it, hold it. Hold your own. » « Le temps est un assaut. L’amour est une mission. Nous travaillons pour la vocation jusqu’à la rémission. Nous aurions aimé avoir de la patience et consacrer plus de temps à nos enfants. Ressentez chaque décision que vous prenez. Faites-le, tenez-le. Gardez votre place ».

LISA DURAND 

Paternal Leave

Réalisé par Alissa Jung

Avec Luca Marinelli, Juli Grabenhenrich, Arturo Gabbriellini

Allemagne, Italie, 2025

Au cœur de l’hiver, Leo, 15 ans, se rend sur la côte nord de l’Italie pour retrouver Paolo, son père absent. De vieilles blessures réapparaissent mais père et fille vont se rapprocher à travers les silences, les tensions et des mots peu familiers.

Disponible le 21 septembre sur le plateforme Sooner

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