LITTLE TROUBLE GIRLS - Urška Djukić
© SPOK Films
Nouveau souffle
Pour son premier long-métrage, la réalisatrice slovène explore l’éveil du désir de deux adolescentes. Un film qui parvient à être sensuel tout en restant pudique, porté par des actrices magnétiques qui font ici leurs débuts au cinéma.
On pense connaître l’histoire : une jeune lycéenne « un peu coincée » se libère au contact de la fille populaire, et ensemble, elles font les quatre cents coups, rendent folles les professeurs et les garçons… Si Little Trouble Girls emprunte largement à ce type de scénario un peu éculé quoique souvent plaisant, c’est pour le dégrossir et en faire ressortir une essence plus originale : celle de l’éveil du désir hétérosexuel et lesbien. Dans ce premier film de la réalisatrice slovène Urška Djukić, on suit la timide Lucija (Jara Sofija Ostan) lors d’un week-end organisé par sa chorale dans un couvent chrétien. Elle se lie d’amitié avec l’intrépide Ana-Maria (Mina Svajger) et ses amies. Ici commence le jeu des différences et des petites jalousies : Lucija n’a pas le droit de porter de rouge à lèvres bien qu’elle en garde toujours sur elle, n’a jamais connu de garçons alors que toutes les autres filles de la bande se maquillent et ont au moins une histoire à raconter (même si elle est inventée). Dans le couvent, elles lorgnent toutes (et Lucija plus que les autres) les ouvriers chargés de réparer la toiture.
L’éveil du désir prend du temps, et Urška Djukić ne perd rien de ces moments en donnant à son film un rythme assez lancinant et silencieux. À travers le regard de ses très expressives actrices, on entrevoit leurs questionnements sans qu’il y ait besoin de les verbaliser. Lucija est intriguée par le corps de son amie Ana-Maria, bien plus formée qu’elle, et par celui des hommes autour. Sauf que son intérêt n’est pas forcément lié à de la sensualité, contrairement à celui de sa nouvelle amie. En les faisant fonctionner en duo, la réalisatrice Urška Djukić met en scène ces deux étapes de l’éveil : de la curiosité au désir, de l’étonnement purement visuel à l’envie de toucher et d’être touché.
Bien que la quasi-totalité des scènes prennent place dans un couvent, la religion ne vient pas gangrener le propos en étant surexploitée. Les jeunes filles sont en cet endroit pour suivre leurs cours de chorale, elles ne sont pas plus croyantes que d’autres jeunes femmes de leur pays. La religion se contente d’être une présence qui plane au long de l’intrigue. On peut la percevoir dans cette photographie très blanche renvoyant une impression immédiate de pureté ou dans le travail du son insistant sur les souffles, leur donnant des airs d’incantations. Ce n’est que quand Ana-Maria exprime son attirance pour Lucija que cette présence devient plus pesante…
À la fois sensuel et pudique, réaliste et mystique, Little Trouble Girls cultive l’art de l’entre-deux non par manque de choix mais par désir de subtilité, et parvient donc à peindre avec une justesse nouvelle un sujet vieux comme le monde.
ENORA ABRY
Little Trouble Girls
Réalisé par Urška Djukić
Avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković
Lucia, une jeune fille introvertie, rejoint la chorale de son école et se lie d’amitié avec Ana-Maria, populaire et séduisante. Confrontée à un environnement inconnu et à l’éveil de sa sexualité, Lucia commence à remettre en question ses croyances, perturbant l’harmonie du chœur.
En salles le 11 mars 2026.