CE QU’IL RESTE DE NOUS – Cherien Dabis

© Nour Films

Images manquantes

Cette ambitieuse fresque historique raconte trois générations d’une famille palestinienne entre colonisation, spoliation et arrachement. S’il est englué dans un classicisme formel qui le dessert, le film se fait plus émouvant lorsqu’il s’intéresse aux figures de patriarches.

Ce qu’il reste de nous est un film construit autour de l’absence et du manque. Absence de récits à la première personne des Palestiniens qui franchissent les frontières pour le grand public occidental ; manque d’images pour les illustrer. Rien, au cinéma, n’est plus dévastateur que ce qui reste en dehors de l’écran, et Cherien Dabis, scénariste et réalisatrice américano-palestinienne, l’a bien compris. Ce qu’il reste de nous est une tentative de compensation du vide, appuyée sur les souvenirs transmis par ses aïeux – elle-même a passé toute sa vie aux États-Unis –, autant qu’une entreprise de réhabilitation par la représentation. Alors que les attentats terroristes du 7-Octobre commis par le Hamas, les représailles et les massacres israéliens qui se sont ensuivis, mais surtout le traitement médiatique des deux, interrogent sur la déshumanisation des populations palestiniennes, ce long-métrage mise sur l’intime pour proposer un récit complémentaire.

Celui-ci commence avec Sharif, père de famille qui cultive des agrumes à Jaffa lorsque les colons israéliens viennent lui prendre ses terres. Nous sommes en 1948 et la Nakba, une vaste opération d’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens, vient de commencer. Le fils de Sharif, Salim, construira son propre foyer à Naplouse, en Cisjordanie, sous la menace constante des soldats israéliens. Et plus tard, dans les années 1980, son propre enfant, Noor, manifestera contre les occupants lors de la première intifada. Ce qu’il reste de nous raconte donc cela, l’histoire d’un peuple qui, à défaut de terres, n’a que la spoliation et l’arrachement à transmettre à ses enfants. Le film n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il s’attarde sur les deux figures des patriarches, brisés par l’injustice et la violence mais surtout par la honte de n’avoir pas su protéger les leurs.

Cherien Dabis n’évite pas, en revanche, l’écueil de la fresque historique un peu lisse, tant dans l’image que dans l’écriture, comme si parler au plus grand nombre imposait nécessairement d’être consensuel. Son film lorgne même vers le soap à plusieurs reprises, avec un dilemme final posé aux personnages qui donne plus de matière pour une réflexion très théorique que pour du grand cinéma. Reste que l’ensemble se montre solide, avec un casting très intéressant (excellente idée que d’avoir choisi de rester en famille en offrant des rôles à Mohammad Bakri et ses deux fils, Saleh et Adam) et une réelle habileté dans l’art, délicat, de combler des images manquantes.

MARGAUX BARALON

Ce qu’il reste de nous

Réalisé par Cherien Dabis

Avec Saleh Bakri, Cherien Dabis, Adam Bakri

De 1948 à nos jours, trois générations d’une famille palestinienne portent les espoirs et les blessures d’un peuple. Une fresque où Histoire et intime se rencontrent.

En salles le 11 mars 2026.

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