LE TRIANGLE D’OR – Hélène Rosselet-Ruiz
Ad Vitam
Cuisine et dépendances
Pour son premier long-métrage, la réalisatrice signe un thriller tendu autour d’une domestique exploitée par la maîtresse d’un émir saoudien. Et mêle efficacement lutte des classes et sororité.
Tout commence par un entretien d’embauche dans une pièce immense et vide. Sur une chaise, devant une petite table, se succèdent des femmes qui, on le comprend vite, postulent pour devenir la domestique de riches Saoudiens. Disponibilité, discrétion, efficacité, contre une rémunération en cash. Les termes du contrat sont clairs, les candidates toutes motivées, et les entrevues toutes filmées de deux manières. D’un côté, des plans rapprochés. De l’autre, les images fixes un peu déformées d’une caméra de surveillance. L’ouverture du Triangle d’or, premier long-métrage d’Hélène Rosselet-Ruiz, donne le ton et le cadre de ce thriller original. Le luxueux hôtel particulier qui lui sert de décor sera à la fois le théâtre d’aventures intimes et une prison dorée, constamment épiée.
Pas de quoi refroidir Laura, qui rêve d’intégrer l’armée et, en attendant, doit se constituer un petit pécule pour aider sa famille. Obéir, ne pas sourire, ne pas être trop jolie, encaisser : la jeune fille reste impassible face aux caprices de Souria. Le Triangle d’or explore d’abord ce chemin-là, celui de la relation perverse entre une patronne lunatique et une domestique impuissante qui observe de loin la débauche des ultra-riches, ceux qui commandent 25 burgers pour les laisser moisir dans leur boîte, renvoient des tenues de luxe à toute heure du jour ou de la nuit, et cultivent un mauvais goût que l’argent se charge de rendre acceptable.
Ad Vitam
Excellente Malou Khebizi
Mais très vite, et c’est cela sa grande réussite, Hélène Rosselet-Ruiz prend des chemins de traverse et instille à cette relation des éléments plus complexes. Les rapports de force semblent s’inverser lorsque Laura comprend que Souria n’est « que » la maîtresse d’un émir, qui rêve de devenir sa deuxième femme mais reste cachée, avec l’interdiction de sortir, asservie par la solitude et l’ennui. L’empathie et la sororité sont-elles envisageables dans un contexte qui n’encourage que la méfiance et le profit ? Le Triangle d’or est un film qui marche sur le fil ténu d’une relation ambiguë, toujours prête à basculer, rendue plus étrange encore par la présence d’Emre, homme de main de l’émir, lui aussi aussi tout à la fois esclave et détenteur d’un peu de pouvoir.
Ziad Bakri, acteur arabe israélien, vu notamment dans la série Le Bureau des légendes, apporte à ce personnage un inquiétant mélange de douceur et de rigidité. Mais c’est véritablement sur les épaules de ses actrices que repose le film. Si Soundos Mosbah ne démérite pas en soufflant tour à tour le mépris et la fragilité dans les belles robes de Souria, c’est Malou Khebizi qui finit par emporter le morceau. Toute de fausse indifférence et de moue boudeuse, avec un jeu aussi riche que sobre, l’actrice révélée par Diamant brut prouve que ce premier film n’était pas un coup de chance, et qu’il faudra bien compter sur elle et son talent dans les années à venir.
MARGAUX BARALON
Le Triangle d’or
Réalisé par Hélène Rosselet-Ruiz
Avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri
France 2026
Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites. Tandis que Laura doit s’adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu’un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux.
En salles le 29 juillet 2026