Cannes 2026 : LA VIE D’UNE FEMME - Charline Bourgeois-Tacquet
© Les films Pelléas
Gabrielle préfère la course
Présenté en compétition, le second long-métrage de la réalisatrice française est porté par une Léa Drucker impériale mais accuse des faiblesses scénaristiques et de mise en scène.
Charline Bourgeois-Tacquet aime les femmes pressées. Dans Les Amours d’Anaïs, son héroïne traversait l’existence en écrasant tout sur son passage, paradoxalement aussi virevoltante que démolisseuse, incapable de se fixer. Gabrielle, le personnage principal de La Vie d’une femme, interprété par Léa Drucker, se situe à la fois dans la continuité et à l’opposé d’Anaïs. Plus stable (à 55 ans, c’est une chirurgienne réputée), elle avance elle aussi à toute vitesse, gérant son service à l’hôpital, un déménagement dudit service, sa mère vieillissante, ses beaux-enfants un peu envahissants et, bientôt, une autrice (Mélanie Thierry) venue observer son travail pour préparer un livre. Comme Anaïs, Gabrielle va bientôt se laisser aller à la fascination pour une autre femme, quittant doucement les rives de l’hétérosexualité.
À l’image de la vie de la chirurgienne, le film de Charline Bourgeois-Tacquet multiplie les volets, donc les sujets, ce qui conduit fatalement à en survoler pas mal et n’en creuser aucun. L’aventure adultère lesbienne qui devrait en constituer le cœur se révèle trop cousue de fil blanc pour faire naître la moindre ambiguïté, et le manque d’alchimie criant entre Mélanie Thierry et Léa Drucker n’aide pas. Ce qui n’aide pas non plus, ce sont les dialogues surexplicatifs, parfois un brin déclamés (Charles Berling, dans le rôle du mari de Gabrielle, a visiblement du mal à quitter les planches), qui s’ajoutent à un chapitrage aussi explicite qu’artificiel. Quant au propos sur la bourgeoisie, on peine à étouffer un rire en entendant une chirurgienne propriétaire d’un appartement parisien qu’elle ne loue même pas, et qui estime qu’elle ne tirera pas beaucoup d’un 50 mètres carrés à Nice, expliquer à l’intégralité de son entourage qu’il est confit dans ses privilèges.
© Lucas Charrier / Les films Pelléas
Mais tout n’est pas raté, loin de là, dans La Vie d’une femme. D’abord parce que Léa Drucker est impeccable, tant lorsqu’elle avance comme un bulldozer que lorsqu’elle baisse la garde. Ensuite parce que Charline Bourgeois-Tacquet a un sens du mouvement qui permet de traduire la précipitation des vies contemporaines avec beaucoup de fluidité. Enfin, l’arc narratif autour de la vieillesse et la dépendance est le plus convaincant, sûrement parce qu’il est aussi le plus délicat, le plus silencieux, et donne lieu à une séquence véritablement émouvante filmée depuis une voiture. Las, la mise en scène est rarement aussi inventive qu’à ce moment-là. La réalisatrice plonge même parfois la tête la première dans le cliché, comme lorsqu’elle esthétise à l’extrême les corps nus et emboîtés de ses actrices. Dommage.
MARGAUX BARALON
La Vie d’une femme
Réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet
Avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling
Ce film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.
Gabrielle, 55 ans, se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu'une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?
En salles le 9 septembre 2026