Cannes 2026 : GENTLE MONSTER - Marie Kreutzer
© Ad Vitam
Anatomie d’un vertige
Ce film brut, présenté en compétition, raconte la déliquescence d’un couple lorsque le mari est interpellé pour détention d’images pédopornographiques. La mise en scène puissante de Marie Kreutzer et l’abattage impressionnant de Léa Seydoux permettent de pardonner un scénario imparfait.
L’une des meilleures scènes de Gentle Monster se passe dans l’ascenseur d’un commissariat. Lucy y entre avec détermination avant de choisir son étage de destination. À côté du numéro, une indication : c’est là que se trouve la division chargée des violences sexuelles sur mineurs et de la pédopornographie. Hésitation, tremblements. La compositrice et mère de famille vient, enfin, de comprendre pourquoi son mari Philip a été brutalement interpellé un matin dans leur maison de campagne, près de Munich. Tout le propos du film de l’Autrichienne Marie Kreutzer est résumé en quelques secondes, le choc d’une femme qui découvre que celui qui partage son lit et sa charge parentale est en réalité un monstre comme il en existe tant, et tout le talent de Léa Seydoux dans ce rôle irradie aussi vite, dans cette hésitation du doigt, ce champ-contrechamp, puis cette image d’elle qui ne parvient pas à sortir de l’ascenseur arrivé à destination.
Gentle Monster a l’immense mérite d’avoir un scénario qui ne bâtit pas de faux suspense. Les éléments sont certes dévoilés peu à peu, au rythme de la découverte des faits par Lucy, ou de ses réminiscences, mais plus comme on enlèverait une à une les couches de complexité de ces affaires de pédocriminalité. Plus hasardeux est le parallèle dressé entre la musicienne et la policière spécialisée chargée de l’enquête, que l’on suit également dans sa vie privée, au chevet d’un père dément. Lui aussi commet des violences, à l’égard de son auxiliaire de vie cette fois. Cette sous-intrigue au mieux inutile, au pire maladroite, ne fait qu’alourdir un film déjà chargé. D’autant que la relation entre Lucy et l’enquêtrice, faite d’appels téléphoniques toujours infructueux, se suffit à elle-même.
© Frédéric Batier / Ad Vitam
Mais Marie Kreutzer nous rattrape grâce à sa mise en scène, froide et implacable, faite de cadres précis qui épousent les silences. Elle nous rattrape, aussi, avec sa direction d’acteurs. Dans le rôle de Philip, l’Autrichien Laurence Rupp, capable d’embrasser pleinement la banalité du mal et de jouer sur tous les tableaux, aimant ou monstrueux, impressionne. Face à lui, Léa Seydoux est magnifique, passant du solaire aux ténèbres en quelques minutes, constamment sur le fil entre emprise et libération. Au sein d’une compétition cannoise qui souffre beaucoup de la tendance à tout surligner, tout expliquer, Gentle Monster et son actrice misent sur la suggestion des sentiments, les non-dits équivoques. Et cela suffit déjà au film pour se démarquer.
MARGAUX BARALON
Gentle Monster
Réalisé par Marie Kreutzer
Avec Léa Seydoux, Laurence Rupp, Catherine Deneuve
Ce film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.
Lucy et Philip sont heureux, ils viennent d’emménager avec leur fils dans une maison de campagne près de Munich. Un matin, leur vie bascule lorsque la police se présente à leur domicile pour arrêter Philip et saisir ses ordinateurs. Bouleversée, Lucy cherche la vérité sur son mari. Qui est-il réellement ? Doit-elle l’éloigner de son fils ?
En salles prochainement