Cannes 2026 - SANGUINE - Marion Le Coroller

© Copyright ARP Sélection / Trésor Films /Windy Production

La chair à vif

Présenté en séance de Minuit pour la séquence gore habituelle de chaque édition du Festival de Cannes, le premier long-métrage de Marion Le Coroller cite à outrance ses références dans un mélange de confusion et de timidité.

Depuis que le genre du body horror est revenu en vogue, les propositions affluent du côté du cinéma français. Ce sous-genre de l’horreur, hérité du travail de David Cronenberg, aime explorer en très gros plan le corps en mutation, ses transformations hors normes, faisant du monstrueux un objet d’étude. Il n’est donc pas étonnant que le genre ait été réinvesti par les réalisatrices depuis plusieurs années, avec Julia Ducournau en figure de proue et plus récemment Coralie Fargeat, pour raconter l’horreur du corps féminin dans une perspective politique : horreur des mutations de l’adolescence et des hypersexualisations avec Grave et Titane, horreur de la quête de perfection des corps avec The Substance : le body horror vu par ces cinéastes dépasse toujours la simple vision du corps, y compris dans ses poussées les plus gore ou grotesques.

Avec Sanguine, Marion Le Coroller inscrit très clairement son travail dans la lignée de ces deux réalisatrices. Et reprend le pitch de son court-métrage Dieu n’est plus médecin, pour suivre Margot, une jeune interne en médecine qui, face à la pression imposée par l’afflux de patients et par sa cheffe de service tyrannique, est victime d’étranges symptômes. De Grave, la réalisatrice réutilise la dépiction d’un milieu médical froid et affectant l’intérieur même des corps. De The Substance, elle tire une esthétique pop, outrancière et ponctuée d’une surcharge graphique qui dérive allègrement vers le grotesque façon série B.

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Un film de citations

Et c’est bien là où Sanguine déçoit : passées les citations explicites, le film ne propose pas grand-chose de lui-même – d’autant que The Substance avait déjà le défaut de multiplier à outrance les citations cinématographiques. Marion Le Coroller multiplie les effets visuels pour marquer une esthétique pop-gore : grands angles pour déformer les corps, plans débullés pour créer un sentiment de malaise, jeux grotesques et couleurs saturées, avec ce rouge partout dans le décor d’un hôpital macabre, sur les murs, les sièges, les corps. L’effet de surenchère visuelle est assumé mais crée surtout un sentiment las de répétition, Sanguine n’arrivant pas à trouver ce qui le démarque des multiples propositions de body horror de ces dernières années.

Culture du burn-out

Surtout, c’est au niveau de son propos que le film s’essouffle très rapidement. Si le body horror a toujours représenté un genre politique, le fait de réinvestir le registre pour parler non plus de l’intime, mais d’un corps collectif (celui du secteur hospitalier) était une proposition particulièrement intéressante, déjà travaillée dans son court-métrage prometteur. Mais Sanguine, en cherchant à brasser plus large, peut-être pour combler son intrigue, finit par perdre son propos de vue. La trajectoire de Margot croise non pas celle d’autres collègues internes, mais d’autres corps de métier – notamment une trader, affectée par les mêmes symptômes à cause de son travail acharné à la Bourse. Au-delà de la comparaison hasardeuse (et plutôt maladroite) entre deux professions qui n’ont rien à voir, cette évolution de l’intrigue finit par dévitaliser le propos, qui se réduit à une critique assez vague de la quête de surperformance en milieu professionnel, la toxicité des techniques managériales et la culture du burn-out. Pas déplaisant à regarder dans son aspect de film gore grotesque à la Fargeat, Sanguine reste, sous ses effets de surenchère, bien trop timide.


MARIANA AGIER

Sanguine

Réalisé par Marion Le Coroller

Avec Mara Taquin, Karine Viard, Kim Higelin

Ce film est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2026.

Margot débute son internat aux urgences, où elle peine à s’adapter. Très vite, elle fait face à des patients de son âge aux symptômes inexpliqués. La récurrence de ces cas exceptionnels l’interroge, d’autant qu’elle observe, sur son propre corps, des manifestations de plus en plus inquiétantes…

En salles le 28 octobre 2026

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