LA FILLE DU KONBINI - Yûho Ishibashi

Copyright Arthouse

Sereine monotonie

Librement adapté d’un roman de Sayaka Murata, La Fille du konbini panse doucement les blessures. 

Au Japon, les konbinis sont des supérettes de proximité dans lesquelles on trouve toutes les commodités, y compris tard le soir. Tous les jours, Nozomi Iizuka (Erika Karata, connue en France pour son rôle dans Asako I & II) éteint le réveil de son téléphone et prend son vélo pour se rendre au konbini où elle travaille. Elle vend des cigarettes, des brioches à la viande, propose des sacs plastique et accepte de remplacer un collègue absent sur les horaires de nuit. Lorsque sa mère l’appelle, la jeune femme prétend avoir un autre travail, plus prestigieux. Tout le film est à l'image de ce quotidien simple : minimaliste, dépourvu de rebondissements. Jusqu’à sa durée, étonnamment courte dans les longs-métrages distribués en salles : 1h15. 

Il faut dire qu’à travers ces chroniques d’un quotidien on ne peut plus ordinaire, La Fille du konbini traite indirectement de l’absence de performativité et de la guérison après un burn out. Le titre original du film (qui peut être traduit par « Je me sens vide au lever du matin ») évoque à mi-mot un état dépressif, illustré dans le film par une tringle à rideau qui s’effondre et que Nozomi n’arrive pas à réparer. Tout se construit par des petites choses du quotidien : un carton de légumes qu’on ne sait pas cuisiner, des plats préparés en guise de dîner, une timidité noyée dans l’alcool lors d’un pot entre collègues... Et au milieu, des relations humaines qui apportent un peu de chaleur dans le froid de décembre, un patron sympathique avec ses modestes employé·es, une nouvelle amitié qui rassure...  

Si son absence de grandiloquence est plutôt bienvenue pour s’accorder à son sujet, on peut reprocher au film de rester un peu timide. L’angle choisi dans le processus d’adaptation vise une œuvre bien plus douce et des sous-thèmes différents, mais elle est aussi bien plus conformiste. Il est dommage de ne pas avoir poussé un peu la personnalité de Nozomi et les difficultés que peuvent poser un emploi alimentaire (bien que vraisemblablement ici plus confortable qu’un poste de salarywoman). Les conversations semblent souvent encore superficielles.  

Il reste cependant bien la poésie d’un quotidien sans ambition et surtout, les premiers pas, difficiles, dans une vie d’adulte qui ne veut pas de l’individu. Une fois n’est pas coutume, la nostalgie de l’enfance est bien abordée, sans sensiblerie, seulement le souvenir douillet des soirées pyjama sans croiser son patron le lendemain. Humble alternative au rythme frénétique des carrières professionnelles rêvées, La Fille du konbini est finalement une œuvre qui fait beaucoup de bien. 

MANON FRANKEN

La Fille du konbini

Réalisé par Yûho Ishibashi

Avec Erika Karata, Haruka Imô, Kazuma Ishibashi…

À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l’uniforme modeste d’une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Mais l’irruption d’une ancienne amie du lycée dans le “konbini” vient bouleverser sa routine et la confronter à ses choix de vie.

En salles le 15 avril.

Suivant
Suivant

RENCONTRE AVEC MURIEL D'ANSEMBOURG – « Le vrai (et surtout le bon) sexe n’est pas pornographique »