LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP - Nader Saeivar
© Arthood Films , Golden Girls Film
En silence
Au cœur du régime iranien, une femme se bat pour faire reconnaître le féminicide de sa fille adoptive. Des interprètes brillants pour un scénario subtil mais qui malheureusement ne parvient pas à monter en tension.
Le titre international du film, The Witness, était peut-être plus approprié que La Femme qui en savait trop pour décrire cette œuvre. Car le personnage principal, Tarlan (interprété par la magnétique Maryam Boubani) demeure justement dans cette position de témoin, un témoin impuissant qui plus est. Elle croit avoir vu le corps de sa fille adoptive, Zara, gisant dans le lit conjugal. Avant cela, elle constate des blessures sur son corps sans pouvoir véritablement agir. Elle a beau tenter de discuter avec le mari, Solat, un membre actif du gouvernement iranien, pour lui demander de cesser ou de divorcer – il n’y a rien à faire. Avec subtilité, les scénaristes Nader Saeivar et Jafar Panahi montrent sans la surligner à coups de Stabilo l’impossibilité des femmes de se défendre face aux violences dont elles sont victimes dans ce régime oppressif. Pourtant – et c’est sans doute ici que réside la puissance du scénario – ils en font des personnages actifs qui trouvent leur force dans le collectif.
Tarlan est une ancienne professeure et préside un syndicat d’enseignantes, toutes décidées à défendre leur profession face aux répressions du gouvernement. Zara est directrice d’une école de danse dans laquelle performe sa fille, Ghazal – ce qui est grandement réprouvé par son mari et fait d’elle la proie de sa violence. « Une fois que vous avez commencé à danser, ne vous arrêtez jamais », répète Zara à ses étudiantes au début du film, comme pour les inciter, de manière prémonitoire, à la résistance. Cependant, cet alliage des problématiques (les violences conjugales et les violences étatiques), qu’il est pourtant important de ne pas opposer, peine à prendre dans ce film. Quand les représentants du gouvernement entrent en jeu, l’histoire se bloque. Chaque tentative d’opposition demeure lettre morte. Si ce choix scénaristique montre, une fois encore, la silenciation des voix portées par les femmes en Iran, il freine le rythme du film – frein qui aurait pu être levé par une analyse plus poussée de la volonté de ces hommes de les réduire au silence (car comme l’écrivait Virginia Woolf, « L’histoire de la résistance des hommes à l'émancipation des femmes est encore plus instructive que l'histoire de l'émancipation des femmes »).
Il n’en reste pas moins que La Femme qui en savait trop sait jouer du silence qu’il instaure en laissant le temps à ses interprètes de briller et en lui donnant toute sa signification. Et si, justement, le meilleur moyen de mettre fin à ce régime était de faire du bruit et de danser ? Vision utopiste peut-être, mais qui offre au film une fin magistrale et pleine d’espoir.
ENORA ABRY
La Femme qui en savait trop
Réalisé par Nader Saeivar
Avec Maryam Boubani, Nader Naderpour, Abbas Imani
En Iran, Tarlan, professeure de danse à la retraite, est témoin d’un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement. Elle le signale à la police qui refuse d’enquêter. Elle doit alors choisir entre céder aux pressions politiques ou risquer sa réputation et ses ressources pour obtenir justice.
En salles le 27 août 2025.