L’INVITATION - Olivia Wilde
Adam Newport-Berra © 2026 Invite Distribution, LLC. All rights reserved.
Le charme discret de l’attendu
Après Booksmart et Don’t Worry Darling, Olivia Wilde signe le remake d’un film espagnol avec cette comédie féroce sur le couple et le temps qui passe. Sans réinventer la roue, la cinéaste se tire efficacement d’un genre qui peut rapidement virer au théâtre filmé.
L’Invitation est à peu près au cinéma ce que les charentaises sont aux chaussons : on ne peut pas dire qu’il s’agisse de la pointe de la modernité, pas non plus qu’il y ait une chance d’être surpris, mais toute leur qualité réside précisément dans le fait d’en connaître d’avance le confort enveloppant et de ne pas être déçu·e à l’arrivée. En adaptant Sentimental, un film espagnol tiré d’une pièce de théâtre, l’actrice et réalisatrice Olivia Wilde assume dès le départ de ne pas choisir l’originalité. Il en existe déjà six remakes, dont le français, Et plus si affinités, parfaitement oubliable. À croire qu’un dîner entre voisins qui tourne mal est la situation la plus universelle qui soit.
Car c’est bien cela que raconte L’Invitation : une soirée organisée par Angela et Joe pour faire plus ample connaissance avec Hawk et Pina, qui vivent juste à côté. En réalité, c’est surtout Angela qui est à la manœuvre, Joe étant un éternel bougon, d’autant moins désireux de rencontrer ses voisins que ces derniers ont une libido inversement proportionnelle à la sienne – et qu’ils le font bruyamment savoir. L’intégralité du film se déroule donc pendant le dîner, sous la forme d’un huis clos qui rappelle souvent Carnage, de Roman Polanski (sorti en 2011, à une époque où de grandes stars acceptaient encore de tourner avec le réalisateur visé par de multiples accusations de violences sexistes et sexuelles). Les politesses sont rapidement remisées au placard pour laisser la place aux piques, aux blancs, à l’embarras, et à ce comique propre au huis clos.
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La première force du film est précisément ce huis clos, qui aurait pu rapidement tourner au théâtre filmé, mais qu’Olivia Wilde capture avec vitesse et précision. Sa caméra circule entre les pièces de l’appartement en même temps que circulent la parole, les rapports de force ou le désir au sein de son quatuor de choc. Très bien monté, L’Invitation démontre une utilisation intelligente du langage de l’image pour traduire les tempêtes intimes et les déchirures conjugales. Mais rien de tout cela n’aurait pu tenir sans l’autre grande réussite du long-métrage : son casting.
S’adjugeant le rôle ingrat de l’épouse aigrie, à la fois coincée et montée sur ressorts, Olivia Wilde prend pourtant, là aussi, le parti de ne surprendre personne, en faisant de Seth Rogen son ours mal léché de mari, d’Edward Norton un pseudo-poète, et de Penélope Cruz un fantasme ultime. Rien de tout cela n’est franchement novateur, mais il ne faut guère plus que le talent de ce quatuor pour faire monter la sauce. Et si le film, comme souvent les huis clos du genre, finit par étouffer quelque peu sous son dispositif et traverser un petit ventre mou, on ne boude pas le plaisir de les voir s’écharper élégamment.
MARGAUX BARALON
L’Invitation
Réalisé par Olivia Wilde
Avec Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz…
U.S.A, 2026
Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.
En salles le 16 septembre 2026.