HISTOIRES DE LA NUIT - Léa Mysius

©2026 F Comme Film – France 3 Cinéma

A History of Violence

En adaptant le roman de Laurent Mauvignier sur une famille séquestrée chez elle par des mafieux, Léa Mysius fait le choix de l’efficacité avant l’intériorité, en misant sur une lumière magnifique et des comédiens géniaux.

Il y a quelque chose qui cloche chez Nora. La mère de famille, mariée à un agriculteur, exige avec trop de vigueur que sa fille supprime une vidéo d’eux postée sur les réseaux sociaux. Sursaute un peu trop fort en entendant le bruit sec d’un canon à confettis. Change un pneu seule avec trop de savoir-faire. Dans la première partie d’Histoires de la nuit, son nouveau film adapté d’un roman de Laurent Mauvignier, Léa Mysius ne cesse d’introduire des dissonances dans son personnage principal, pavant le chemin vers la révélation de ses secrets. Pour en arriver là, il faudra d’abord une explosion de violence et l’irruption, dans l’obscurité promise par le titre, de trois individus patibulaires, qui séquestrent la petite famille et leur voisine, puis les deux collègues de Nora venues à l’improviste fêter son anniversaire.

Thriller tendu, Histoires de la nuit vise l’efficacité avant tout, et il est difficile de ne pas voir clairement les coutures de cette histoire et de sa progression inéluctable, même lorsqu’on n’a pas lu le roman de départ. Les personnages des collègues sont sacrifiés, la relation entre Nora et son mari aussi. Et le propos sur la violence masculine infligée aux femmes (et aux hommes ne correspondant pas tout à fait aux codes virilistes) ne trouve pas ici d’expression particulièrement pertinente. Mais ce que Léa Mysius perd en subtilité, elle le récupère en atmosphère. Plus encore, c’est en dépit de sa prévisibilité que le film parvient à traduire la montée de l’angoisse et de la peur, jusqu’à l’explosion finale. Pour cela, la réalisatrice s’appuie sur un formidable travail des décors et des lumières, transformant chaque plan en tableau, creusant ses noirs et ses contrastes, texturant les éclats de rouge, de bleu et de jaune qui viennent couper ses images.

©2026 F Comme Film – France 3 Cinéma

Mais il en faut un peu plus pour que le home invasion soit convaincant. Avec ses comédien·nes, Léa Mysius a beaucoup plus. Dans le rôle du mari, Bastien Bouillon est l’éternel homme d’en bas, mais fragile et apeuré, face à une Hafsia Herzi impériale, dans les yeux noirs de laquelle on pourrait enfouir à peu près tout et n’importe quoi. Benoît Magimel joue sans mal l’inquiétant chef de bande mafieux, silhouette et mâchoire lourdes. Mais ce sont les seconds rôles qui brillent le plus dans le noir : la jeune Tawba El Gharchi, qui rappelle que Léa Mysius n’a pas son pareil, après Ava et Les Cinq Diables, pour filmer les yeux d’enfants s’apprêtant à ne plus l’être ; Alane Delhaye, monstrueux et naïf à la fois ; et surtout Monica Bellucci. À voir ainsi l’actrice habiter son rôle de peintre recluse, mi-mère, mi-sorcière, on se demande où sont passé·es, ces dernières années, les cinéastes à même de lui proposer des partitions consistantes.

MARGAUX BARALON

Histoires de la nuit

Réalisé par Léa Mysius

Avec Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon, Monica Bellucci

France, Belgique, 2026

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

En salles le 16 septembre 2026

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