HAMNET – Chloé Zhao
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La fiancée de Shakespeare
La réalisatrice oscarisée fait son retour dans une adaptation du roman de l’autrice Maggie O’Farrell, qui imagine les origines de la pièce Hamlet. Un drame historique et intimiste qui, malgré son intensité dramatique, marque un tournant réussi de Chloé Zhao dans la sphère hollywoodienne.
Au départ, il y a un nom : celui d’Hamnet, un des enfants que William Shakespeare a eus avec sa femme Anne Hathaway, mort à l’âge de 11 ans de cause inconnue. Il y a aussi une note historique, celle des registres de l’époque, qui attestent que les prénoms Hamnet et Hamlet sont équivalents. À partir de cette curieuse coïncidence, dont on ne sait rien de plus, l’autrice Maggie O’Farrell propose le recours à la fiction pour combler le vide laissé par les archives, et publie en 2020 l’ouvrage Hamnet. À travers le point de vue d’Anne (ou Agnes), elle y imagine l’histoire du couple, la mort de leur fils pendant un épisode de la peste, et la métamorphose de ce deuil parental en l’une des pièces les plus célèbres de la littérature, Hamlet, une histoire de deuil et de fantômes.
De cette histoire qui s’ancre dans une nature mystique (il y est aussi question de sorcellerie, de légendes et d’appel de la nature), il était logique qu’on en propose l’adaptation à Chloé Zhao, celle qui, depuis le crépusculaire The Rider et l’oscarisé Nomadland, aime raconter les transmissions des légendes, les récits mystiques qui donnent du sens à nos vies. On pouvait craindre que son passage à un cinéma calibré par Hollywood, depuis son incursion chez la franchise Marvel en 2021, réduise comme peau de chagrin sa patte esthétique ; il n’en est rien, puisque Hamnet détonne en premier lieu par la photographie sublime que Chloé Zhao sait conjuguer avec la force émotionnelle de ses récits. En usant de plans larges pour les scènes intimistes, en privilégiant la lumière naturelle, même dans les scènes d’intérieur qui multiplient les surcadrages travaillés, elle inscrit d’emblée ses personnages sous le joug d’une puissance naturelle quasi divine – en écho à son histoire qui, à l’instar d’Hamlet, est une tragédie.
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Surligner l’émotion
Car de tragédie, il est question, parfois à l’excès. Malgré la pudeur émotionnelle qui avait illustré ses premiers films, Hamnet confirme un virage dramatique, parfois grandiloquent, qui s’amorçait déjà dans Nomadland avec sa surcharge musicale qui surlignait la mélancolie de son personnage solitaire. En témoigne, dans Hamnet, une (trop) longue scène finale, d’abord sublime avant de basculer franchement dans le tire-larmes et la surenchère de symboles explicatifs pour conclure son film, appuyée par la partition recyclée de Max Richter. Ce final aurait pu être moins crispant s’il ne venait pas conclure un film à l’intensité déjà haute, à travers le jeu certes impeccable de Jessie Buckley, magnétique en mère guérisseuse et endeuillée, favorite aux Oscars dans un jeu dont l’intensité frise le surjeu mais n’y cède jamais. Face à elle, Paul Mescal semble revenir aux origines de son jeu, en amant mélancolique et père absent, torturé par son conflit de masculinité, nimbé dans un pathos qui tranche avec la figure du génie meurtri que les biopics prêtent souvent à leur personnage.
On apprécie enfin le soin porté aux détails discrets de ce film d’époque qui, contrairement à la tendance hollywoodienne, ne cherche pas à embellir ses personnages jusqu’à l’invraisemblable. En plus du travail sur la lumière naturelle, les cheveux sont sales, les ongles noircis, les dents (discrètement) jaunies. Des détails historiques qui semblent anodins, mais qui donnent à l’ensemble du film une épaisseur matérielle, sans rien retirer de sa charge romanesque. Une manière d’y retrouver, ici encore, la patte de sa réalisatrice, son goût pour l’image du réel, pudique, dénué de ses apparats.
MARIANA AGIER
Hamnet
Réalisé par Chloé Zhao
Ecrit par Chloé Zhao, Maggie O’Farrell
Avec Jessie Buckley, Paul Mescal, Emily Watson
Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.
En salles le 21 janvier 2026.