EVIL DEAD BURN – Sébastien Vaniček

Copyright Warner Bros.

L’épreuve du feu

Sixième volet de la saga, Evil Dead Burn est un savant mélange de divertissement gore d’une qualité exceptionnelle à la mise en scène réjouissante dont le fond s’articule autour de thématiques sociales actuelles, et de réactualisation de figures du genre dont la final girl.

Après quarante-cinq ans d'existence, la saga horrifique culte s’offre les services de deux Français. Repéré par Sam Raimi, papa et producteur de la franchise, après le succès de son premier long-métrage Vermines, Sébastien Vaniček tente l’aventure hollywoodienne avec, au scénario, son collaborateur de longue date Florent Bernard (Le Floodcast, Golden Moustache, Nous, les Leroy). Pari gagnant pour le duo de Frenchies qui nous passionne avec cette proposition pleine de bonnes surprises. S’ils offrent une scène d’introduction purement jouissive pour les fans du genre, où deux amis font un plongeon mortel lors d’une sortie pêche sur un lac aux eaux intranquilles, le reste du programme est tout aussi mouvementé.

Ici, pas d’Ash Williams (Bruce Campbell, héro de la trilogie originale), on suit Alice Price (Souheila Yacoub), de retour dans la maison ancestrale de sa belle-famille américaine à la suite du décès tragique de son mari. Bientôt, une entité maléfique s’empare progressivement des membres de la famille Price. Alice devra leur survivre le temps d’un séjour particulièrement rude. Jusqu’ici rien de neuf dans un genre très codifié. Si ce n’est la passion, le plaisir et la précision que Vaniček et ses collaborateur·ices manifestent dans la production et la post-production de ce bijou gore où toute l’artillerie visuelle et la fabrication artisanale de l’horreur sont de sortie. De mémoire récente, on n’avait pas vu un film d’horreur privilégier une mise en scène si inventive et jusqu’au-boutiste dans l’exploration de la violence et de la souffrance. Presque exclusivement tournée dans une immense propriété lugubre, Evil Dead Burn s’amuse beaucoup à torturer ses protagonistes et ses spectateur·ices lors de longues séquences d’anthologie. On retiendra une scène de voiture particulièrement intense où chaque accessoire automobile a son utilité. Et une scène assez folle de salle de bain où un tour complet de caméra crée le frisson. Au milieu de ce réjouissant programme, le film propose une lecture personnelle de la figure de la final girl.

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Jusqu’à ce que la mort nous sépare

Théorisé par l’universitaire Carol J.Clover dans son ouvrage Men, Women, and Chain Saws: Gender in the Modern Horror Film (1992) et qui s’inspirait d’un texte (Visual pleasure and narrative cinema, 1975) de la critique de cinéma et théoricienne du male gaze Laura Mulvey, la figure de la final girl, ou dernière survivante, traverse le cinéma d’horreur depuis les années 1970. Ici, elle est incarnée par Alice, trentenaire française, hoodie sur le dos et TN aux pieds – comme clin d’œil malicieux à la jeunesse banlieusarde française et à Vermines – cheffe cuisinière et patronne de restaurant avec son conjoint. Alors qu’elle doit faire face à la perte de son mari et affronter seule les attentes de sa belle-famille, elle est victime des démons issus du Livre des Morts – dont la malédiction accompagne la saga depuis ses débuts – qui prennent possession des Price et tentent de la tuer. Hormis le déchaînement de violences ouvert par ce processus de possession familiale, Alice combat une force beaucoup plus insidieuse et réelle : la violence et l’emprise conjugale. Evil Dead Burn inscrit ses enjeux narratifs dans l’air du temps avec le traitement de cette problématique sociétale. Si le film ne fait pas dans la finesse, il a le mérite de proposer un chemin cathartique non sans blessures à son héroïne. Ainsi, la taciturne Alice parvient à imposer sa volonté propre et retrouver sa voix et son corps au cours d’un processus interminable et éprouvant. Cette purification par le feu est l’occasion d’en finir définitivement avec le passé et de se défaire de l’emprise d’un conjoint violent aux techniques de gaslighting.

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Ce rapport conjugal infuse également les autres couples du film, des parents Price où la mère définit son existence comme un sacrifice total à sa famille dans un versant assez rétrograde, à la matriarche victime de troubles psychiques qui a dû composer une famille sur les vides laissés par un mari absent obsédé par Le livre des Morts et ses malédictions, en passant par le jeune couple formé par Thya (Luciane Buchanan) et Joseph (Hunter Doohan) dont la fidélité et l’amour sont testés. D’ailleurs, le personnage de Joseph semble s'inscrire dans une tendance plus générale du genre horrifique, celle de la réévaluation des protagonistes masculins et de la figure du nice guy dans les relations sentimentales. Ici, Joseph prouve sa lâcheté face à sa petite amie en l’abandonnant à son sort. Il s’enlise dans une possibilité de relation sentimentale avec sa belle-sœur qui subit la maltraitance de son frère aîné. Frère aîné dont il souffre de la comparaison et qui le terrorise. Joseph, ses manières de gentil garçon inoffensif et ses ambitions éphémères d’écrivain souffreteux peuvent trouver des cousins éloignés dans deux succès planétaires récents issus du cinéma de genre, eux aussi réalisés par de jeunes cinéastes masculins, Obsession de Curry Barker et Backrooms de Kane Parsons. Chez Bear, protagoniste d’Obsession, c’est l’inertie et le besoin pathologique de possession amoureuse qui condamne Nicky, jeune femme qu’il désire en secret et victime de son vœu égoïste. Chez Clark, protagoniste de Backrooms, c'est la non-gestion de sa colère et l’amertume de son divorce qui scelle le destin de sa psychothérapeute et de ses employé·es. Evil Dead Burn rejoint brillamment ce trio de grands frissons estivaux avec une french touch inimitable.

LISA DURAND 

Evil Dead Burn

Réalisé par Sébastien Vaniček

Avec Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan

U.S.A. 2026

Après l’enterrement de son mari, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas à sa mémoire. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.

En salles depuis le 8 juillet 2026.

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