L’ÉTRANGE FESTIVAL 2026 – Du côté des castings féminins
Bury the Devil ©2026 Sequence Film LLC
Retour à mi-parcours sur quelques figures féminines aperçues dans des œuvres d’hier et d’aujourd’hui lors de la trente-deuxième édition de L’Étrange Festival.
La final girl et son antagoniste
On connaît la ritournelle : une jeune femme doit survivre au mal absolu, pendant que tout son entourage est sauvagement assassiné. De plus en plus théorisée ces dernières années, la final girl s’invite encore dans les films d’horreur et L’Étrange Festival n’est pas en reste. Si ceux-ci ne se prêtent pas nécessairement à l’analyse de la figure, ils méritent tout de même que l’on en parle.
Dans Bury the Devil du Canadien Adam O’Brien, une infirmière à domicile arrive chez une vieille dame. Mais la patiente ne souffre pas seulement de démence : elle prie aussi des démons. Présenté par le réalisateur comme un « film sans prétention » (on salue l’humilité), ce film de possession en (faux) plan-séquence montre comment une soirée de travail ordinaire vire au massacre en temps réel. Le procédé est ludique, plutôt bien agencé, il y a une vraie mythologie du cinéma d’horreur, mais le sound design est, comme dans de nombreux films ces dernières années, bien trop surexplicite et la narration trop évidente. Alors que le retour en force de la hagsploitation (la femme âgée comme figure d’épouvante) fait débat, Bury the Devil a l’avantage de présenter une antagoniste assez intéressante dans son écriture pour ne pas tomber dans les travers du sous-genre.
La final girl puise ses origines outre-Atlantique, où l’on reste avec un film qui assume une fois encore le fait de s’inscrire dans la continuité d’un style et ses figures assumées. American Dollhouse,réalisé par John Valley, est un slasher qui tire son inspiration de Massacre à la tronçonneuse et Terrifier 3 – en beaucoup moins graphique. Là encore, l’héroïne doit faire face à une antagoniste, à savoir sa voisine (cette fois, pas âgée) qui la stalke avant de commencer à décimer tout son entourage, sur fond de traumatismes d’enfance. Dommage que le film n’assume pas son potentiel parfois comique, car, malgré une final girl enfin majeure et pas trop naïve, l’histoire d’une dame « folle » (visiblement malade et/ou en situation de handicap) qui tue tout le monde est un cliché assez éculé en 2026. L’intérêt des archétypes réside dans ce qu’ils peuvent raconter sur le monde, les hommages qu’ils rendent et/ou leurs détournements en fonction du contemporain. Ici, c’est ce qui manque un peu à cette « méchante ».
Face à la violence des hommes
Ce serait mentir que de résumer L’Étrange Festival à des films d’horreur, sa palette est bien plus nuancée. On y retrouve aussi thrillers, sujets étonnants ou œuvres qui osent.
Parmi les habitués de l’événement, Adilkhan Yerzhanov est un réalisateur kazakhstanais prolifique. Depuis Ulbolsyn, tourné dans la foulée de #MeToo et présenté à l’édition 2021, il intègre de plus en plus de personnages féminins dans ses récits de flics corrompus et de petits gangsters plus ou moins sympathiques. Turgaud s’inscrit dans cette continuité, avec Bek, un mercenaire alcoolique qui choisit volontairement d’ignorer ce que lui dicte sa morale, et la présence en ville d’une mystérieuse femme armée (Anna Starchenko, collaboratrice récurrente de Yerzhanov). Néo-western, néo-noir, Turgaud aurait mérité d’être plus condensé pour mieux servir son incroyable désir d’images, mais reste une proposition originale (comme toujours chez le cinéaste), aussi désabusée que lumineuse. Quelques-uns de ses longs-métrages avaient bénéficié d’une sortie dans l’Hexagone : on espère revoir Yerzhanov très prochainement dans les salles françaises !
Enfin, comme L’Étrange Festival c’est aussi du matrimoine et du patrimoine, on ne peut clore cet article sans citer Häxan, étonnant documentaire suédois de 1922 aussi connu sous le titre de La Sorcellerie à travers les âges. Le réalisateur, Benjamin Christensen, y prend directement la parole à travers des cartons (muet oblige) pour narrer des anecdotes et légendes du Moyen Âge jusqu’aux années 1920. Les images d’illustration, sublimées par la magnifique restauration et issues de techniques diverses, sont une merveille pour l’époque et le regard cocasse du réalisateur sur « l’hystérie » continue à résonner aujourd’hui. La projection était accompagnée par une bande-son électronique et très pertinente de Dagerlöff & Galner.
MANON FRANKEN