L’ÉTRANGE FESTIVAL 2026 - MUM, I’M ALIEN PREGNANT - Sean Wallace, Jordan Dodson
© Hot Candle Wave, photo by Frances Carter
No kink shaming !
Diffusé le tout premier jour de cette trente-deuxième édition de L’Étrange Festival, Mum, I’m Alien Pregnant propose une grossesse alternative très réjouissant
Utiliser l’épreuve d’une gestation, qui plus est non désirée, n’est pas une première dans le body horror (le cinéma bis n’a pas attendu la consécration cannoise de Titane) – ni dans la comédie, d’ailleurs (souvent à travers un récit bon enfant un peu naïf). Le premier long-métrage de Thunderlips, duo composé des réalisateurs néo-zélandais Sean Wallace et Jordan Mark Windsor, s’illustre dans les deux genres mais a l’intelligence d’aller au-delà de l’exercice de style en détournant irrévérencieusement le postulat des teen movies américains sur la grossesse. L’adolescente a ici 30 ans, elle s’appelle Mary et est autant en conflit avec sa mère qu’en quête de sexe. Boo, son voisin du même âge, est un garçon timide et maladroit, principalement parce qu’il cache un pénis d’origine extraterrestre. Après une formidable scène de non-sexe d’une tendresse surprenante, une (mauvaise) surprise s’invite dans le corps de Mary.
Mum, I’m Alien Pregnant est l’un de ces films de monstres tout autant fantastiques dans leurs événements que réalistes dans leurs émotions, peu ragoûtants mais toujours doux avec leurs personnages marginaux. S’il s’amuse de leurs moments de faiblesse, propres à chacun, il respecte aussi leurs motivations, à commencer par celles de Mary. La jeune femme, plus portée sur les animations érotiques que sur la maternité, propose d’emblée une direction pro-choix. La douceur ne vient pas d’une quelconque acceptation absurde de son cauchemar éveillé, mais dans les interactions entre humains déjà adultes. Boo lui, doit faire face à la notion de responsabilité pour la première fois de sa vie. Le film ne demande pas à ses protagonistes d’aller au-delà de leurs défauts et encore moins de les camoufler. Il tisse plutôt son récit sur l’importance de vivre avec, dans le respect des autres.
Avant de devenir un long-métrage, le projet en a été un court. Il évite l’écueil du scénario allègrement étiré, puisqu’il est assez riche dans ses thématiques et son évolution pour ne pas meubler tristement une heure en trop. La maternité est abordée sous toutes ses formes : porter l’enfant, mais aussi ne pas s'attacher au foetus ou encore (plus rare sur le grand écran) conserver ce lien avec l’adulte qu’il est devenu. Cela ne suffit pas à gâcher le plaisir, tant les propositions jaillissent, mais les scènes ne sont cependant pas toutes de forces égales et on peut regretter une petite baisse de rythme après une exposition à hurler de rire et avant que l’émotion s’installe.
S’il a, dans son parcours en festival, souvent été associé au Peter Jackson des débuts, Mum, I’m Alien Pregnant s’inscrit plutôt dans la continuité d’un Darkstar de John Carpenter. Il s’agit davantage d’une satire généreuse et mâtinée d’absurde d’un genre que de gore à la pelle. Cette malicieuse proposition NSFW, avec ses personnages féminins qui parlent de pets, de placenta et d’orgasme, fait du bien.
MANON FRANKEN
Mum, I'm Alien Pregnant
Réalisé par Sean Wallace, Jordan Mark Windsor
Avec Hannah Lynch, Yvette Parsons, Arlo Green
Une adolescente se retrouve accidentellement enceinte d’un extraterrestre. Elle doit affronter des médecins sceptiques, un père de bébé inutile et sa mère trop bavarde et reprendre sa vie en main.
Bientôt en salles.