DIX POUR CENT, LE FILM – Émilie Noblet
Christophe Brachet / Netflix
Gaspillage d’agents
Six ans après la fin de la série créée par Fanny Herrero, Andréa, Noémie, Mathias, Hervé et Gabriel sont de retour sur Netflix dans un film vain et foutraque, qui ne laisse aucune place à ses personnages pour exister.
Que faire pour tirer encore quelques bons chiffres d’audience d’une série culte terminée ? Un film, pardi ! De Downton Abbey (qui nous en a même infligé plusieurs) à X-Files, en passant par Peaky Blinders, la recette est éprouvée. Six ans après la fin de Dix pour cent, voilà donc la joyeuse équipe de l’agence ASK de nouveau sur Netflix pour des aventures inédites. À l’image de leurs interprètes, les personnages se sont éparpillés pour, dans la majorité des cas, franchir d’importants caps professionnels. Andréa Martel (Camille Cottin) passe à la réalisation, Noémie Leclerc (Laure Calamy) est désormais productrice, Mathias Barneville (Thibault de Montalembert) a monté une autre agence de comédiens avec sa fille, Hervé André-Jezack (Nicolas Maury) joue la comédie, ou plutôt le drame, au théâtre, et Gabriel Sarda (Grégory Montel) est passé chez la concurrence. Mais lorsque Andréa choisit Noémie pour produire son premier long-métrage, expérience qui se révèle rapidement catastrophique, leurs chemins se croisent de nouveau.
Les premières minutes du film laissent entrevoir la possibilité d’un retour en grâce, celle de renouer tant avec l’excellent rythme comique de la série qu’avec le charme de ses personnages. Laurent Lafitte est un guest de grande qualité, les répliques cruelles fusent, et Laure Calamy comme Camille Cottin semblent prendre un plaisir fou à retrouver leur rôle. Las, l’espoir s’envole vite à mesure que le scénario s’embourbe, et quelques moments assez drôles (notamment tout un arc narratif autour d’un sanglier) ne parviennent pas à insuffler suffisamment d’intérêt à un long-métrage qui, autrement, en manque cruellement. Le rythme s’essouffle, certaines sous-intrigues frisent le ridicule, et les retrouvailles de toute la petite bande autour d’une table sont d’une niaiserie abyssale.
Surtout, le film réussit l’exploit de sembler inutilement étiré tout en abandonnant en cours de route la quasi-totalité de ses personnages. Gabriel et Hervé n’existent pas, Mathias fait du surplace, Andréa a tellement de problèmes qu’il est impossible de se passionner pour l’un d’entre eux, et Noémie, bien que absolument irrésistible, apparaît comme un personnage vu et revu désormais. Sacrifice ultime, le personnage d’Arlette est affublé d’une histoire abracadabrantesque. On se surprend à imaginer ce qu’aurait donné l’ensemble si seulement on avait pris le temps de réparer les liens entre chacun, de les suivre au gré de leurs séparations, engueulades et rabibochages, de tricoter des intrigues qui ont réellement des choses à dire, bref, si on avait plutôt opté… pour une série.
MARGAUX BARALON
Dix pour cent, le film
Réalisé par Émilie Noblet
Avec Laure Calamy, Camille Cottin, Nicolas Maury, Grégory Montel…
France 2026
Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa veut devenir réalisatrice. Mais la perte de son acteur principal à quelques jours du tournage la force à réunir son ancienne équipe ce qui ravivera leurs amitiés et leurs rivalités.
Disponible sur Netflix