LES ENSORCELEUSES 2 – Susanne Bier
Copyright Warner Bros.
Sœurcières
Échec au box-office devenu film culte pour plusieurs générations, Les Ensorceleuses revient pour un second tour de magie sous la baguette de la réalisatrice Susanne Bier. Malgré le retour de son duo de stars Nicole Kidman-Sandra Bullock et toute sa bonne volonté, le sortilège ne prend pas.
« L'amour peut-il vraiment voyager dans le temps et guérir un cœur brisé ? Est-ce que ce sont nos mains jointes qui ont finalement levé la malédiction de Maria ? J’aimerais bien le penser. Mais il y a certaines choses dont je suis certaine : jetez toujours du sel renversé sur votre épaule gauche, gardez du romarin près de la porte de votre jardin, plantez de la lavande pour avoir de la chance et tombez amoureux chaque fois que vous le pouvez.» Il y a presque trente ans, Sally Owens concluait par cette incantation le filmLes Ensorceleuses, au rythme d’un saut espiègle – que n’aurait pas renié Mary Poppins – épaulé par son matriarcat de sorcières. Échec au box-office lors de sa sortie en salles, cette adaptation du roman Practical Magic (1995) de l’autrice Alice Hoffman est devenue au fil des années un film culte. En 2026, la sororie Owens n’a pas changé ou presque. Sauf que la malédiction de l’aïeule Maria Owens semble plus puissante que prévue, et les deux filles de Sally devront à leur tour s’y confronter.
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Les liens du sang
Les Ensorceleuses 2 est une adaptation directe de la suite du roman d’Hoffman, The Book of Magic (2021), qui, malgré toute sa bonne volonté, voit peu clair dans ses cartes. La cinéaste Susanne Bier (After the Wedding, Bird Box) succède à Griffin Dunne pour ce nouveau volet dont les bons ingrédients servent une potion éventée. S’il est devenu un objet culte, un film doudou et une œuvre référençable pour plusieurs générations, c’est avant tout pour son scénario léger qui s’appuie sur une sororité insubmersible et effrontée, mais aussi pour son esthétique années 1990, très vidéoclub. Ici, le charme est rompu, malgré la tentative de conserver un esprit nineties, particulièrement sur les travaux de costumes, le cœur n’y est pas. Entre convocation en miroir de scènes du premier film et scénario inutilement alambiqué, l’action s’étire péniblement (2 h 10 !). Alors qu’on retrouve avec un plaisir non feint les tantes Frances et Jet Owens, facétieuses Stockard Channing et Dianne Wiest, on trébuche devant le duo Kidman-Bullock dont les régimes de jeu n’habitent pas sur le même plan astral. Celles qui autrefois faisaient briller, aériennes, les défauts et les passions de Sally (Bullock) et Gillian (Kidman) se débattent dans cette proposition déjà ringarde. Elles ne sont certainement pas aidées par une structure narrative et un montage au rythme chaotique. Résultat, la moindre blague se vautre douloureusement, à l’image d’un comique de répétition pénible avec des valises peu pratiques.
On finit par se prendre les pieds dans le chaudron avec les benjamines, Antonia (Maisie Williams) et Kylie (Joey King), filles de Sally, dont la répartition disproportionnée des rôles laisse Antonia sur le carreau, au détriment de Kylie et son grand amour pris par le maléfice. Conçues comme des sortes d’avatars juvéniles de Gillian et Sally, les jeunes Owens passent si peu de temps ensemble à l’écran qu’on peine à cerner leur complicité et leur potentielle compatibilité magique, ce qui était la force de leurs aînées, opposées mais complémentaires.S’il conserve son message de sororité avec son passage de savoirs générationnels et sa relation conflictuelle à l’accès à son propre pouvoir, il est incapable d’enrichir son propre héritage et de développer une proposition consistante, tant le charme des effets pratiques et des cuts de montage habiles ont laissé place à une extension inintéressante de sa propre généalogie et géographie – l’excuse d’un voyage en Angleterre – et une magie aussi datée qu’un mauvais épisode de La Trilogie du samedi.
LISA DURAND
Les Ensorceleuses 2
Réalisé par Susanne Bier
Avec Nicole Kidman, Sandra Bullock, Stockard Channing
U.S.A. 2026
Les sœurs Owens affrontent la sombre malédiction qui menace de détruire leur famille une fois pour toutes, dans un événement cinématographique mêlant divertissement, magie et chaos.
En salles le 9 septembre 2026.