GIFF 2026 : DAWNING - Patrik Syversen

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Sauvagerie et chuchotements

Présenté au Festival du film international de Genève, ce long-métrage norvégien, à la croisée du drame intimiste, du film de survie et du slasher, se révèle d’une impressionnante maîtrise formelle.

De Joachim Trier à Dag Johan Haugerud, en passant par Halfdan Ullmann Tøndel (La Convocation, Caméra d’or au Festival de Cannes 2024) ou Emilie Blichfeldt (The Ugly Stepsister), une nouvelle génération de réalisateur·ices ne cesse de démontrer la vivacité et l’audace du cinéma norvégien. Avec Dawning, présenté en compétition au Festival du film international de Genève, Patrik Syversen mérite d’être ajouté à cette liste. Formellement brillant, son long-métrage se révèle aussi profondément dérangeant.

Esther, Cecilie et Kristine sont sœurs et partagent un traumatisme commun : l’ombre laissée par la violence maternelle. La petite dernière en est à sa deuxième tentative de suicide. Les deux grandes la retrouvent dans un chalet isolé pour y passer un week-end de repos. Las, les choses dérapent d’abord lorsqu’un coup de fil les informe de la mort de leur mère, puis lorsque Esther et Cecilie décident de cacher la vérité à Kristine. Et enfin, lorsqu’un inconnu leur demande de l’aide, son camion étant tombé en panne. Dès l’exposition, Dawning impressionne, enfermant ses personnages dans un format 4:3 et un sublime noir et blanc qui traduit autant l’étouffement familial que l’inévitable surgissement d’une violence extérieure, longtemps maintenue hors champ. 

Bergman x Haneke

Mais la maîtrise de Patrik Syversen se mesure aussi à sa façon de filmer de longues scènes de dialogue sans coupe, pendant lesquelles émergent, outre le talent fou de son casting (Kathrine Thorborg Johansen, Marte Magnusdotter Solem et Silje Storstein dans les rôles des sœurs), les dynamiques complexes d’une sororie. Kristine est aussi fragile et sensible que narcissique, Esther engluée dans un rôle d’aînée pesant, Cecilie paumée et incomprise. Il est difficile de ne pas penser à Ingmar Bergman dans cette façon de pénétrer profondément l’intimité de ces personnages féminins, d’en exposer délicatement, douloureusement parfois, les paradoxes et les non-dits. 

Mais Dawning ne saurait se résumer à cette encombrante comparaison. Construit autour d’un point de bascule, le film mue vers l’horreur en l’espace d’une scène époustouflante, montrée trois fois de suite sous autant d’angles différents. S’il fallait alors convoquer une autre influence, peut-être pourrait-on se tourner vers Michael Haneke, dans cette façon de faire surgir une brutalité inexplicable et inexpliquée. Patrik Syversen se révèle aussi doué caméra à l’épaule, avec un montage extrêmement rapide, qu’il l’était dans les plans-séquences. S’il empile parfois trop d’éléments pour le bien d’un film qui aurait mérité de suivre une ligne plus simple, le réalisateur a l’immense mérite de laisser l’espace à chacun·e d’investir son œuvre, qu’on y voie une tragédie grecque à la sauce slasher ou la célébration d’une implacable résilience.

MARGAUX BARALON

Dawning

Réalisé par Patrik Syversen

Avec Kathrine Thorborg Johansen, Marte Magnusdotter Solem, Silje Storstein

Après la deuxième tentative de suicide de la plus jeune, deux soeurs apprennent que leur mère est décédée. Elles décident de ne pas en informer la benjamine. Bientôt, un homme leur rend visite...

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