CARAVANE - Zuzana Kirchnerová

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Les sentiers de la mère

Le premier long-métrage de la réalisatrice tchèque raconte l’histoire d’une mère partie en vacances avec son fils porteur de la trisomie 21. Un film lumineux et sensible, quoiqu’un peu convenu.

Un murmure, une danse de doigts sous un voile, deux visages tout proches l’un de l’autre. Dans un lit, une mère et son fils se parlent, comme on devine qu’ils doivent le faire souvent, avec cette intimité qui n’appartient qu’à eux et ne ressemble à aucune autre. Ou plutôt, Ester parle et David écoute. Car lui ne prononce pas un mot. Il est atteint du syndrome de Down – et, même si ce n’est pas nommé dans le film, très probablement de troubles du spectre autistique – et communique autrement, par le toucher. Ester a prévu de rejoindre des amis en Italie, au bord de la mer, pour les vacances. Mais elle est reléguée dans une caravane au fond du jardin à la première crise de David. Sur un coup de tête, la quadragénaire démarre et file vers le sud.

Caravane raconte donc ce road trip, lors duquel Ester et David rencontrent Zuza, jeune fille libre et désœuvrée, qui grimpe dans le camion avec eux. L’adolescent est un peu amoureux, l’invitée ne s’en offusque pas, la mère fait semblant de ne rien voir. Tout, dans le film de Zuzana Kirchnerová, est esquissé plutôt qu’explicité, ce qui permet à la réalisatrice de caresser nombre de sujets tout en bâtissant de solides personnages. La sexualité des personnes handicapées, la fatigue des femmes qui s’oublient dans leur rôle d’aidante, la difficulté de vivre dans un monde ultra-normé, au sein duquel même les plages ne sont plus ouvertes à tous.

Le résultat est scénaristiquement un peu convenu, et l’issue du voyage vers la Calabre ne fait guère de doute. Mais la réalisatrice tchèque insuffle à ce premier long-métrage, œuvre très personnelle puisqu’elle-même a longtemps renoncé au cinéma pour s’occuper de son fils handicapé, une douceur et une sensibilité stupéfiantes. Bien aidée par les lumières chaudes de l’Italie, et par un casting magistral (Aňa Geislerová est impériale dans le rôle d’Ester, et son alchimie évidente avec le jeune David Vodstrčil, atteint de troubles autistiques et casté parmi plus de cent cinquante jeunes hommes), elle joue avec talent sur les profondeurs de champ et les cadres très serrés pour épouser les voyages, géographiques comme intérieurs, de ses protagonistes. Caravane n’est jamais aussi réussi que lorsque cette délicate mise en scène traduit parfaitement les ressacs sentimentaux d’Ester et David, et leur très singulier rapport au monde. 

MARGAUX BARALON

Caravane

Réalisé par Zuzana Kirchnerová

Avec Aňa Geislerovà, David Vostrčil, Juliana Olhová

Ester élève seule David, son fils, atteint d'une déficience intellectuelle. Cet été, elle rêve d’un peu d'insouciance chez des amis en Italie. Mais après une crise de David, la tension monte, et ils se retrouvent exilés dans une vieille caravane au fond du jardin. C'en est trop pour Ester. Sur un coup de tête, ils prennent la route. Quand Zuza, jeune routarde sans préjugés, embarque à leurs côtés, un trio bancal mais sincère se forme, entre joie fragile et liberté inattendue.

En salles le 22 avril.

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