A SECOND LIFE – Laurent Slama

© MMM Films Sales

Sounds of Paris

Après Paris est à nous (2019) et Années 20 (2021), réalisés sous le pseudonyme d’Elisabeth Vogler, Laurent Slama propose une nouvelle exploration de la capitale à travers les yeux d’une héroïne en proie aux doutes. Un double portrait urbain et féminin qui se veut enivrant, mais se révèle poussif.

Le soleil se couche sur Paris et sur Elisabeth, interprétée par Agathe Rousselle. Éclairée par le soleil en arrière-plan, le visage fermé et l’air inquiet, elle rompt un étonnant silence via la voix off avec une citation de Baudelaire : « Il faut être toujours ivre, tout est là, c’est l’unique question. Pour ne pas sentir le fardeau du temps, qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. » S’ensuivent des plans de Paris à l’aube, le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. À pied, en scooter ou en métro, Elisabeth arpente la capitale pour accueillir les touristes et leur ouvrir la porte d’appartements loués pour l’occasion. Salariée d’une plateforme emblématique de la start-up nation dénuée de toute humanité, la jeune femme est jugée par des étoiles et des commentaires impersonnels. La fatigue et l’anxiété grandissent alors, accentuées par la menace, affichée dès le début du film, d’un suicide. 

S’étalant sur une journée, le récit prend plusieurs tournants qui obligent l’héroïne à se tourner vers les autres. Sa rencontre avec Elijah (Alex Lawther), un jeune Américain sociable et entraînant, constitue le premier point de bascule, suivie par la perte de ses appareils auditifs, qui la contraint à rester avec ce nouveau compagnon de fortune. L’enjeu de la surdité est ainsi au cœur de la narration, mais aussi de la mise en scène. En privant ponctuellement le spectateur de repères sonores, le film cherche moins à représenter un handicap qu’à traduire l’état de désorientation de son héroïne. Dans la frénésie des Jeux et le chaos de sa propre vie, Elisabeth choisit parfois le silence et nous plonge, nous aussi, dans une atmosphère cotonneuse où les sons sont étouffés. A Second Life se veut ainsi une expérience sensorielle, accentuée par une photographie qui place les personnages au premier plan, détachés d’un arrière-plan flou aux couleurs chaudes. La démarche n’est pas inintéressante, et Agathe Rousselle parvient à transmettre l’angoisse qui traverse son personnage, mais la mise en scène, qui se veut impertinente et organique, accouche davantage de clichés que d’une réelle originalité. Les Jeux olympiques, le tourisme de masse et l'ubérisation du travail demeurent ainsi des éléments de décor plus que de véritables objets de réflexion. 

Dans cette course contre la montre à la rentabilité et dans une ville saturée de monde, la trajectoire d’Elisabeth se présente comme un conte où chaque lieu (ici, les appartements) révèle son lot de surprises. Les péripéties et les rencontres s’enchaînent, conférant à chaque personnage un rôle bien précis, à la manière d’une fable dont la morale serait un optimisme à toute épreuve : la foi infaillible en la possibilité d’une seconde vie. Derrière cette accumulation d'effets et de péripéties, le film peine à développer un regard singulier sur la ville ou sur les existences qu'il met en scène. Le duo formé par Agathe Rousselle et Alex Lawther rejoue ainsi le motif vu et revu des opposés qui finissent par s’apprivoiser et nouer une relation d’amitié. D’un côté, le jeune homme extraverti aux cheveux roses, spécialiste de l’hypnose ; de l’autre, l’introvertie en dépression, toute de noir vêtue, que la rationalité et le cynisme ne quittent jamais. Si les interprètes font ce qu’iels peuvent, le scénario ne leur laisse que peu de nuances et les condamne ainsi à performer davantage qu’à incarner leurs rôles. L’invitation initiale à l'enivrement irrigue l’ensemble du film, qu’il s’agisse de l’effervescence olympique, des rencontres impromptues ou des dérèglements sensoriels d’Elisabeth. Pourtant, là où Baudelaire faisait de l’ivresse une expérience de dépassement, A Second Life la réduit souvent à un programme dont chaque étape paraît écrite à l’avance.

LOUISE BERTIN

A Second Life

Réalisé par Laurent Slama

France, 2025

Le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, Elisabeth jongle entre la gestion de locations de courte durée et sa dépression. Pour échapper au chaos de la ville, elle retire souvent ses appareils auditifs et se réfugie dans le silence. Sa rencontre avec Elijah, un Californien insouciant, la déstabilise. Mais en perdant ses appareils en plein cœur des festivités, elle n’a d’autre choix que d’affronter ses peurs et de s’ouvrir aux autres.

En salles le 10 juin 2026.

Précédent
Précédent

RENCONTRE AVEC LAURA SAMANI – « Trouver son actrice, c’est comme tomber amoureuse »

Suivant
Suivant

Cannes 2026 : LA GRADIVA - Marine Atlan