Sept films de vampires à (re)voir pour rester au frais cet été
C’est l’été, les épisodes caniculaires se succèdent, alors pour rester au frais (et pour accompagner la sortie de notre nouveau podcast sur Twilight), Mariana Agier, Louise Bertin, Diane Lestage, Alicia Arpaïa et Enora Abry vous présentent leur sélection de films sur nos monstres buveur·ses de sang préféré·es.
Twilight, Catherine Hardwicke, 2008
On ne pouvait pas ne pas vous en parler. Notre nanar préféré (ou chef-d'œuvre sous-estimé, ça dépend des avis de la rédaction) est devenu au fil des années un objet culte et camp pour les millenials que nous sommes. Vampires à paillettes, cheveux choucroutés, adolescentes torturées : on vous explique dans le podcast pourquoi, 18 ans après sa sortie, on aime toujours autant Twilight malgré ses défauts plus qu’évidents :
Ecouter le podcast : Que peut-on encore dire sur Twilight : Fascination ?
Et puisqu’on n’allait pas s’arrêter au premier film, on s’est aussi attaquées au deuxième volet, Tentation (New Moon pour les initié·es). Une suite plus compliquée où toxicité, virilisme et racisme se mêlent dans un film insupportable pour certaines… Ou toujours aussi culte pour d’autres.
Ecouter le podcast : Racisme, emprise et gros muscles dans Tentation
M.A.
A Girl Walks Home Alone at Night, Ana Lily Amirpour, 2014
Une femme marche seule dans la rue et fixe les passants. C’est suffisant pour effrayer le monde de Bad City, ville imaginaire d’Iran où se déroule le premier long métrage d’Ana Lily Amirpour. Reprenant les codes du film de vampires autant que ceux du western, la cinéaste met en scène un programme en apparence simple, annoncé dès le titre : une jeune femme rentre seule chez elle, le soir. La photographie en noir et blanc de Lyle Vincent ajoute au mystère du film, sans jamais réduire son esthétique ultra-travaillée à un simple exercice de style. Vêtue d’un long voile traditionnel, elle évoque autant la cape de Dracula que celle d’une super-héroïne assoiffée de sang et de vengeance. Alors qu’ils pensent régner en toute impunité, les hommes sont surveillés par ce qu’ils craignent, a priori, le moins : une femme. Mais derrière ses grands yeux tristes et son sourire mutique se cachent deux canines saillantes. Lorsque le mafieux du quartier ou un toxicomane violente une prostituée, la silhouette de la jeune femme vampire apparaît et renverse le rapport de force qui régit la vie des femmes dans l’espace public. Soudain, les hommes ont peur. Dans cet enfer fictif, la chorégraphie des corps confère au film un caractère à la fois flottant, poétique et profondément jouissif. L.B.
Les lèvres rouges, Harry Kümel, 1971
«Je ne suis qu’un personnage démodé. Vous savez, une belle étrangère un peu triste, un peu mystérieuse, qui traîne son spleen d’une ville à une autre…» susurre les lèvres rouges de Delphine Seyrig de sa voix singulière et envoûtante. Avec Les Lèvres rouges, en 1971 (un an avant l’étrange et baroque Malpertuis), le réalisateur belge Harry Kümel convoque le personnage historique de la comtesse hongroise Élisabeth Bathory surnommée la Comtesse sanglante. Mythe ou réalité ? Elle est célèbre pour s’être probablement baignée dans le sang de ses victimes, des jeunes filles tuées, qui lui auraient permis de garder une jeunesse éternelle et d’être suspectée de vampirisme. Cette croyance populaire, Kümel la transpose à Ostende dans les années 1970. Ici, Seyrig, scintillante dans sa robe argentée, incarne l’héritière mystérieuse de la comtesse en villégiature avec sa protégée Ilona. Dans un hôtel déserté, elle va séduire Stefan (John Karlen) et Valérie (Danielle Ouimet), un jeune couple alors qu’une série de crimes sont commis dans la région. À la fois seventies et queer, baroque et érotique, Les Lèvres rouges, se regarde comme une longue transe portée par la musique de François de Roubais et dont la voix de Seyrig semble traverser les siècles et s’élever pour l’éternité, bien au-delà des images. D.L.
Aux frontières de l’aube (Near Dark), Kathryn Bigelow, 1987
Pour son premier film seule aux manettes en tant que réalisatrice, Kathryn Bigelow rêve de s’attaquer au genre du… western ! Manque de chance, la mode de l’époque n’est pas aux cowboys mais aux créatures à dents longues. La cinéaste prend alors le pari de s’emparer du film de vampires, alors en plein renouveau aux États-Unis, pour mieux le subvertir. Ici, c’est un jeune homme, Caleb (Adrian Pasdar), qui est littéralement mordu de Mae (Jenny Wright), une séduisante vampire. Transformé à son insu, Caleb rejoint alors la troupe de vampires-vagabonds, pour une virée sanglante à travers le désert, alors que sa famille tente de le retrouver. Plus proche d’un Bonnie and Clyde ou des films de Peckinpah que de Dracula, Aux Frontières de l’aube dynamite le genre, qui prend pour la première fois la forme inattendue d’un western contemporain à l'esthétique saisissante, et où la violence, thème chère à la cinéaste, peut surgir à chaque instant. Autre rupture des codes attendus, l’utilisation de la musique électronique des Tangerine Dream comme bande originale du film, donnant au voyage un goût de cauchemar psychédélique. A.A.
En attendant la nuit, Céline Rouzet, 2024
2024 fut une année pleine de grands crus (sanguinolents) ! Après le conte gothique La Morsure et le très drôle Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, c’était au tour d’ En attendant la nuit de faire frémir les spectateurs des salles obscures. Si chacun d’entre eux explorait l’éveil sexuel et la recherche de liberté adolescente, c’est peut-être ce dernier qui l’a fait de la manière la plus touchante. On y suit Philémon (quel nom !), qui est le seul vampire de sa famille et qui vient, une fois de plus, de déménager. Leur but : se fondre dans le décor de ce petit village. Mais cet objectif va être perturbé par les sentiments de Philémon pour sa nouvelle amie, Camille Berthier… Porté par les superbes performances de Mathias Legoût Hammond et de Céleste Brunnquell, En attendant la nuit parvient à conserver une grande subtilité dans le traitement de son sujet (l’éveil sexuel) – ce qui n’est pas souvent le cas des scénarios usant de la figure du vampire – tout en y ajoutant une mise en scène fine autour de la peur de l’altérité. Un premier long dont certains grands pontes du genre devraient prendre de la graine (ou du moins des globules). E.A.
Jennifer’s Body, Karyn Kusama, 2009
La blonde timide Anita Lesnicki (Amanda Seyfried) entretient une amitié ambiguë avec la brune sulfureuse Jennifer Check (Megan Fox), à qui aucun homme ne résiste… Jusqu’au jour où celle-ci rejoint un groupe de rockeurs dans leur van. Elle en revient quelques heures plus tard, devenue monstrueuse et affamée, plus belle et sexuelle que jamais. Dans cette réinterprétation comique et grotesque du registre vampirique, avec un sous-texte clair sur les violences sexuelles et sur le rape and revenge, la réalisatrice Karyn Kusama frappe fort et intelligemment. Notamment parce qu’elle propose à Megn Fox, alors érigée en sex-symbol ultime avec Transformers, ce rôle avant-gardiste de succube qui détourne le corps féminin du regard masculin pour le dévoiler dans toute sa monstruosité. Raillé et catalogué comme nanar ultime à sa sortie en 2009, Jennifer’s Body a progressivement été réévalué comme un film bien plus intelligent qu’il n’y paraît, où la sexualité féminine n’est plus mise au service des hommes mais se révèle dans tout son potentiel monstrueux et revanchard. M.A.
Only Lovers Left Alive, Jim Jarmusch, 2014
Si vous cherchiez la preuve que Tilda Swinton est un vampire (magnifique et surdoué, en l’occurrence), ce film vous la donne. Elle y incarne même l’un des vampires originels, Eve, qui est en couple avec Adam (magnétique Tom Hiddleston) depuis la nuit des temps. Ils se parlent souvent, mais ne se voient que rarement, quand Adam a un coup de blues. Et c’est ainsi qu’ils se retrouvent au début des années 2000, au milieu des décombres de la ville de Détroit, un décor parfait pour ces deux nostalgiques puisqu’il allie de vieilles ruines aux constructions contemporaines. Mais ces retrouvailles vont être perturbées par le retour d’Ava (Mia Wasikowska), la sœur d’Eve, une grande capricieuse qui détruit tout sur son passage. Bercé par une mélancolie douce et sublimé par une BO envoûtante (dont une reprise de « Funnel Of Love » de Wanda Jackson par Sqürl), Only Lovers Left Alive livre un scénario-fleuve hypnotique où s’exprime, par petites touches, la drôlerie absurde de Jim Jarmusch. E.A.