Cannes 2026 : RENCONTRE AVEC VICTOR BONNEL – « C’est une grande responsabilité d’incarner l’histoire d’Annie Ernaux, surtout mise en scène par Judith Godrèche ! »

© Windy Production - Moana Films

Dans Mémoire de fille de Judith Godrèche, il incarne H, le moniteur en chef d’une colonie de vacances qui agresse sexuellement et manipule Annie, la nouvelle monitrice. Un rôle difficile pour une histoire nécessaire sur les violences masculines et sur la difficulté à représenter le non-consentement, dont Victor Bonnel nous dévoile les coulisses.

Comment avez-vous rejoint le casting de Mémoire de fille ?

Grâce à une directrice de casting, Sophie Lainé Diodovic, avec qui j’avais déjà travaillé cette année-là. À l’origine, je devais jouer un autre moniteur de la colonie, mais au fur et à mesure des discussions avec Judith Godrèche notamment, j’ai été dirigé vers le rôle d’H. Pour les dernières phases du casting, qui étaient filmées, j’ai été accompagné par un coach. Puis la production, Judith Godrèche et Annie Ernaux ont décidé ensemble que je jouerais le rôle de H.

Est-ce qu’interpréter un tel rôle vous faisait peur ?

Évidemment ! Mais cette peur n’a pas été mise de côté. Très tôt dans le processus, j’ai rencontré Paloma Garcia Martens, notre coordinatrice d’intimité. Nous avons listé tout ce qui pourrait m’effrayer ou me gêner, et elle m’a donné des solutions. C’était très bénéfique, car une fois que la peur a disparu, il reste la fierté et surtout la responsabilité d’incarner une histoire aussi forte que celle d’Annie Ernaux, mise en scène par Judith Godrèche qui plus est ! Je suis extrêmement fier d’avoir pu travailler avec ces deux femmes.

Comment définiriez-vous le personnage d’H ?

H incarne le pouvoir puisque c’est le moniteur chef. Il fixe les règles et personne n’est en mesure de lui dire non. Il est important de rappeler que c’est un homme qui vit dans les années 1950, il en a donc les codes. Cependant, son personnage peut faire écho à une masculinité toxique qui persiste aujourd’hui, malgré la libération de la parole et les avancées des droits des femmes. C’est le type d’homme qui considère les femmes comme des objets, notamment lors d’une relation sexuelle où il envisage toujours le plaisir à sens unique.

© Windy Production - Moana Films

Quelle a été la scène la plus difficile à tourner ?

Sincèrement, c’était la scène de rock pendant la surprise party ! Elle devait être bien réussie, car c’est une scène importante pendant laquelle Annie (incarnée par Tess Barthélemy) rencontre vraiment H pour la première fois. Mais je ne savais pas danser le rock ! Alors avec toute l’équipe, nous avons pris des cours de danse. C’était très sympa, car cela a permis de souder le groupe avant le tournage.

Cette bonne entente était essentielle au vu de la cruauté du film. Elle a été renforcée par le travail de la coordinatrice d’intimité et du reste de l’équipe. Ils ont vraiment réussi à construire un cadre sain autour de nous.

Quels sont les meilleurs conseils que vous a donnés Judith Godrèche pendant le tournage ?

Le plus beau cadeau que m’a fait Judith a été de me faire confiance, et surtout de m’autoriser moi-même à me faire confiance. Elle m’a laissé beaucoup d’espace, elle était très à l’écoute et elle a vraiment fait en sorte que je me sente à ma place.

À Cannes, vous présentez aussi La Troisième Nuit de Daniel Auteuil, un drame sur les camps de déportation. À part cela, quelles sont vos futures actualités ?

J’ai joué dans un long-métrage qui s’appelle Seize mesures de Yvan Georges-Dit-Soudril. Cela parle d’un duo de rappeurs dont l’un se retrouve avec un bébé qui n’est pas le sien alors qu’ils sont sur le point de démarrer leur carrière.

Dernière question spéciale Sorociné : quels sont les films qui ont participé à votre éveil féministe ?

Ces derniers temps, j’ai repensé à How to Have Sex de Molly Manning Walker. C’est un film qui m’a touché et qui a plusieurs points communs avec Mémoire de fille. Dans les deux cas, nous suivons une jeune fille animée par une grande lumière, et en tant que spectateur, on peut voir cette lumière s’éteindre au fur et à mesure de ce qu’elle subit. C’est absolument bouleversant.

>>> Lire l’interview de Judith Grodrèche.

Propos recueillis par Enora Abry

Mémoire de fille

Réalisé par Judith Godrèche

Avec Tess Barthélemy, Valérie Dréville, Maïwène Barthèlemy

Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle s'y rend, elle est prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

En salles le 30 septembre 2026.

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