MAKING MARIE ANTOINETTE - Eleanor Coppola

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Histoires de famille

En 2005, Eleanor Coppola filme les 57 jours de tournage de Marie Antoinette, le troisième long-métrage de sa fille Sofia Coppola, accumulant plus de 80 heures d’images. À partir de ces archives et d’extraits de son journal lus par l’actrice Diane Lane, Making Marie Antoinette propose une réflexion émouvante sur la création cinématographique, les relations mère-fille, mais aussi sur la forme même du making of.

Le documentaire d’Eleanor Coppola se construit comme un jeu d’échos entre la figure de Marie-Antoinette et celle de Sofia Coppola. Une question revient tout au long du film : « Pourquoi ? » L’origine du projet semble entourée d’un certain mystère, aux yeux de la mère de Sofia Coppola comme de son entourage. Pourquoi une jeune Américaine s’intéresse-t-elle à une figure royale si éloignée de sa culture et de son époque ? Cette interrogation prend peu à peu la forme d’une inquiétude chez Eleanor, qui observe sa fille, silhouette menue au milieu de décors immenses, diriger une équipe considérable sur une production dont le budget avoisine les 40 millions de dollars. Dans sa loge, Sofia Coppola esquisse une réponse : Marie-Antoinette la fascine, parce qu’elle a dû se frayer un chemin au sein d’une cour particulièrement sévère pour parvenir à devenir elle-même. Difficile de ne pas y voir un parallèle avec le parcours de la cinéaste, longtemps confrontée au poids de son nom et aux critiques, parfois féroces, suscitées notamment par ses apparitions dans les films de son père, Francis Ford Coppola.

Il serait aisé de lever les yeux au ciel devant ces problèmes de nepo babies dont les épaules semblent bien frêles pour porter de telles productions, mais qui sont en réalité assistés de tout un entourage, familial comme social, pour les aider à supporter le poids de leurs élans créatifs. Sur le plateau, Sofia peut ainsi compter sur la présence de son père, de son frère Roman, de sa nièce Gia, et, bien sûr, de sa mère Eleanor. Pourtant, derrière cette entreprise collective et privilégiée, Eleanor Coppola filme une réalisatrice sérieuse, déterminée et discrète, dont les choix sont régulièrement interrogés par une équipe majoritairement masculine. Le documentaire rend ainsi sensibles les tensions qui traversent la création d’un film, mais aussi le travail minutieux et la dévotion de celles et ceux qui y participent. Dans son journal, dont certains extraits accompagnent les images en voix off, Eleanor écrit que son intérêt se porte avant tout sur l’endroit « où l’illusion du tournage rencontre la réalité ». Acteurs et actrices emmitouflé·es dans des plaids entre deux prises, changements de costumes et de décors, confection des bouquets de fleurs : Making Marie Antoinette tire une grande partie de son charme de cette attention portée aux coulisses, véritable hommage aux métiers du cinéma. Les questions les plus pratiques (combien de figurants, de robes ou de perruques faut-il préparer chaque jour ?) côtoient ainsi des réflexions plus vastes sur la capacité du cinéma à faire coexister différentes temporalités : celle de la cour de Versailles, du plateau et, plus intimement, de deux générations de femmes dont les trajectoires artistiques se répondent.

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Le documentaire interroge également la position de celle qui filme le travail des autres. Habituée à l’exercice (elle est notamment la réalisatrice d’un documentaire, Hearts of Darkness: A Filmmaker’s Apocalypse, sur le film de son mari Apocalypse Now), Eleanor Coppola se définit elle-même comme une observatrice, non sans une certaine amertume. À travers les pages de son journal, elle exprime le regret d’avoir consacré tant de temps à accompagner les projets des autres, au détriment de ses propres aspirations. « Mon mari et ma fille sont des cinéastes. Je suis devenue le public », entend-on Diane Lane lire d’une voix légèrement désabusée. À l’âge de sa fille au moment du tournage de Marie Antoinette, soit 34 ans, Eleanor avait déjà trois enfants et n’avait guère été encouragée à faire une place à sa propre carrière. Son regard se teinte ainsi d’une admiration mêlée de mélancolie, tandis que la réalisation de ce documentaire devient, paradoxalement, l’occasion d’affirmer sa propre sensibilité artistique. Ainsi, le film dépasse le témoignage en tant que document pour atteindre l’expression d’un sentiment d’affection et de tendresse entre une mère et sa fille. Entrepris pendant la pandémie de COVID-19 et achevé par Sofia après la mort d’Eleanor en 2024, il prend rétrospectivement la forme d’un cadeau à quatre mains. À travers les images d’une mère regardant sa fille créer, c’est aussi son regard et sa propre histoire de cinéaste qui trouvent leur place à l’écran.

LOUISE BERTIN 

Making Marie Antoinette

Réalisé par Eleanor Coppola

États-Unis, 2026

Eleanor Coppola braque sa caméra sur sa fille Sofia lors du tournage de Marie Antoinette. Captant chaque détail en coulisses comme sur le plateau, elle immortalise l’exploit de réaliser un film marquant à l’âge de 34 ans, et médite sur la signification pour une mère de voir sa fille au travail.

En ligne sur MUBI le 6 novembre 2026.

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