© Gaumont
Un film qui se tient sage
En retraçant l’histoire du célèbre procès de Bobigny qui, en 1972, contribua à faire évoluer la législation autour de l’IVG grâce à l’avocate Gisèle Halimi, les cinéastes se prennent les pieds dans le tapis du biopic aseptisé. Et livrent un film d’une remarquable fadeur.
Dans la masse des procès qui se tiennent chaque jour, certains sortent du cadre purement judiciaire pour devenir des sujets de discussion sociétaux à part entière. Et vont jusqu’à faire changer les lois. C’est le cas de celui dit « de Bobigny », en 1972. La jeune Marie-Claire Chevalier est alors jugée, avec sa mère et trois autres femmes, pour avoir décidé d’avorter après un viol. Leur défense, assurée par l’avocate Gisèle Halimi qui choisit de faire le procès de la loi interdisant l’avortement plutôt que de tenter de minimiser la faute de ses clientes, suscitera moult débats, des relaxes ou des peines légères pour les accusées et, in fine, pavera la voie à la dépénalisation de l’IVG. Il n’est donc pas surprenant que ce pan de l’Histoire fasse aujourd’hui l’objet de relectures artistiques, que ce soit via le théâtre – avec pas moins de trois pièces montées depuis 2019 – ou, désormais, le cinéma. L’écueil principal étant ici celui du film-dossier. Que Lauriane Escaffre et Yvo Muller ne parviennent malheureusement pas à éviter.
Leur film, construit assez classiquement autour d’allers-retours entre la salle d’audience et l’intimité de Gisèle Halimi, est plombé par une mise en scène aussi peu inspirée que le casting, globalement mal à l’aise dans la reconstitution, à l’exception de Cécile de France dans le rôle de la mère courage. Le choix de Charlotte Gainsbourg pour incarner l’avocate, très critiqué pour des raisons politiques (l’actrice a signé une tribune qualifiant la reconnaissance de l’État de Palestine par la France de « capitulation morale contre le terrorisme », alors que Gisèle Halimi était engagée dans les luttes anticoloniales et anti-impérialistes), se révèle peu judicieux sur le plan cinématographique. Jamais la comédienne ne parvient à rendre la fièvre de son personnage, jamais elle ne sort d’une restitution scolaire de ses punchlines. Et si l’imitation n’est jamais la bonne solution dans le cas d’un biopic, il est impossible, ici, de ne pas voir l’actrice et sa démarche singulière sous des cheveux lissés.
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Mais L’Affaire Marie-Claire est surtout un film trop hagiographique, qui manque de points de vue sur son personnage principal. Devant la caméra de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, Gisèle Halimi se mue en girlboss au management douteux et à l’ingérence insupportable – on la voit quand même choisir un titre de Paris Match dans la salle de rédaction du magazine – sans que cela soit véritablement interrogé. Ses relations compliquées avec sa mère, nettement moins féministe qu’elle, ses doutes et ceux de ses proches… tout est doctement énoncé dans des dialogues d’une platitude confondante sans que se dégage la moindre réflexion sur ces espaces intimes que la fiction aurait pu investir. Reste donc une œuvre qui se borne à la pédagogie. On ne saurait remettre complètement en cause son utilité, mais les « films nécessaires » ne font pas du bien au cinéma.
MARGAUX BARALON
L’Affaire Marie-Claire
Réalisé par Lauriane Escaffre, Yvo Muller
Avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France, Grégory Gadebois
Novembre 1972. Au tribunal de Bobigny, un procès hors norme secoue la France entière. Marie-Claire Chevalier, 16 ans, est accusée d’avoir avorté illégalement. À la barre, sa mère et toutes les femmes qui l’ont aidée. Leur avocate, Gisèle Halimi, fait un pari fou, insensé : elle leur demande de ne pas plaider coupable. Gisèle va faire ce qui n’a jamais été fait auparavant, elle va accuser et attaquer la loi, au risque de tout perdre.
En salles le 4 novembre 2026