MA FRÈRE - Romane Gueret et Lise Akoka
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Camping sauvage
Retour plus conventionnel mais tout aussi réussi des réalisatrices des Pires, qui, avec leur deuxième long-métrage, mêlent film de vacances et étude sociale pour déjouer les poncifs.
L’une étouffe sous le contrôle de sa famille, l’autre nage dans la solitude de l’abandon. Avec leur deuxième long-métrage Ma frère, les coréalisatrices Romane Gueret et Lise Akoka continuent d’explorer le rire et le spleen de la jeunesse des quartiers populaires, après Les Pires, coup d’essai gagnant, qui avait remporté un succès critique considérable et lancé la carrière de Mallory Wanecque. Pour leur deuxième film, les réalisatrices continuent d’explorer leur tonalité douce-amère et leur portrait d’une génération, en adoptant un format plus conventionnel que le « film dans le film » expérimenté dans Les Pires.
Dans Ma frère, point de mise en abyme : le récit, plus classique, suit deux jeunes femmes, Shaï et Djeneba, vivant dans les tours de la place des Fêtes et copines depuis toujours, qui accompagnent dans la Drôme une colonie de vacances en tant qu’animatrices. La première tente d’échapper au contrôle de sa mère et son frère sur son corps de jeune femme, tandis que la deuxième essaie désespérément de joindre sa mère démissionnaire. À travers le genre de la comédie de colo (impossible d’échapper au souvenir de Nos jours heureux qui plane sur le film), Romane Gueret et Lise Akoka livrent deux portraits de jeunes femmes dont le spleen se cache derrière leur gouaille apparente, et évitent de peu le piège de l’étude sociale à tiroirs, grâce au naturel enlevé de la comédie et à leur travail chorégraphique avec les enfants qui fait mouche.
À la tête de cette joyeuse troupe, on découvre les actrices Shirel Nataf, dont la filiation avec Mallory Wanecque est troublante, et Fanta Kebe, véritable révélation du film, dans un duo sororal dont l’évolution est certes cousue de fil blanc, mais rattrapée par l’authenticité de leur jeu. Dommage que les réalisatrices cherchent par moments à toucher à tout prix à l’universalité de leurs histoires, quitte à en gommer quelques spécificités (le récit de Djeneba, dont la mère semble aux abonnées absentes, est à peine effleuré). Mais l’ensemble du film corrige ses failles, dans ce récit d’un séjour suspendu dans le temps avant que le réel ne rattrape ses personnages.
MARIANA AGIER
Ma frère
Réalisé par Romane Gueret et Lise Akoka
Avec Fanta Kebe, Shirel Nataf, Amel Bent
Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été-là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié.
En salles le mercredi 7 janvier