LOL 2.0 - Lisa Azuelos
© Curiosa Films
Feu d’artifices
La suite de LOL, sorti en 2009, tente péniblement de forcer le succès du premier volet en multipliant les références, sur le fond comme la forme, à une Gen Z biberonnée aux réseaux sociaux. En résulte un film déjà étrangement daté qui semble refuser toute tentative de cinéma.
« We used to say / That we were / Brother and sister… » En février 2009, la lancinante ballade de Jean-Philippe Verdin devient la bande originale de la vie de milliers d’adolescents, ravis de s’être vus à l’écran dans une comédie populaire. LOL (Laughing out loud), de Lisa Azuelos, a l’ambition de les raconter eux, les millenials, galères sentimentales et relations compliquées à leurs parents (ou à leurs cheveux) incluses. Sophie Marceau prolonge La Boum en devenant la mère, Félix Moati y joue son premier rôle, et la coupe en bataille de Jérémy Kapone fait fantasmer bien des jeunes filles. LOL devient un film générationnel, étiquette qui se gagne généralement à la faveur du hasard et d’un sens du timing peu anticipable, et qu’aujourd’hui il semble de bon ton de vouloir arracher à tout prix (à la manière de L’Amour ouf il y a un an et demi). C’est d’ailleurs ce sentiment qui domine en voyant la suite que Lisa Azuelos offre à son film : celui d’une tentative forcée de répéter la même formule pour obtenir les mêmes résultats.
Le temps a passé, les millenials ont laissé la place à la Gen Z (pour Génération Z, qui désigne les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010), la première à n’avoir jamais connu la vie sans Internet et les smartphones. Lola, l’héroïne de LOL, est partie au bout du monde et ce sont désormais les tribulations de sa petite sœur, Louise, 23 ans (Thaïs Alessandrin) que Lisa Azuelos nous invite à suivre. Fraîchement larguée, Louise revient s’installer chez sa mère Anne (éternelle Sophie Marceau, donc) et sombre dans la dépression, avant qu’un emploi de serveuse et le patron beau gosse qui va avec ne la remettent sur pied.
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La réalisatrice continue de proposer deux trames parallèles, celles de la fille et la mère, qui devraient permettre à toutes et tous de s’identifier à quelqu’un. La première a le sentiment désagréable de rater sa vie, la seconde l’âge de savoir que ce n’est pas le cas. La première fait ouvertement la fête, la seconde tente de s’en cacher. La première accueille joyeusement la grossesse de la femme de son frère, la seconde pas tout à fait, désespérée à l’idée de devenir grand-mère. De toutes ces thématiques, Lisa Azuelos tire quelques réussites : la relation mère-fille conserve une certaine tendresse déjà palpable dans le premier film et le fossé intergénérationnel n’est pas toujours cliché – Anne ayant aussi tendance, comme Louise, à se laisser aspirer par le doomscrolling. C’est surtout la bande d’ami·es de Louise qui respire l’authenticité, avec une simplicité dans les conversations et les dynamiques plutôt bien vue.
Un désintérêt total pour le cinéma
Ce n’est malheureusement pas le cas de tout. Les poncifs s’amoncellent autour du personnage de la stagiaire d’Anne, incarnée par l’influenceuse Paola Locatelli, qui écoute des podcasts en réunion (car la Gen Z n’a pas notre temps). L’inclusivité ressemble ici à une liste de courses, avec des personnages racisés et LGBT+ dont le scénario ne sait pas vraiment quoi faire, d’autant qu’il laisse par ailleurs la part belle à des romances poussives et de la drague (très) lourde à l’ancienne. Si Sophie Marceau impressionne, Nathan Japy, nouveau venu dans la bande, se débat avec un personnage si mal aimable qu’on se demande bien comment il peut être le love interest principal de toute cette histoire. Quant à Vincent Elbaz, il est fidèle à lui-même, donc pas très bon.
Mais surtout, LOL 2.0 est un film et, au-delà de cette lapalissade, il mérite d’être traité en tant que tel. Or, le cinéma ne semble pas du tout intéresser Lisa Azuelos, qui sature son image d’écrans dans l’écran et de motion design bon marché, comme s’il était impossible de parler de la Gen Z sans l’enfouir – et toutes les autres avec elle – sous des vidéos TikTok, des notifications et des applis de rencontre. Déjà datée, la mise en scène apparaît aussi dévitalisée que le propos, à la limite de l’insulte tant le film ne réfléchit jamais au dilemme de sa jeune protagoniste, déterminée à changer le monde tout en continuant de prendre des bains. Heureusement, elle évite soigneusement de s’aventurer du côté de la politique pour préférer les citations de développement personnel, car, finalement, il suffit de « transformer le quotidien en amour » pour se sentir bien. « C’est pas nous qui choisissons notre vie, c’est la vie qui nous choisit », conclut Louise avec la solennité de quelqu’un qui vient de résoudre un théorème mathématique complexe. Si LOL 2.0 est promis à un bel avenir en salles quoi qu’il en soit, il aurait été appréciable de ne pas prendre le succès pour acquis avec une nonchalance qui confine au mépris.
MARGAUX BARALON
LOL 2.0
Réalisé par Lisa Azuelos
Avec Sophie Marceau, Thaïs Alessandrin, Vincent Elbaz
Anne profite enfin de sa liberté après le départ de ses enfants. Mais tout bascule quand sa fille Louise, revient vivre chez elle après un échec professionnel et sentimental. Et comme une surprise n’arrive jamais seule, son fils Théo lui annonce qu’elle va devenir grand-mère ! Entre chocs générationnels, rêves en mutation et nouveaux élans amoureux… Anne comprend que la vie ne suit jamais tout à fait le plan prévu, et qu’à tout âge, on continue toujours d’apprendre à grandir.
En salles le 11 février 2026