LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 – David Frankel

Copyright 2026 20th Century Studios. All Rights Reserved.

Something old, something new, something borrowed, something blue

Vingt ans après son succès planétaire, Le diable s’habille en Prada revient pour un second tour de piste. Ambitieux et surprenant dans son écriture, ce sequel ne se départit pas d'une morale embrassant la réussite féminine corporate douteuse et conservatrice.

« Toutes les filles tueraient pour être à votre/notre place. » Il y a pile vingt ans, c’était le mantra qu’on assenait à Andrea Sachs, jeune journaliste optimiste, travailleuse, mal fagotée et un tantinet naïve alors qu’elle subissait les mesquineries et les abus de pouvoir de ses collègues chez Runway, temple du magazine de mode et du bon goût, sorte d’avatar fictif du Vogue américain. Ambitieuse et déterminée, elle s'était prise au jeu de miroir déformant entre deux outfits haute couture. Réveillée par sa bonne conscience et sa morale, notre héroïne envoyait valser son boulot de « rêve », en faisant faire le grand plongeon à son téléphone portable le temps d’un plan mythique de fontaine, place de la Concorde, lors d’une fashion week-end parisienne aussi chargée en trahisons qu’un épisode de Dynastie.

Vingt ans ont passé, Andy Sachs et son pull bleu céruléen sont de retour. Devenue, avec beaucoup de style, la journaliste « sérieuse » et accomplie qu’elle voulait être, mais bientôt victime d’un licenciement économique par texto, la quarantenaire se voit offrir un poste de reporter chez Runway, pour redorer le blason d’un géant de la mode en sérieuse perte de vitesse et de crédibilité. À l’époque des sequel systématiques, plus ou moins réussis, on avait des doutes sur la pertinence et l’intérêt de cette nouvelle proposition, outre son potentiel mercantile et nostalgique. Force est de constater que ce deuxième opus est une surprise inattendue. Et beaucoup plus ambitieux que son prédécesseur sur ses enjeux narratifs. Là où le premier suivait la structure du roman originel de Lauren Weisberger, ce second film ne s’appuie pas sur les deux autres romans issus de la trilogie écrite par l’autrice.

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Sous la plume de la scénariste Aline Brosh McKenna – qui signait déjà le script du film originel – Le diable s’habille en Prada 2 se pare d’enjeux contemporains et lève le voile sur l’état critique du milieu de la presse et sur celui de l'industrie de la mode. Dans un paysage où tout s’est digitalisé et où les annonceurs, les groupes de luxe et les milliardaires tiennent la presse, pas facile de continuer à faire vivre « l’exigence » artistique de Miranda Priestley et sa cour fidèle. Film hybride typique des années 2020, Le diable s’habille en Prada 2 est un savant mélange de fan service, de cahier des charges de films de studio et de plateforme de streaming avec un lot de guest stars extra-large dont l'icône Lady Gaga qui signe pour l'occasion un titre original. Quoique inattendues, l'écriture et le montage souffrent de quelques lourdeurs et longueurs.

Si la mode a toujours été la vitrine du film pour dérouler une critique des enjeux de pouvoir du milieu de l’entreprise, celui-ci ne fait pas exception et continue de creuser la réussite corporate à la sauce girlboss. Ainsi Andy et son ancienne collègue Emily – devenue responsable des ventes d’un mastodonte du secteur du luxe – reviennent prêter main-forte à la figure maternelle qui les a transformées. C'est peut-être sur ce point-là que le bât blesse. Si le trio savoureux constitué par Hathaway, Blunt et Streep continue de faire mouche, l'écriture de ces personnages féminins baigne dans un empowerment féministe ultra-libéral et capitaliste, où deux femmes adultes accomplies se disputent les faveurs et l'héritage de leur figure tutélaire, qui, elle, continue d’embrasser son statut de papesse de la mode hors sol politiquement incorrect. Sous le divertissement carte postale à la bande-son pop efficace règne une nostalgie presque conservatrice, où il s'agit avant tout de préserver l'ordre établi et de protéger les murs du temple et sa déesse, l'omnisciente Miranda Priestley, laissant au show-room l'éthique de journaliste brandie par Andy et surtout tous les enjeux structurels d'un secteur en pleine métamorphose, auxquels le film semblait vouloir s'attaquer.

LISA DURAND

Le Diable s'habille en Prada 2

Réalisé par David Frankel

Avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt

Miranda, Andy, Emily et Nigel replongent dans l’univers impitoyable et glamour du magazine Runway et des rues new-yorkaises où l’élégance est une arme redoutable.

En salles le 29 avril 2026.

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