LA FEMME CACHÉE – Bachir Bensaddek
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En suivant Halima (incroyable Naïla Harzoune) sur les traces de son passé, le réalisateur québécois Bachir Bensaddek tisse un récit fin sur le tabou autour des violences intrafamiliales.
À la fin du visionnage, on se demanderait presque qui est cette fameuse « femme cachée » et si finalement chaque femme de ce scénario n’en serait pas une. Au départ, on découvre Halima, une Française vivant au Québec avec Sylvain et leur fille Léa. Enceinte de son deuxième enfant, son comportement change quand elle apprend qu’elle attend un garçon. À partir de là, Bachir Bensaddek développe son scénario tout en nuance sans rien perdre en précision. À l’aide de quelques micros-flashbacks bien placés et du jeu (nous pouvons le dire une nouvelle fois : incroyablement magnétique) de son actrice principale Naïla Harzoune, le spectateur comprend que Halima a été victime de violences de la part d’un de ses frères, Rachid, et qu’elle craint que ses enfants reproduisent le même schéma. Une peur qui la pousse à retourner en France afin de confronter son passé…
Si l’idée de suivre le retour d’un personnage dans sa ville natale pour confronter ses traumas n’est pas particulièrement originale, La Femme cachée parvient à sortir des sentiers battus grâce à sa finesse. Non, nous n’aurons pas droit aux grandes scènes d’engueulades avec la famille ou à la confrontation finale menant à une déclaration d’indépendance face au frère tortionnaire. À la place, Bachir Bensaddek explore le silence, celui qui fut imposé dans une maison rongée par la violence, et celui qui se perpétue chez les « survivantes » qui ont pourtant refait leur vie. Pour retrouver Rachid, Halima part à la rencontre de ses parents, de ses sœurs, mais les paroles lacunaires qu’ils échangent pèsent toujours moins lourd que les mots qu’ils ne prononcent pas. Le réalisateur québécois ne perd rien des regards qu’ils se lancent, tantôt compatissants, tantôt accusateurs, et estime (avec raison) qu’autant de souffrance refoulée ne saurait être piétinée avec de gros sabots et mise au jour par de grands discours. Toute sa démarche justifie la fin de son scénario, qui pourrait décevoir certains spectateurs par sa saveur douce-amère, mais a pourtant le mérite de montrer que le chemin de la reconstruction n’a rien de spectaculaire : on ne détruit pas pour rebâtir à neuf, on répare lentement les failles en prenant conscience de l’ampleur des dégâts.
ENORA ABRY
La Femme cachée
De Bachir Bensaddek
Avec Antoine Bertrand, Nailia Harzoune, Athéna Henry
Hantée par un passé qu’elle a tenté de fuir, Halima accepte à contrecœur que son conjoint Sylvain l’accompagne en France dans sa recherche des membres de sa famille. Sur place, elle doit d’abord affronter les souvenirs et les fantômes qui hantent la maison familiale, puis revivre l’austérité et le climat de terreur infligé par son père, un homme autoritaire, replié sur lui-même et ostracisé par son statut de harki.
En salles le 17 février 2026.