RÉTROSPECTIVE CHANTAL AKERMAN

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Après une première rétrospective virtuelle (et couronnée de succès) sur LaCinétek, les œuvres de Chantal Akerman seront projetées en salles du 2 au 6 juin 2021 au sein d’un riche hommage au Forum des images (Paris). Une rareté qui fait de cette programmation un événement à ne pas manquer.

Matrimoine cinématographique

Où sont les œuvres des réalisatrices ? Il y a encore quelques mois, les œuvres de la cinéaste, scénariste et productrice belge, Chantal Akerman étaient difficilement trouvables. La question s’est d’abord posée en ligne, puisque le cinéma était privé de la chaleur de ses salles et de ses grands écrans pendant une bonne partie de l’année. L’inaccessibilité de ses films a d’ailleurs fait l’objet d’un tweet sur le compte Twitter de l’actrice Noémie Merlant qui, comme nous autres, s’étonnait (à juste titre) de ne pas pouvoir louer sur les plateformes SVOD et VOD les oeuvres de la cinéaste (pourtant bien identifiée dans la sphère cinématographique). C’est pourtant, et malheureusement, chose commune au sein des services de streaming, véritables transferts culturels devenues essentiels, notamment ces derniers mois suite à la crise sanitaire. En ligne comme au sein des programmations des salles, les cinéastes femmes sont moins nombreuses voir quasiment absentes des catalogues.

Un manque de moins en moins tolérable et difficilement compréhensible même si, dans une certaine mesure, dérivé d’une logique et d’un effet boule de neige parfaitement observables. D’abord, les réalisatrices sont, objectivement, moins nombreuses (25,9 % des films français produits en 2019 sont (co)réalisés par des femmes). Par ailleurs, leurs films bénéficient d’une moins grande attention : budget moins conséquents alloués à leurs oeuvres – y compris en terme de promo (interviews, affichages dans l’espace public, etc) – , méconnaissance de leurs parcours et de leurs oeuvres par le public (une des conséquences de l’argument précédent et de l’argument suivant), invisibilité consciente ou inconsciente par les institutions cinématographiques qui, pourtant, ont la charge publique et culturelle de mettre en valeur le cinéma dans son entièreté et non pas uniquement dans un universalisme « paradoxalement » excluant. 

Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman (1975)

D’un autre côté, les droits de diffusion de leurs œuvres peuvent également avoir un coup (rareté des copies, etc). Un coup que certain·es ne seraient peut-être pas prêt·es à débourser pour une cinéaste (?). Chantal Akerman, comme beaucoup de réalisatrices pourtant reconnues comme des influences majeures pour d’autres cinéastes (dans le cas d’Akerman, les cinéastes Gus Van Sant, Sally Potter ou encore Todd Haynes), a finalement été relativement peu vu, surtout ces dernières années.

News from… la mise en lumière d’une cinéaste essentielle

Après une rétrospective en 2018 à La Cinémathèque Française, c’est finalement le Forum des images, à Paris, qui mettra en lumière la filmographie de la cinéaste. À travers 16 de ses films, le public pourra découvrir des œuvres formidables qui font étrangement écho (pour le meilleur et pour le pire) à notre société actuelle. Dans Golden Eighties (1986) elle pose sa caméra dans un centre commercial où l’énergie épuisante et virevoltante des protagonistes finit, intelligemment, par dénoncer la surconsommation ; dans News from Home (1977), elle aborde dans un récit profondément intime la distance maternelle objective (celle entre sa mère et elle) et symbolique (géographiquement loin de la Belgique, son pays d’origine) ; dans Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975), outre le fait d’offrir un récit sur l’espace temps via l’illusion du temps réel, la cinéaste montre avec réalisme les tâches domestiques, majoritairement exécutées par les femmes ; dans Je, tu, il, elle (1974) la cinéaste explore les désirs d’une femme (notamment envers une autre femme). 

Par ailleurs, en parallèle des séances, certaines rencontres sont organisées. Parmi elles, un cours de cinéma par Alexandre Moussa (entre autres, responsable de la Fondation Chantal Akerman), des présentations de certains films par des personnalités comme la séance du film D’Est co-présentée par la monteuse Claire Atherton ou encore certaines séances précédées par la projection des courts métrages de la cinéaste dont La Chambre (1972) ou encore, son premier long-métrage (réalisé à 18 ans), Saute ma ville (1968).

Figure majeure du cinéma francophone, et influence mondiale cinématographique, Akerman est sans aucun doute la cinéaste à (re)découvrir. 

News From Home de Chantal Akerman (1977)


Pour aller plus loin : archive de la table ronde « La place des femmes dans le cinéma contemporain » organisée par le Festival de Films de Femmes au Gaumont Rive en 1975 avec Chantal Akerman, Delphine Seyrig, Marguerite Duras et Liliane de Kermadec ; et « Chantal Akerman, entre autoethnographie et banal : un féminisme des interstices » par Sarah Kiani

Pauline Mallet

Rédactrice en cheffe de Sorociné

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